
Si les Etats-Unis avaient été seuls au monde....
Je vous propose une petite étude d'économie fiction basée sur l'idée suivante ; que se serait-il passé si les Etats Unis avaient été seuls au monde, c'est à dire qu'après le passage de leur pic en 1970, ils n'avaient pas eu la possibilité d'importer des produits pétroliers de l'étranger et auraient du faire avec ce qu'ils avaient ?
L'interêt de la question est bien sûr d'essayer d'imaginer ce qu'il va se passer dans le monde après le pic, puisque nous n'aurons effectivement probablement personne pour nous aider à ce moment (ou alors ce serait une bonne surprise !).
La méthode que j'utilise est simplissime : elle suppose juste que l'intensité "pétrolière" aurait évolué de la même façon dans les deux cas, c'est à dire qu'on peut évaluer le PIB par une simple règle de 3 entre la consommation de pétrole réelle et la production intérieure. Evidemment c'est tres critiquable, mais toute autre hypothèse obligerait à des hypothèses supplémentaires tout aussi critiquables. Il faut noter quand même que :
* comme nous verrons, des efforts importants ont été faits dans les années 80 après le second choc pétrolier (en particulier avec le développement de centrales électriques au gaz.) Ces efforts auraient peut etre été faits plus tot en cas de pénurie après 70, mais le résultat final aurait été à peu près le même.
* l'intensité énergétique des Etats-Unis n'est pas très différente de celle du monde entier. Ils consomment environ 25% du pétrole, mais également produisent 25 % de la richesse mondiale. Leur économie est suffisamment diversifiée pour reproduire les principaux postes de consommation énergétique.
Les données que j'ai utilisées sont tirées du site de l'EIA.
Pour commencer, voici les courbes de population et de PIB depuis 1965 (en $ 2005, compte tenu de l'inflation donc).

on voit tres nettement que le PIB a augmenté plus vite que la population (ce n'est pas une surprise) : la population est passée d'environ 200 à 300 millions d'habitants, soit une augmentation de 50%, alors que le PIB a été multiplié par plus d'un facteur 3.
Bien naturellement, le PIB par habitant a augmenté, de plus d'un facteur 2, en passant de 15 000 $/an a plus de 35 000 $/an

On note quand meme nettement l'influence des quelques récessions, au moment des deux chocs pétroliers, puis encore dans les années 90 (arrêt de la production irakienne?) et un peu, mais à peine, dans les années 2000 au moment de l'explosion de la bulle internet.
Regardons maintenant la consommation de produits pétroliers. La encore, j'ai pris les chiffres de l'EIA qui ajoutent la prodution pétrolière proprement dite , les liquides extraits du gaz naturel (NGL), et les gains de raffinage, pour aboutir à un total de "produits pétroliers" (qui n'incluent pas je pense les agrocarburants ).
Je considère trois chiffres :
* les chiffres de consommation totale
* la production intérieure que j'évalue en prenant les chiffres de consommation - importations (mais incluant NGL et gains de raffinage)
* la production intérieure - l'Alaska, en supposant que les Etats Unis n'aient pas eu accès à cette "roue de secours".
Voila les trois courbes superposées

On voit que la consommation de pétrole a environ doublé : elle a donc augmenté plus vite que la population, mais moins que le PIB : il y a eu une réduction de l'intensité énergétique de presque un facteur 2. La production elle a diminué : les chiffres montrent que la production Alaska incluse est de la moitié de celle de 1965, et sans l'Alaska, de 40 % celle de 1965. Ca correspond sans l'Alaska à un taux moyen de déclin d'environ 2 %.
Le principe du calcul est maintenant de "renormaliser" le PIB en supposant qu'il n'y aurait que la production intérieure, par une simple regle de 3. A noter qu'il y avait deja des importations en 1965, donc le PIB renormalisé sera un peu inférieur à la réalité dès le début. Voici les 2 courbes (avec ou sans Alaska) superposées à la précédente

Que voit-on : essentiellement celle d'un pays en stagnation depuis 40 ans; en fait on s'aperçoit que les gains d'intensité énergétique ont à peu près compensé la perte de production. Dans le détail, on voit des périodes assez prolongées de recession suivies de reprises, qui correspondent aux tres net gains de consommation pétrolière apres le second choc pétrolier. Comme je disais, on peut penser que ces efforts auraient pu etre faits à une époque différente, mais l'essentiel est globalement une courbe en "plateau ondulé", pas de la production mais du PIB/hab.
Pour information, un PIB de 15 000 $/hab, typique des USA des années 70 et donc des USA "hypothétiques" de maintenant, correspond à peu près au PIB/habitant de l'Espagne ou d'Israel, bien au-dessus de celui d'un pays d'Europe centrale comme la Tchequie par exemple (environ 6000 $/hab).
Bien sûr le PIB ne dit pas tout : difficile de comparer l'Espagne de l'an 2000 avec internet , aux Etats Unis des années 70 qui avaient conquis la Lune. On ne sait pas non plus quelle serait les taux d'inégalités, la répartition géographique, raciale, etc... de la richesse.
Cependant, si cet ordre de grandeur est bon, ça ne correspond en rien bien sur à un retour au Moyen Age, meme apres 40 ans ! on serait certes tres loin des Etats Unis actuels, mais encore dans un pays industrialisé, certainement avec des voitures et des avions. Bien sur je ne peux pas dire quelle aurait été la situation sociale : 40 ans de stagnation avec des récessions fréquentes, ça ne doit pas etre tres folichon. Mais on serait encore tres loin de la disparition totale du pétrole. Il y aurait probablement des zones assez grandes de pauvreté, mais peut etre encore des centres tres actifs. Pour moi, cette étude confirme que la dépletion post-pic sera probablement un évènement très long, probablement sur tout le siècle. Nous entrerions pour plusieurs décennies dans une ère de fin de croissance du PIB/hab, mais pas de plongeon important. A vous d'imaginer concrètement ce que cela voudra dire....
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Le prêt à intérêt...
Juste un petit point qui achoppe dans ce scénario: le système économique (et sa création monnétaire) est basé sur le prêt à intérêt qui implique que pour être remboursé il faut la CROISSANCE. Sinon d'ouviendrait l'argent pour payer les intérêts... Du coup une non croissance (stagnation) provoque la déintégration totale du système monétaire et par extens de l'économie monnétaire.
Tout scénario impliquant la stagnation économique implique sa désintégration ou sa mutation profonde et radicale. Sans compté les trouble sociaux qui résulterait de l'indigence généralisé qui ne ferai qu'agraver la situation... Alors non le scénario de la stagnation j'y crois pas.
nous préférons Philip K. Dick
Dans le genre de l'uchronie, il est un maître incontesté.
Dans cet article, par contre, nous avons du mal à comprendre en quoi le tripatouillage de 3 séries de données (PIB, population et consommation pétrolière) aboutit à quelque chose qu'on pourrait raisonnablement qualifier d' "étude".
La "renormalisation du PIB" est une opération qui a du sens sur le plan des mathématiques, mais qui n'en a aucun en économie. Il eût été plus intéressant de se pencher sur l'évolution de l'économie de la Corée du Nord ou de Cuba, qui ont connu des suspensions brutales d'approvisionnement en pétrole. A noter au passage que ces suspensions sont brutales mais pas discontinues : ainsi, l'économie de Cuba souffrait déjà beaucoup avant que l'URSS ne cesse ses exportations pétrolières, car le Grand Frère exigeait d'être payé en devises.
La vache sphérique n'est pas loin.
pas vu ce commentaire ,
pas vu ce commentaire , désolé du retard.
Le "tripatouillage" consiste juste à calculer des choses aussi complexes que le PIB/habitant en divisant le PIB par le nombre d'habitants, je ne pensais pas excéder ta capacité de compréhension....
Comme la première phrase de ma contribution appartient au domaine contrafactuel (parler de quelque chose qui n'existe pas), ça ne veut pas etre une étude réaliste de quoi que ce soit. C'est juste avoir une idée de ce qu'aurait été le PIB si l'intensité énergétique avait été la même (en notant que l'intensité énergétique est à peu près la même pour les Etats Unis et le reste du monde).
SI tu as des idées Aerobar pour essayer d'imaginer si l'intensité énergétique peut varier sensiblement avec la dépletion pétrolière, et dans quel sens, je suis preneur !
Une phase en plateau ou une chute plus brutale ?
Comment peut on penser que dans une situation de pénurie progressive le "jeux" du marché continu à fonctionner sans accrocs, du genre:
La Russie arrête d'exporter son brut pour favoriser sa consommation interne. Dans ce cas n'est 'il pas possible qu'une situation de "chaos" global (ou du moins continental) se mette en place bien plus vite (à l'échelle du mois de l'année).
E
en réalité la courbe que j'ai
en réalité la courbe que j'ai représentée est tres loin de représenter une situation "sans accroc". Une recession de 5 ou 10 % représente deja un choc social énorme : l'Argentine par exemple a vu son PIB decroitre de 12 % pendant la crise. Neanmoins, a ma connaissance, les voitures et les avions n'y ont jamais disparu ... ;). La crise de 1929 a correspondu a des recessions allant de - 25 % (etats unis) à - quelques % en Europe
http://fr.wikipedia.org/wiki/Image:PIB_1929-1939.gif
C'est utile de faire la comparaison avec des crises connues pour mieux se représenter la réalité que nous risquons de vivre. La plupart des visions "sans pétrole " imaginent la disparition assez rapide de tout ce qu'on fait avec : je prends l'exemple des Etats Unis pour montrer que 40 ans apres le pic, ils sont tres loin de ne "plus avoir de pétrole " (ça reste quand même le 3e producteur mondial, rappelons le !). Le genre de courbe que j'obtiens décrirais plutot des récessions économiques sévères, mais comparables à ce qu'on a connu dans le passé, et plutot une absence de croissance nette qu'une décroissance brutale.
oui mais
je suis d'accord avec cette méthode en général: utilisons le passé pour nous représenter le futur.
Mais quelque chose me gêne un peu dans cette comparaison avec les crises passées.
Aucunes de ces crises étaient dues à la disparition des ressources en énergie. Comment peut on exclure que le marché des hydrocarbures ne devienne un outil géostratégique amenant à faire du chantage et des embargos.
Quel poids aura la France, l'Europe pour son approvisionnent, si un gros producteur comme la Russie ferme les vannes (on l'a vue avec le gaz) ?
Sachant que les réserves sont finis, je me demande si le marché ne risque pas de devenir inopérant. Seul les pays producteurs et les pays ayant la force militaire nécessaire auront leur part du gâteau.
Je n'arrive pas à m'imaginer une succession de crises type 1929 disséminées ça et la. j'imagine plus un blocage du marché, asphyxiant des régions entière (sous-continent), plongées dans le chaos. J'espère me tromper, car même si la crise de 1929 était terrible (je ne parle même pas des conséquences), beaucoup de gens l'on traversé sans encombre.
mais je reconnais que je ne peux pas m'appuyer sur quoi que ce soit pour le "prouver", donc j'aurai tendance à accepter votre vision et la faire mienne.