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Site dédié à la fin de l'âge du pétrole

Rétrospective : un putsch qui fit pfuit

Nous poursuivons nos voyages dans le passé, dans un Monde quasi-inaccessible pour l'internaute moyen - l'article est accessible dans les archives du quotidien, mais payant - par quelques extraits d'un article paru dans l'édition du 21 août 1991.

Cette édition spéciale est barrée du titre Les Occidentaux réclament le retour de M. Gorbatchev, on trouve en dernière page un court article intitulé Hausse du pétrole et chute des céréales :

"Hausse du pétrole, baisse des céréales, mouvements sur les métaux : les marchés de matières premières ont réagi vivement, mais sans surprise, au coup d'Etat en URSS. Le prix du pétrole, dont l'URSS est le premier producteur et un important exportateur, a gagné rapidement jusqu'à 2,70 dollars le baril avant de revenir à une hausse d'environ 1 dollar (à 22,5 dollars le baril à New-York pour une livraison en septembre)."

Il y a donc à peine moins de vingt ans, un coup d'Etat au sein du premier producteur mondial de pétrole provoque une augmentation instantanée de... 10% de son cours, avant que les marchés ne se calment et enregistrent finalement, à la clôture, une hausse modérée de moins de 5%. Aujourd'hui, on fait bien mieux avec une simple déclaration d'un Président de Banque Centrale.

Pourtant, le risque de pénurie à court comme à moyen terme était encore plus concret qu'aujourd'hui :

"Les opérateurs sont inquiets pour l'avenir des lourds investissements récemment décidés par les compagnies occidentales en URSS et, plus encore, par l'éventuel ralentissement des livraisons soviétiques."

Oui mais, allez-vous nous rétorquer, à l'époque il y avait les fameuses réserves de capacité de l'Arabie Saoudite, capables d'inonder le marché de millions de barils journaliers pour calmer le jeu...

Hé bien, non :

"La capacité maximale de production de production mondiale est déjà atteinte après la guerre du Golfe. Les seules capacités disponibles sont en Irak. La crainte est donc nourrie d'une élévation des prix de l'or noir dans les mois à venir."

Le 21 août 1991, la conjoncture pétrolière était donc bien plus noire qu'aujourd'hui. Et effectivement, la production mondiale en 1991 fut inférieure à celle de 1990.

Mais que représentent 22,50 dollars de 1991 ? Avec l'inflation, le cours d'alors du dollar, peut-être est-ce une somme considérable, proche des 130 dollars actuels ?

Non plus. D'après nos calculs, 22 dollars 1991 égalent environ 35 dollars actuels. Oui, vous avez bien lu : 35, pas 135.

De deux choses l'une : soit le marché réel et physique du pétrole est encore plus tendu aujourd'hui qu'il ne l'a été en août 1991 - quoiqu'aucune pénurie notable ne soit à déplorer - soit les marchés financiers sont dans un état pour le moins inhabituel.


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Cet article a initialement été publié sur le blog des Aerobar Films

Si je ne m'abuse, dans les

Si je ne m'abuse, dans les années 90, il y a eu effondrement de la production soviétique... mais également de la consommation de tout le bloc de l'Est. Ca a du passablement assouplir le marché du pétrole non?

il y a d'autre part un autre paramètre important, le coût marginal de développement. Quel était-il en 1991 ?

Maintenant, si le marché actuel est vraiment dans une bulle, comme tu sembles en etre persuadé, c'est la meilleure des choses qui puisse arriver pour le RC non? ça accélérera le developpement des alternatives, ça réduira la consommation... bien plus que n'importe quelle taxe carbone qu'on n'aurait jamais pu imaginer ! en plus le charbon semble exploser tout autant, ce qui ralentiras les ardeurs du CTL. Tu devrais etre ravi ?

Il ne s'agit pas là d'une

Il ne s'agit pas là d'une analyse du marché du pétrole sur les années 1990, mais d'un examen de la façon dont réagissait à l'époque le marché face à un événement géopolitique majeur, sur une journée.

A une telle échelle de temps, le coût marginal de développement n'est pas une limite supérieure au cours.

L'existence d'une bulle sur le pétrole n'encourage pas le développement d'alternatives car les acteurs industriels savent que le cours peut s'effondrer à tout moment et revenir aux fondamenatux, qui sont insuffisants. Quant à la consommation, avec une élasticité quasi-nulle, on attend toujours qu'elle chute de façon significative...

Ton discours est rempli de

Ton discours est rempli de paradoxes....

les industriels savent que la bulle peut s'effondrer à tout moment,mais pas les spéculateurs ?

en soi un prix élevé ne fait pas gagner d'argent, c'est la variation qui en fait payer. si les spéculateurs achètent et revendent sur le court terme, il y a forcément quelqu'un qui perd de l'argent quand un autre en gagne, pourquoi continuent-ils alors à le faire ?

et si ils achètent sur le long terme, pourquoi le font-ils si le risque d'éclatement de la bulle est si grand ?

l'élasticité est nulle, donc la consommation va continuer à augmenter, alors que les industriels n'investissent pas, mais cependant les fondamentaux sont bons???

à part ça, si tu lis ce que dit le directeur de l'AIE, il ne dit pas que personne n'investit. Il dit que l'investissement est insuffisant (il prevoit un besoin de 37,5 Mb/j contre 25 prévus d'ici 2015) ! Or si tu choisis de développer un champ mettons au Kazakhstan, tu n'a aucune idée de ce que produiront les Russes, les brésiliens ou les chinois : tu calcules juste un retour sur investissement avec les prix du marché attendus. Alos pourquoi y a-t-il développement de 25 Mb/j jusqu'en 2015 , et pas de 37 ? qui s'est dévoué pour NE PAS investir dans les 12,5 manquants .... en faisant profiter ses copains qui ont investi, puisque c'est eux qui récupéreront les bénéfices de la pénurie en vendant leur 25 Mb/j !! j'ignorais que "Big Oil" etait si altruiste.....

Bulle rationnelle ?

Gilles38

Il y a aussi un petit paradoxe dans ta réponse sur la bulle.

Il est absolument nécessaire qu'il y ait des comportements irrationnels pour qu'une bulle spéculative se forme. Si tous les acteurs étaient rationnels et parfaitement informés, les cours ne refléteraient que le fondamental, et il n'y aurait jamais de bulles. Or des bulles se forment constamment ... et éclatent invariablement. Pour que se complète en 2007 la magnifique bulle de la bourse de Shangaï, il a fallu que des centaines de milliers de chinois vendent leurs biens pour acheter des actions dont "tout le monde" savaient pourtant qu'elles allaient s'effondrer (ce qui n'a pas manqué de se produire).
Je ne serais pas étonné que les banquiers et les conseillers financiers appellent actuellement leurs clients pour leur proposer de ne pas rater le train de la hausse des matières premières.
Beaucoup d'analystes prognostiquent un baril à 180 ou à 200$ pour les semaines ou les mois à venir. Rappelons-nous que ce sont les mêmes qui affirmaient que le baril retomberaient rapidement sur ses niveaux "normaux" de 30$ lorsqu'il était sur des niveaux "irrationnels" de 45$. Lorsque tous seront du même avis, alors la bulle sera certaine et prête d'éclater.

Un autre facteur à prendre en compte et qui explique les accélérations finales à la hausse dans de gros volumes est paradoxalement le fait des vendeurs, ceux qui estiment que les prix sont bien trop élevés. Tous les jours, ils doivent payer le prix de leur pari à la baisse jusqu'au jour où ils sont obligés d'abandonner et de se racheter, accélérant les prix à la hausse.

Il y a quelques mois, dans une émission de télévision, un autre "expert", J. F. Giannesini expliquait doctement et mathématiquement pourquoi il était parfaitement normal et justifié que le baril soit à son juste prix de 92$. Les fondamentaux n'ont guère changé depuis, mais le prix a augmenté de 50%. Si j'accordais le moindre crédit à son argumentation, je devrais nécessairement conclure à l'existence d'une bulle.

Je ne dis pas qu'il y a une bulle, mais d'abord qu'on ne peut pas écarter cette hypothèse sous prétexte que cela serait irrationnel. Et ensuite, que si le prix actuel reflète les fondamentaux, il reste encore à le démontrer de façon convaincante.

Dans mes propres analyses, je ne parviens pas à justifier les prix actuels et il s'en faut de beaucoup. L'argument des coûts marginaux -dont on ne sait d'ailleurs pas vraiment quel est le niveau actuel- est à double tranchant. Dans ton intéressante contribution sur les Etats-unis "seuls au monde", la courbe de consommation montre bien ce qui se passe lors d'un choc pétrolier (leur demande chute et il faut 15 ans aux USA pour retrouver le niveau de consommation de 1974). Or, nous vivons indubitablement un choc pétrolier et je pense que nous entrons dans une crise économique aggravée encore parce que due également à d'autres facteurs que la hausse des prix du pétrole. Tout cela milite pour une stagnation et probablement une baisse de la demande. Je fais partie de l'école "Pic à 92 mb/j +/- 3mb/j". Sous ces hypothèses, le coût marginal risque de bientôt s'effondrer.

Je rumine tout cela depuis un moment et si j'arrive à quelque chose de cohérent, je ferai un post plus détaillé et argumenté sur le sujet.

Mais je n'ai pas dit qu'il y

Mais je n'ai pas dit qu'il y avait aucune spéculation ;-).

Spéculer n'est d'ailleurs pas plus irrationnel que jouer au poker, bien que le jeu soit à somme nulle aussi dans celui-ci. On peut tres bien spéculer en pensant etre un peu plus intelligent que les autres... et se tromper ! ;-).

je m'interroge juste sur le discours sous-jacent (me semble-t-il) d'Aerobar qui dit que la montée du prix n'a rien à voir avec les fondamentaux. Globalement, il me semble que quand même elle est à l'ordre zéro expliquée par les fondamentaux, et que la spéculation rajoute un bruit dessus.

La question est juste de l'amplitude et de la durée temporelle des oscillations de spéculation et de la bulle. Comment analyser par exemple le mouvement tres récent ayant porté le baril à 135 $, puis l'ayant fait redescendre presque à 120, et brutalement remonter au-dessus de 135 ?

si le prix "normal" etait autour de 90-100 $, je trouve étonnant qu'un mouvement de baisse de plus de 10 % n'ait pas provoqué une vente massive des spéculateurs liquidant leurs positions dans la crainte de le voir revenir à 100 $... et l'amenant probablement au-dessous de ce seuil. 10 % de moins dans n'importe quel marché "à bulle" (boursier ou immobilier), c'est en général le signe que la bulle explose non ?

ou alors, plus vraisemblablement, le mouvement de vente a eu lieu... et l'a ramené à 120 $, prix auxquel les spéculateurs se sont mis à racheter. Dans ce cas l'amplitude de la spéculation n'est que d'environ 10 %, autour de 15 $ actuellement, et en fait on voit une serie de petites bulles... chaque mois !

Il y a une raison simple à la montée régulière exponentielle du prix, rappelé par Aerobar lui -même : la faible élasticité du prix. Depuis 2007, la production annuelle est inférieure à la consommation , et elle ne parait pas vraiment redémarrer, ou trop tard et trop peu. La seule façon d'ajuster la consommation à la production serait alors une montée forte du prix. Attendons la fin de l'année pour en juger...

Bulle?

En fait, lors d'une bulle spéculative, tant que cela monte, tout le monde y gagne virtuellement. C'est comme l'histoire du gars qui vent son chien 1 million de Dollars en l'échangeant contre deux chats à 500 000. Là où ça se gâte, c'est lors de l'éclatement, les cocus sont ceux qui ont conservé le "valet de pique", en général, il y a souvent de nombreux petits épargnants dans le lot, c'est normal ils arrivent souvent après la bataille.

Ceci dit, je continue de trouver les arguments d'aerobar pour justifier l'existence d'une bulle peu convaincants.

Pour être précis, un emballement spéculatif

Il est difficile d'avoir une démonstration imparable car nous vivons l'Histoire au moment même où elle se fait. Nous n'avons accès qu'à une partie infime de l'information disponible et les maigres faits que nous avons à disposition ne sont pas des preuves aussi irréfutables que des photos de missiles en cours de déploiement dans la campagne cubaine.

Nous avons trouvé l'article du Monde publié ci-dessus intéressant surtout à cause de la différence d'ordre de grandeur géopolitique entre deux causes (le putsch de 1991 vs. la dernière déclaration de Trichet en 2008) qui a conduit au même résultat sur le cours du pétrole (+10% en une séance).

Cela n'est pas une démonstration de la bulle. Après tout, peut-être que nous sommes DURABLEMENT sous contrôle des marchés à terme et que l'économie réelle ne sera plus jamais régie par les équilibres dits "fondamentaux" de l'offre et de la demande mais par des prix d'échange de titres constatés sur les marchés financiers et qui servent de référence aux prix réels. Mais c'est comme pour le pic, ce n'est qu'au bout d'un certain temps d'observation qu'on peut avancer qu'il en est effectivement ainsi.

Le débat "bulle ou pas bulle" lui-même est simpliste. On assiste aujourd'hui à un emballement spéculatif fondé sur une PROCHAINE pénurie des commodités. Si cette pénurie survient effectivement avant l'essoufflement de la spéculation, les prix pourraient ne pas trop redescendre. Quand nous parlons de "bulle", c'est surtout pour évoquer l'emballement spéculatif, pas pour nier qu'un jour, il y aura effectivement tension réelle sur l'offre.