Sauter la navigation.
Accueil
Site dédié à la fin de l'âge du pétrole

Optimisme dans l'aval

On a récemment vu que l'amont pétrolier (l'exploration-production) était capable de raconter n'importe quoi, et qu'il était donc difficile de s'appuyer sur leurs annonces officielles pour estimer si nous étions proches ou non du pic pétrolier.

Dans l'aval (le raffinage), on parle moins, mais on agit. Les dernières données issues du BP Statistical Review of World Energy montre que la capacité mondiale de raffinage continue de croître à rythme soutenu.

Le raffinage est une industrie lourde et fortement capitalistique : l'unité de mesure des investissements y est le milliard de dollars. Compte tenu de telles mises de départ, les investisseurs regardent à deux fois avant d'augmenter les capacités : ils ne mettent l'argent sur la table que s'ils sont sûrs que la raffinerie, une fois construite, tournera à plein pendant plusieurs années.

Le fait que l'industrie pétrolière mondiale poursuivent sans mollir ses investissements en raffinage nous amène donc à penser qu'elle ne considère pas comme imminent le plafonnement mondial de la production de pétrole brut.

Il est vrai que, dans le passé, on a vu des industries capitalistiques poursuivre leurs investissements alors que ces capacités supplémentaires étaient inutiles. La sidérugie française des années 1980 reste sans doute l'exemple le plus emblématique : n'ayant pas vu la fin des Trente Glorieuses, les deux leaders du secteur, Usinor et Sacilor, ont creusé leur tombe en s'épuisant dans une guerre des capacités.

Dans le cas du raffinage, on peut considérer que les acteurs industriels ont tiré les leçons de ce passé : depuis le deuxième choc pétrolier, le secteur a su maintenir une situation proche de la saturation pour sauvegarder les marges bénéficiaires, malgré plusieurs aléas de conjonctures majeurs, dont l'effondrement de l'URSS.

Si on crédite l'industrie pétrolière capable d'anticiper, mieux que nous-mêmes, la date probable du pic pétrolier, et compte tenu du temps nécessaire pour rentabiliser l'investissement dans une raffinerie (5 à 7 ans minimum), on peut en déduire que le pic pétrolier surviendra moins d'une décennie après que les capacités mondiales de raffinage aient commencé à plafonner.

L'industrie pétrolière parie donc pour l'instant - avec beaucoup d'argent - sur un pic pétrolier au-delà de 2013.

Investisseurs malins

La démarche est intéressante mais je ne vois pas pourquoi les investisseurs dans ce domaine seraient plus malins que les autres.
Ils recherchent peut-être simplement à optimaliser le taux d'utilisation des raffineries et leur attention est plus absorbée par l'évolution de la demande que par une éventuelle chute de production dont on considère généralement qu'elle est au-delà de l'horizon d'amortissement des investissements.
AMHA ils ne font aucun pari, ils ont ignoré le problème. L'évolution des investissements serait plus informative.

A malin, malin et demi

Nous avons tendance à faire un crédit plutôt qu'un procès d'intention aux compagnies pétrolières en ce qui concerne la maîtrise de leurs investissements. Ce sont des industriels et non des journalistes.

Pour nous, s'ils investissent, c'est qu'ils ont vérifié plutôt 2 fois qu'une qu'ils étaient sûrs de gagner de l'argent.

Amen !

Amen !

taux d'utilisation

Je pense qu'il faut surveiller principalement le taux d'utilisation. Si les capacités augmentent grâce à une redistribution spatiale des raffineries, notamment au moyen orient et en Chine, le taux d'utilisation globale des raffineries devraient baisser. D'ailleurs sur ton graphe on constate un infléchissement du taux d'utilisation vers 2006, mais cela reste à confirmer.

Plutot une redistribution spatiale?

En regardant les chiffres de bp stat, on observe certes une hausse de un peu plus de 1Mb/d, mais principalement dans les pays d'Asie (dont 0.5 pour la Chine) et dans une moindre mesure dans les pays du Moyen Orient. Ca ne me semble en rien indiquer que l'industrie petroliere parie sur un PO au-dela de 2013. Mais plutot par exemple que les Chinois pensent pouvoir importer plus (sur leur lancee) et preferent raffiner eux-meme le brut plutot que de devoir dependre d'un element de plus dans la chaine.

Ce n'est pas exclusif

Les Chinois peuvent effectivement préférer disposer de leur propre outil de raffinage. Cela a d'autant plus de sens que le pic n'est pas imminent et donc qu'ils sont sûrs d'utiliser leurs nouvelles installations à saturation !

raffineries en Chine

La Chine consomme 7.855 Mb/d, il parait donc raisonnable qu'ils passent leur capacite de raffinage a 7.5 Mb/d meme s'ils pensent que le pic est sur nous. Ils doivent probablement avoir des assurances de continuer a pouvoir importer et produire au moins autant que cette annee. Je pense donc qu'on ne peut rien conclure des chiffres de capacite de raffinage. Enfin si, on peut sans doute conclure que les pays de l'OCDE ne s'attendent pas a une augmentation de leurs importation+production.

On ne peut jamais conclure de

On ne peut jamais conclure de façon définitive quand on fait de la prospective.

On peut toutefois considérer qu'une telle rectitude dans l'évolution des capacités de raffinage fait que, pour l'aval pétrolier, nous sommes probablement encore dans la phase du "business as usual" et non du "peak oil emergency".

precision

Evidemment, on ne peut jamais conclure de facon definitive et ce n'est pas ce que je sous-entendais.
J'ai indique pourquoi je pense que les chiffres de bpstat ne permettent pas non plus de conclure "de facon probable" : en resume, le chiffre global des capacites de raffinage masque trop d'informations.

Limites de l'exercice

Une étude approfondie de la question du raffinage nécessiterait bien plus de temps (et d'argent) : il faudrait notamment aller interviewer qq personnes bien choisies, ne serait-ce que ceux chez BP qui collectent ces infos, pour récolter tout ce qui n'est pas écrit publiquement et confirmer certaines hypothèses.

La prochaine étape serait d'analyser les investissements prévus en accroissement de capacités, et là des investigations sont incontournables.

j'avais la même impression,

j'avais la même impression, la croissance etait tres localisée (l'Iran aussi en ouvre beaucoup , mais il est notoirement sous-équipé ).

Si des fermetures de raffineries obsolètes sont prévues dans un proche avenir, je ne vois pas pourquoi le pic de quantités raffinées devrait suivre de 7 ou 8 ans le pic de capacité de raffinage, les deux peuvent tres bien etre simultanés?

Il n'a pas de fermetures de

Il n'a pas de fermetures de raffineries obsolètes prévues dans un proche avenir.

et pourquoi ne pourrait-il

et pourquoi ne pourrait-il pas y en avoir en cas de passage du pic d'ici un an ou deux ?

si la consommation intérieure des pays comme l'Iran, les pays du Golfe, ou la Russie augmente a cause du pouvoir d'achat alimenté par la hausse du baril, alors que celle des pays de l'OCDE diminue à cause de cette même flambée, il est assez normal que les nouveaux pays construisent des raffineries pour éviter d'avoir à payer à l'extérieur le raffinage, alors que les "anciens" gardent les leurs pour le moment : ça fait donc augmenter le nombre total. En cas de pic proche, ils finiront probablement par fermer les moins rentables une à une. Evidemment en l'absence de reconnaissance officielle de pic, il ne peut pas y avoir de projet officiel de ça ! mais je ne vois pas en quoi les données actuelles sont incompatibles avec l'arrivée d'un pic proche, on ne peut de toutes façons pas se débarrasser comme ça des raffineries deja construites !