
De la rhétorique de l'AIE
La grande nouveauté de cette année, c'est que l'AIE a enfin cherché à se renseigner sur la capacité géologique de l'offre à suivre la demande, plutôt que de se contenter d'un simple chiffrage des investissements à réaliser.
L'Agence reste malheureusement assez discrète sur la méthode qu'elle a utilisée pour recueillir ces informations, ses moyens propres en termes d'investigations géologiques étant limités, pour ne pas dire nuls. Sans doute a-t-elle procédé par la classique méthode Delphi : on rencontre plein d'experts, on en tire une première synthèse qu'on leur envoie, ils renvoient leurs corrections, on leur envoie une deuxième synthèse et ainsi de suite jusqu'à ce que le document se stabilise.
Elle remarque qu'en l'absence d'investissements pour augmenter leur rendement, les champs pétroliers matures connaissent une baisse de production de 9% par an. Ce recul pourrait même s'accélérer à 10,5% par an d'ici à 2030.
De toute façon, un pétrolier arrête d'investir dans un champ quand il sait qu'il n'arrivera pas à vendre son pétrole au-dessus du coût d'extraction. Ce mécanisme de régulation empêche la création de surcapacités trop importantes, surcapacités indispensables si on veut continuer à bénéficier d'un pétrole bon marché.
Pour amadouer l'OPEP et la persuader de relancer, bien au-delà des besoins réels, les investissements dans le pétrole non conventionnel, l'Agence lui promet ainsi un baril "à 100 dollars en moyenne" sur la période 2008-2015 et relativise la baisse continue du baril :
"une aggravation de la crise financière actuelle minerait probablement l'activité économique et par conséquent la demande, ce qui augmenterait la pression à la baisse sur les prix", souligne ainsi le rapport. Mais si ces "déséquilibres temporaires pourraient faire baisser le prix du pétrole, il est de plus en plus clair que l'ère du pétrole bon marché est révolue".
Le caractère pseudo-scientifique de l'exercice apparaît dans les conclusions : l'AIE nous prédit un baril à $200 en 2030, sans prendre la peine de nous donner la moindre marge d'erreur, alors que nous estimons que cette dernière, rien qu'à l'horizon 2009, est très importante (cf. nos propres prévisions ci-dessous).

Les grands pays industrialisés subiront, en 2009, un repli de leur produit intérieur brut sur l'ensemble de l'année, selon les nouvelles projections du Fonds monétaire international, publiées hier. Du jamais-vu depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.
n'ont pas été injectées dans les modèles de prévision de croissance de la demande énergétique.
De toute façon, nous vivons en ce moment une période chaotique et donc particulièrement imprévisible.
Le seul bon conseil du jour, c'est Carpe Diem !
