Il est encore trop tôt pour tirer un bilan de l'épidémie mondiale de la grippe A(H1N1). Néanmoins, dans l'hypothèse probable où il y aurait eu
plus de fumée que de feu, il y aura quelques enseignements critiques à tirer de l'approche dite du
catastrophisme éclairé.
.
Parfois confondu avec le
principe de précaution, le catastrophisme éclairé est en fait une
démarche consistant à imaginer systématiquement le pire pour, en rétro-planning, définir les actions nous en préservant ; elle a été popularisée par le philosophe Jean-Pierre Dupuy. En ce moment, deux sujets de société très présents dans les médias font appel à cette démarche : cette fameuse grippe mutante et le réchauffement climatique. Sur ce site, le lent plafonnement de la production d'énergies fossiles donne parfois lieu à des visions de Grand Soir, supposées aider le lecteur à
"se préparer au pic pétrolier."
Mais si A(H1N1) ne mute pas bientôt en une nouvelle forme digne des scénarios hollywoodiens, les autorités sanitaires auront perdu des points en crédibilité car leurs actions paraîtront a posteriori démesurées et proches du gaspillage. C'est comme crier au loup chaque fois qu'on aperçoit un chien : l'entourage apprend très vite à ne plus vous écouter, à moins que le loup ne montre vite son museau.
Impossible de savoir aujourd'hui si le nouveau scénario extrême des +7°C du climat - pourtant +5° c'était déjà catastrophique - est réaliste ou non. Mais si A(H1N1) finit rangé dans la Bibliothèque de l'Histoire près de la comédie shakespearienne Beaucoup de bruit pour rien, il est certain que les citoyens y destineront également les prochains rapports alarmistes du GIEC ou de l'AIE.
Le catastrophisme éclairé n'est donc pas la panacée des décideurs en quête de prospective : à se projeter en permanence dans la fin du monde, ils risquent de n'établir leur stratégie d'action que par des mesures préventives exagérées et inadaptées à la réalité du monde. Cette démarche n'est en fait valable que si on arrive assez rapidement à démontrer qu'en l'absence d'action, le pire se serait effectivement produit. Dans le cas contraire, elle renforce le scepticisme naturel des foules face à de nouvelles menaces, au lieu de les y sensibiliser. Et ce d'autant plus que l'imagination humaine sait toujours trouver pire que le pire : pourquoi se contenter d'un scénario à +7°C, puisqu'en invoquant les hydrates de méthane, un peu de variabilité solaire exceptionnelle et de mystérieux tipping points, rien ne nous empêche d'envisager des scénarios, complètement improbables mais néanmoins échafaudables, de +10°C ou même +15°C ! Et de là, sans véritable analyse socio-économique, qu'il est facile d'évoquer l'hypothèse que "la civilisation humaine sombre dans la barbarie"...
Comment progresser alors sur les enjeux sociétaux à long terme comme le climat, la démographie ou la limitation des armes de destruction massive ? Peut-être en concevant une cible de société compatible avec eux et vers laquelle on aura tous envie d'aller, plutôt que s'inventer des futurs tout aussi repoussants qu'improbables. Car si tout le monde, pays émergents compris, veut aujourd'hui goûter au mode de vie occidental (confort fossile et démocratie), c'est bien parce que tous les autres projets de société qu'on nous offre aujourd'hui comme solution à tous les problèmes, du néo-communisme à la décroissance en passant par l'ascétisme et le développement durable, sont de faiblardes utopies qui ne motivent vraiment que ceux qui les ont inventées. Et on n'a pas inventé les Droits de l'Homme en mettant en place, dans les sociétés antiques, des marchés de quotas d'esclaves...
La bonne façon de se préparer à une menace sociétale lointaine, ce n'est donc pas de s'en effrayer jusqu'à sombrer dans un pessimisme misanthrope mais bien, par un effort d'imagination, de réfléchir à une évolution réaliste de la société - attention au
syndrome Bisounours - dans laquelle ladite menace n'a plus que des conséquences limitées.
MrLargo Tel que tu le décris
MrLargo Tel que tu le décris c'est limpide rupture il y aura, mais en ce qui concerne l'ampleur du changement qui suis ça dépend beaucoup de la vitesse à laquelle à lieu la rupture. Si cette rupture n'est pas un effondrement complet ceux qui prennent les décisions se débrouilleront pour que la nouvelle organisation leur profite...
probabilité....
Merci de ton retour et de refaire vivre cette page d'accueil un peu gélée...
Globalement, je partage ton analyse.... sauf sur la fin !
"plutôt que s'inventer des futurs tout aussi repoussants qu'improbables"
La probabilité de quelque chose qui ne s'est jamais produit... Beau sujet de philo. En math, c'est plus embêtant, ça passe par une division par 0.
Repartons donc uniquement de ce qui est à peu près certain.
>Les richesses crées par notre société sont TRES fossilo dépendantes. Le taux est discutable mais le fait est là. Pour faire simple. Si demain matin, nous coupions le robinet à fossiles : ces richesses chuteraient de plus de 90%.
>Mesurée en monnaie, le coût de ces fossiles est beaucoup plus faible ce qui d'ailleurs masque souvent son importance auprès des comptables.
>L'exploitation exponentiellement croissante des ressources fossiles (vécue jusqu'aux années 70) n'est plus possible (pic ou pas pic, peu importe)
>La société s'est aussi organisée autour d'un moyen d'échange (la monnaie) fortement influencé par une nécessité de croissance future, croissance exponentielle de la quantité de monnaie pour pouvoir rembourser les intérêts passés, mais aussi croissance exponentielle de richesses crées pour que la monnaie puisse continuer à garder une certaine valeur d'échange et qu'on lui fasse confiance. Bref, La richesse doit croître exponnentiellement pour que le système fonctionne.
>Si il y a trop grande divergence, entre les deux (croissance de richesse et croissance de monnaie), le système peut fonctionner un certain temps, mais se termine en crise.
>La société s'est aussi organisée autour d'un moyen d'échange (la monnaie) qui a donc maintenant la propriété de s'autogénérer par le biais des intérêts. Ceci étant d'ailleurs évidement lié à la notion de croissance future.
>La société est dans son ensemble dirigée par des gens plutôt riches. Ces groupes dirigeants disposent souvent de suffisament d'argent pour que leur argent produisent des intérêts et les fasse (bien) vivre. Comme ils ne sont pas bisounours, il n'ont pas envie que cela change.
Bref la seule quasi certitude que j'obtiens avec ces remarques, c'est que si les fossiles ne sont plus exploitables de manière exponentiellement croissante, les richesses ne sont plus générables de manière exponentiellement croissante. La masse monnétaire ne devrait donc plus être exponentiellement croissante. Ce qui est contraire à l'intérêt de ceux qui prennent les décisions.
Le plus PROBABLE est donc que le système actuel explose. Ce n'est pas du catastrophisme, c'est ce qui me parait logique.
Les autres possibilités de sociétés ne sont effectivement pas très probables. Mais difficile d'imaginer une société qui change du tout au tout son système d'échange pour le rendre compatible avec les nouvelles contraintes, surtout si c'est contraire à l'intérêt immédiat de ses dirigeants.
Topping Point
Je suis d'accord avec vous, et sur les différents points que vous abordez. En toute logique, le système tel que nous le connaissons devrait bel et bien exploser. Le déni sur la cause profonde de la crise actuelle est pour moi un symptôme criant de la situation inextricable dans laquelle on nous a mis et nous nous sommes mis. Ce déni devrait d’ailleurs nous inquiéter au plus haut point car il creuse le lit de l’effondrement futur. Je croise malgré tout les doigts pour que la transition se fasse au mieux mais il y a peu de raison de penser que cela va se dérouler dans joie et l’allégresse, surtout si on s’empêche de comprendre ce qui nous a permis d’arriver là où nous sommes et ce qui nous empêche de continuer.
Pour en venir à au passage du pic pétrolier, on peut déjà, d’un point de vue théorique, mettre en évidence 3 points d’inflexion au sommet de la courbe Hubbert :
A. la fin de l’accélération de la croissance de l’offre (2004)
B. la fin de la croissance de l’offre et la destruction de la demande (2008)
C. la destruction accélérée de la demande qui s’aligne sur la décroissance géologique (2010-2012)
Ces dates ne sont pas des événements ponctuels mais des événements qui s’étalent dans la durée, cela se passe à l’échelle mondiale. Le phénomène du pic pétrolier est un évènement historique plus facile à observer avec un certain recul mais sa logique n’en reste pas moins imparable.
Il y a sur le site de l’ASPO Belgique une explication claire de la mécanique du passage pic pétrolier. - Quel scénario pour le franchissement du pic pétrolier ? (http://www.aspo.be/index6.html). On y décrit un cercle vicieux en trois actes :
1) Une hausse rapide du prix du pétrole due à une offre insuffisante et amplifiée par la spéculation entraîne des dégâts économiques et financiers.
2) Comme l’illustrent les crises asiatique de 1998, des valeurs technologiques de 2001, et économico-financière de 2009, un ralentissement économique ou une récession fait baisser la demande en pétrole. Ce faisant, le prix du pétrole diminue lui aussi, ce qui provoque l’annulation de nombreux projets énergétiques (pétroliers et renouvelables), soit parce que ces projets deviennent économiquement moins rentables, soit par manque de crédits pour les mettre en œuvre.
3) Une reprise économique et/ou un recul ponctuel des investissements énergétiques fait de nouveau s’entrechoquer les courbes d’offre et de demande en pétrole, dans le premier cas parce que la demande augmente, dans le second cas parce que l’offre finit par diminuer. Il en résulte une nouvelle flambée des prix du pétrole qui nous ramène au point 1).
Cette description correspond au passage d’un mode croissant à un mode décroissant. Cela peut s’appliquer à la tendance générale de la courbe comme cela peut s’appliquer dans une moindre mesure à de plus petites oscillations.
En période de croissance, cette dernière génère les conditions de son augmentation tant que les conditions de base sont réunies, il y a rétroaction positive et cela se traduit par une exponentielle quand le système est livré à lui-même. Quand les conditions ne sont plus réunies, il n’est plus alors possible de continuer comme avant et c’est la rétroaction négative qui prend le pas, les conditions de base qui viennent à manquer sont évidemment les ressources, dont le pétrole, la ressource qui permet toutes les ressources.
Par rétroaction positive, il faut comprendre les investissements tournés vers le futur et plus particulièrement ceux dans le secteur de l’énergie. Par rétroaction négative, il faut comprendre la fin du crédit, amenant l’insolvabilité, amenant les investissements à se tourner vers le passé, amenant la chute des investissements tournés vers le futur, amenant ...
Voici un article très intéressant que fait le lien entre Limites de la Croissance et Pic Pétrolier
Revisiting the Limits to Growth After Peak Oil (http://www.esf.edu/efb/hall/2009-05Hall0327.pdf)