par energy_isere » 02 mai 2026, 23:13
Prix records du tungstène : le Rwanda en première ligne en Afrique, devant la RDC
Agence Ecofin 02 mai 2026
Les restrictions chinoises à l'exportation pèsent sur l'approvisionnement mondial en tungstène, métal au cœur des industries de défense et de haute technologie. En Afrique, le Rwanda et la RDC se distinguent comme les deux pays positionnés pour tirer parti d'une éventuelle recomposition du marché.
Le paratungstate d'ammonium (APT), produit intermédiaire de référence dans la production de tungstène métal, a dépassé fin avril 3000 dollars la tonne, en hausse de plus de 200 % depuis le début de l’année. Alimenté par une rupture dans les flux d'approvisionnement mondiaux, ce rallye cache des opportunités pour les deux principaux producteurs africains : le Rwanda et la République démocratique du Congo.
Aux côtés de l’étain et du coltan, le tungstène appartient au groupe des métaux critiques communément appelés 3T. Ses propriétés mécaniques exceptionnelles, en l’occurrence une densité et une résistance aux hautes températures, en font un matériau de choix pour les équipements militaires et aérospatiaux.
La demande militaire, actuellement estimée à environ 12 % du total, est attendue à 15 % entre 2027 et 2028, portée par le réapprovisionnement des stocks de défense à l'échelle mondiale, selon Project Blue. Mais c’est le secteur automobile qui est aujourd’hui le premier consommateur mondial de tungstène, avec 25 à 30 % de la demande, d’après le cabinet Argus.
La Chine concentre l'essentiel de la production et des exportations mondiales. En 2025, Pékin a imposé de nouvelles restrictions à l'exportation, tout en réduisant ses quotas miniers. En décembre de la même année, seules 15 entreprises ont été autorisées à exporter du tungstène chinois pour la période 2026 - 2027. Cette politique de contraction de l'offre a directement alimenté la hausse des prix, en privant les acheteurs occidentaux de leur principal fournisseur.
Le Rwanda, bien placé à Washington
L'Afrique centrale pèse encore peu dans la filière mondiale du tungstène, et les deux pays qui en produisent ont des profils très différents. Entièrement artisanale, la production congolaise de wolframite (principal minerai du tungstène) s'est établie à 213 tonnes en 2025. Quant aux exportations, elles n’ont atteint que 94,5 tonnes valorisées, à 1,3 million USD. A titre de comparaison, les exportations de cassitérite (minerai d’étain) de la RDC ont atteint la même année 46 251 tonnes, pour une valeur de 652 millions USD.
Le Rwanda affiche de son côté des chiffres sans commune mesure. Avec 2 383,9 tonnes exportées en 2024 pour une valeur de 35,76 millions USD selon les chiffres officiels, le pays est le principal fournisseur africain de tungstène. L’écart avec son voisin congolais s'explique largement par la mine Nyakabingo, présentée par son propriétaire Trinity Metals comme le plus grand producteur de tungstène du continent africain.
Cette mine produit entre 100 et 110 tonnes de wolframite par mois, mais la ressource estimée dépasse 115 000 tonnes de tungstène récupérable, avec un potentiel d'augmentation significative. L’impact de la hausse des prix mondiaux sur les revenus du projet reste à évaluer, mais c’est sur un terrain plus stratégique que les retombées de la conjoncture actuelle seront intéressantes à observer.
Dans un contexte où les Etats-Unis doivent affronter les conséquences des restrictions chinoises, qui peuvent affecter leur industrie de Défense, le Rwanda s’est déjà positionné. Kigali et Washington ont signé en août 2025 un accord commercial inédit qui a débouché, dès septembre, sur l’arrivée d’une première cargaison officielle de tungstène rwandais aux États-Unis.
Cette première livraison est le fruit d’un partenariat entre l’américain Global Tungsten and Powders et Trinity Metals, dont le fonds TechMet est actionnaire. Ce dernier bénéficie lui-même du soutien financier de la Development Finance Corporation (DFC), une agence américaine d'investissement, signe d’un engagement de long terme de la part de Washington. Sur ce terrain, la RDC est encore absente.
La collaboration croissante avec les USA, impliquant la mise en place d'une réserve d'actifs miniers critiques, ouvre néanmoins des perspectives intéressantes pour Kinshasa. Des investisseurs américains sont de plus en plus actifs en RDC, autant pour l’exploration que la production. Si ce cadre ne concerne pas encore le tungstène, l’hypothèse que la nécessité pour les USA et leurs partenaires de diversifier l’approvisionnement puisse favoriser une montée en régime de la production congolaise de tungstène n’est pas à exclure.
https://www.agenceecofin.com/actualites ... ant-la-rdc
[quote] [b][size=110]Prix records du tungstène : le Rwanda en première ligne en Afrique, devant la RDC[/size][/b]
Agence Ecofin 02 mai 2026
Les restrictions chinoises à l'exportation pèsent sur l'approvisionnement mondial en tungstène, métal au cœur des industries de défense et de haute technologie. En Afrique, le Rwanda et la RDC se distinguent comme les deux pays positionnés pour tirer parti d'une éventuelle recomposition du marché.
Le paratungstate d'ammonium (APT), produit intermédiaire de référence dans la production de tungstène métal, a dépassé fin avril 3000 dollars la tonne, en hausse de plus de 200 % depuis le début de l’année. Alimenté par une rupture dans les flux d'approvisionnement mondiaux, ce rallye cache des opportunités pour les deux principaux producteurs africains : le Rwanda et la République démocratique du Congo.
Aux côtés de l’étain et du coltan, le tungstène appartient au groupe des métaux critiques communément appelés 3T. Ses propriétés mécaniques exceptionnelles, en l’occurrence une densité et une résistance aux hautes températures, en font un matériau de choix pour les équipements militaires et aérospatiaux.
La demande militaire, actuellement estimée à environ 12 % du total, est attendue à 15 % entre 2027 et 2028, portée par le réapprovisionnement des stocks de défense à l'échelle mondiale, selon Project Blue. Mais c’est le secteur automobile qui est aujourd’hui le premier consommateur mondial de tungstène, avec 25 à 30 % de la demande, d’après le cabinet Argus.
La Chine concentre l'essentiel de la production et des exportations mondiales. En 2025, Pékin a imposé de nouvelles restrictions à l'exportation, tout en réduisant ses quotas miniers. En décembre de la même année, seules 15 entreprises ont été autorisées à exporter du tungstène chinois pour la période 2026 - 2027. Cette politique de contraction de l'offre a directement alimenté la hausse des prix, en privant les acheteurs occidentaux de leur principal fournisseur.
[b]Le Rwanda, bien placé à Washington[/b]
L'Afrique centrale pèse encore peu dans la filière mondiale du tungstène, et les deux pays qui en produisent ont des profils très différents. Entièrement artisanale, la production congolaise de wolframite (principal minerai du tungstène) s'est établie à 213 tonnes en 2025. Quant aux exportations, elles n’ont atteint que 94,5 tonnes valorisées, à 1,3 million USD. A titre de comparaison, les exportations de cassitérite (minerai d’étain) de la RDC ont atteint la même année 46 251 tonnes, pour une valeur de 652 millions USD.
Le Rwanda affiche de son côté des chiffres sans commune mesure. Avec 2 383,9 tonnes exportées en 2024 pour une valeur de 35,76 millions USD selon les chiffres officiels, le pays est le principal fournisseur africain de tungstène. L’écart avec son voisin congolais s'explique largement par la mine Nyakabingo, présentée par son propriétaire Trinity Metals comme le plus grand producteur de tungstène du continent africain.
Cette mine produit entre 100 et 110 tonnes de wolframite par mois, mais la ressource estimée dépasse 115 000 tonnes de tungstène récupérable, avec un potentiel d'augmentation significative. L’impact de la hausse des prix mondiaux sur les revenus du projet reste à évaluer, mais c’est sur un terrain plus stratégique que les retombées de la conjoncture actuelle seront intéressantes à observer.
Dans un contexte où les Etats-Unis doivent affronter les conséquences des restrictions chinoises, qui peuvent affecter leur industrie de Défense, le Rwanda s’est déjà positionné. Kigali et Washington ont signé en août 2025 un accord commercial inédit qui a débouché, dès septembre, sur l’arrivée d’une première cargaison officielle de tungstène rwandais aux États-Unis.
Cette première livraison est le fruit d’un partenariat entre l’américain Global Tungsten and Powders et Trinity Metals, dont le fonds TechMet est actionnaire. Ce dernier bénéficie lui-même du soutien financier de la Development Finance Corporation (DFC), une agence américaine d'investissement, signe d’un engagement de long terme de la part de Washington. Sur ce terrain, la RDC est encore absente.
La collaboration croissante avec les USA, impliquant la mise en place d'une réserve d'actifs miniers critiques, ouvre néanmoins des perspectives intéressantes pour Kinshasa. Des investisseurs américains sont de plus en plus actifs en RDC, autant pour l’exploration que la production. Si ce cadre ne concerne pas encore le tungstène, l’hypothèse que la nécessité pour les USA et leurs partenaires de diversifier l’approvisionnement puisse favoriser une montée en régime de la production congolaise de tungstène n’est pas à exclure.
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