par energy_isere » 12 mars 2026, 01:45
« Je ne comprends pas pourquoi » : ces sept jours de silence de l’armée chinoise au large de Taïwan qui alarment les experts
12 mars 2026 BFM
Drew Thompson, ancien haut responsable du Pentagone chargé des relations avec la Chine et Taïwan, est perplexe: "L’armée chinoise a cessé de voler autour de Taïwan… et je ne comprends pas pourquoi." L’expert égrène les hypothèses pour tenter d’y voir plus clair. La météo constitue la première piste. Quand les vols militaires chinois diminuent, la raison est souvent très simple: le temps. Le détroit de Taïwan est une zone difficile pour les opérations militaires. En hiver, les vents s’y engouffrent comme dans un entonnoir et les vagues montent. En bref, les conditions deviennent dangereuses pour les avions et les navires.
Au printemps en revanche, la mer devient plus calme. C’est la saison idéale pour des opérations amphibies, celles qui seraient nécessaires en cas d’invasion de Taiwan par l’Armée Populaire de Libération. Mais en février dernier, la météo était plutôt correcte. Pas de typhon, pas de tempête majeure. Autrement dit: la météo n’explique pas ce silence.
Une opération militaire d'envergure dans les tuyaux?
Autre élément troublant: la pause des exercices militaires intervient après un nouvel épisode de purges au sommet de l’armée chinoise. Deux officiers très importants ont été écartés et placés sous enquête: Zhang Youxia, vice-président de la Commission militaire centrale, et Liu Zhenli, chef d’état-major interarmées. Depuis plus de dix ans, Xi Jinping mène régulièrement des campagnes anticorruption dans l’armée. Mais jusqu’ici, ces purges n’avaient jamais ralenti les opérations autour de Taïwan. Pour Drew Thompson, il est donc peu probable que cela explique la pause.
Et c’est là que l’analyse devient plus inquiétante. Dans la préparation d’une campagne militaire, les armées peuvent ralentir leurs activités. En général pour économiser le matériel, accélérer la maintenance, préparer les avions et les navires avant une phase plus intense. Si tel était le cas, on devrait observer d’autres signes comme des ports remplis de navires, des mouvements massifs de troupes convergeant vers la côte. Mais à ce stade, rien de tel n’est visible.
Xi Jinping veut son "moment Vénézuela"
Drew Thompson évoque aussi un scénario beaucoup plus radical: une frappe ciblée contre les dirigeants taïwanais. L’idée serait de neutraliser en quelques heures le président Lai Ching-te, ainsi que sa vice-présidente et son Premier ministre. Une opération inspirée par le raid américain contre Nicolás Maduro au Venezuela, qui a fasciné les nationalistes chinois en ligne, certains appelant à en faire de même à Taiwan. Les services de renseignement chinois auraient d’ailleurs recruté des agents à Taïwan pour connaître les agendas des dirigeants, exactement le type d’informations nécessaires pour ce genre d’opération.
Mais là encore, l’ancien haut-gradé du Pentagone Drew Thompson reste sceptique: "L’Armée populaire de libération n’a encore jamais mené ce type d’opérations complexes. Le risque d’échec serait énorme. Et un échec militaire pourrait devenir un désastre politique pour Xi Jinping." C’est d’ailleurs cet argument que font valoir de nombreux élus taïwanais, dont le député ChenKuan-ting:
"Si une telle opération rencontrait des difficultés, elle dégénérerait rapidement en un conflit de grande ampleur, avec des risques politiques et militaires extrêmement élevés."
Il n’en reste pas moins que les signaux de préparation d’une opération se sont multipliés ces derniers mois.
La Chine aurait demandé de l’aide à la Russie pour se préparer
Ce que la Russie apprend sur le terrain en Ukraine, elle l'enseigne à la Chine. C’est ce que découvrait fin septembre le groupe d’activiste Black Moon qui s’est procuré 800 pages de contrats et annexes entre Pékin et Moscou.
On y découvre que les pentes sur le rivage taïwanais limitent l’option d’une attaque par la mer. La solution privilégiée serait la prise d'aérodromes. Elle pourrait permettre l'afflux de troupes par voie aérienne. Des militaires russes entraîneraient les forces spéciales chinoises à s'infiltrer discrètement dans les îles, avec des parachutes "Dalnolyot" capables de porter des charges lourdes.
Pour un assaut, la Chine pourrait étendre les blindés sur des terrains de golf ou près des ports taiwanais, comme l'ont fait les parachutistes russes en Ukraine pour prendre l'aéroport de Hostomel.
Et s'il s'agissait simplement d'un signal politique d’apaisement?
Fin février, le président taïwanais Lai a prononcé devant des hommes d’affaires un discours où il a utilisé l’expression "Chine continentale". Pour Pékin, cette formule est fondamentale: elle suggère implicitement l’idée qu’il n’existe qu’une seule Chine. Pékin pourrait avoir voulu récompenser ce geste symbolique en réduisant temporairement la pression militaire.
Problème: cette hypothèse ne colle pas à la chronologie. La pause militaire a commencé avant ce discours, et à Taïpei, les interlocuteurs de Thompson jugent peu crédible l’idée que Pékin fasse un tel "cadeau" au nouveau président, même pour quelques jours. D’autres experts cités dans le South China Morning Post voient dans ces déclarations un geste d’apaisement de Taiwan avant une visite officielle de Donald Trump en Chine du 31 mars au 2 avril.
Pour Drew Thompson, le problème n’est pas tant la pause militaire en soi que l’absence d’explications claires. Pékin cherche peut‑être justement à semer le doute sur ses intentions réelles, alors que l’attention mondiale se concentre sur la guerre en Iran, qui se régionalise et s'étend en quelques jours à une quinzaine de pays.
https://www.msn.com/fr-fr/finance/econo ... ab88&ei=57
[quote][b] « Je ne comprends pas pourquoi » : ces sept jours de silence de l’armée chinoise au large de Taïwan qui alarment les experts[/b]
12 mars 2026 BFM
Drew Thompson, ancien haut responsable du Pentagone chargé des relations avec la Chine et Taïwan, est perplexe: "L’armée chinoise a cessé de voler autour de Taïwan… et je ne comprends pas pourquoi." L’expert égrène les hypothèses pour tenter d’y voir plus clair. La météo constitue la première piste. Quand les vols militaires chinois diminuent, la raison est souvent très simple: le temps. Le détroit de Taïwan est une zone difficile pour les opérations militaires. En hiver, les vents s’y engouffrent comme dans un entonnoir et les vagues montent. En bref, les conditions deviennent dangereuses pour les avions et les navires.
Au printemps en revanche, la mer devient plus calme. C’est la saison idéale pour des opérations amphibies, celles qui seraient nécessaires en cas d’invasion de Taiwan par l’Armée Populaire de Libération. Mais en février dernier, la météo était plutôt correcte. Pas de typhon, pas de tempête majeure. Autrement dit: la météo n’explique pas ce silence.
Une opération militaire d'envergure dans les tuyaux?
Autre élément troublant: la pause des exercices militaires intervient après un nouvel épisode de purges au sommet de l’armée chinoise. Deux officiers très importants ont été écartés et placés sous enquête: Zhang Youxia, vice-président de la Commission militaire centrale, et Liu Zhenli, chef d’état-major interarmées. Depuis plus de dix ans, Xi Jinping mène régulièrement des campagnes anticorruption dans l’armée. Mais jusqu’ici, ces purges n’avaient jamais ralenti les opérations autour de Taïwan. Pour Drew Thompson, il est donc peu probable que cela explique la pause.
Et c’est là que l’analyse devient plus inquiétante. Dans la préparation d’une campagne militaire, les armées peuvent ralentir leurs activités. En général pour économiser le matériel, accélérer la maintenance, préparer les avions et les navires avant une phase plus intense. Si tel était le cas, on devrait observer d’autres signes comme des ports remplis de navires, des mouvements massifs de troupes convergeant vers la côte. Mais à ce stade, rien de tel n’est visible.
Xi Jinping veut son "moment Vénézuela"
Drew Thompson évoque aussi un scénario beaucoup plus radical: une frappe ciblée contre les dirigeants taïwanais. L’idée serait de neutraliser en quelques heures le président Lai Ching-te, ainsi que sa vice-présidente et son Premier ministre. Une opération inspirée par le raid américain contre Nicolás Maduro au Venezuela, qui a fasciné les nationalistes chinois en ligne, certains appelant à en faire de même à Taiwan. Les services de renseignement chinois auraient d’ailleurs recruté des agents à Taïwan pour connaître les agendas des dirigeants, exactement le type d’informations nécessaires pour ce genre d’opération.
Mais là encore, l’ancien haut-gradé du Pentagone Drew Thompson reste sceptique: "L’Armée populaire de libération n’a encore jamais mené ce type d’opérations complexes. Le risque d’échec serait énorme. Et un échec militaire pourrait devenir un désastre politique pour Xi Jinping." C’est d’ailleurs cet argument que font valoir de nombreux élus taïwanais, dont le député ChenKuan-ting:
"Si une telle opération rencontrait des difficultés, elle dégénérerait rapidement en un conflit de grande ampleur, avec des risques politiques et militaires extrêmement élevés."
Il n’en reste pas moins que les signaux de préparation d’une opération se sont multipliés ces derniers mois.
La Chine aurait demandé de l’aide à la Russie pour se préparer
Ce que la Russie apprend sur le terrain en Ukraine, elle l'enseigne à la Chine. C’est ce que découvrait fin septembre le groupe d’activiste Black Moon qui s’est procuré 800 pages de contrats et annexes entre Pékin et Moscou.
On y découvre que les pentes sur le rivage taïwanais limitent l’option d’une attaque par la mer. La solution privilégiée serait la prise d'aérodromes. Elle pourrait permettre l'afflux de troupes par voie aérienne. Des militaires russes entraîneraient les forces spéciales chinoises à s'infiltrer discrètement dans les îles, avec des parachutes "Dalnolyot" capables de porter des charges lourdes.
Pour un assaut, la Chine pourrait étendre les blindés sur des terrains de golf ou près des ports taiwanais, comme l'ont fait les parachutistes russes en Ukraine pour prendre l'aéroport de Hostomel.
Et s'il s'agissait simplement d'un signal politique d’apaisement?
Fin février, le président taïwanais Lai a prononcé devant des hommes d’affaires un discours où il a utilisé l’expression "Chine continentale". Pour Pékin, cette formule est fondamentale: elle suggère implicitement l’idée qu’il n’existe qu’une seule Chine. Pékin pourrait avoir voulu récompenser ce geste symbolique en réduisant temporairement la pression militaire.
Problème: cette hypothèse ne colle pas à la chronologie. La pause militaire a commencé avant ce discours, et à Taïpei, les interlocuteurs de Thompson jugent peu crédible l’idée que Pékin fasse un tel "cadeau" au nouveau président, même pour quelques jours. D’autres experts cités dans le South China Morning Post voient dans ces déclarations un geste d’apaisement de Taiwan avant une visite officielle de Donald Trump en Chine du 31 mars au 2 avril.
Pour Drew Thompson, le problème n’est pas tant la pause militaire en soi que l’absence d’explications claires. Pékin cherche peut‑être justement à semer le doute sur ses intentions réelles, alors que l’attention mondiale se concentre sur la guerre en Iran, qui se régionalise et s'étend en quelques jours à une quinzaine de pays.
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