par mobar » 08 janv. 2026, 17:23
Au vu des déclarations de Donald Trump à la suite de cette opération, proclamant que les États-Unis allaient « diriger » le Venezuela et qu’ils veilleraient à assurer une « transition pacifique », il semble clair que l’espoir de l’administration américaine était que les bombardements et l’enlèvement du président suffiraient à provoquer la chute du gouvernement vénézuélien.
Or, jusqu’à présent, cette chute n’a pas eu lieu. La vice-présidente, Delcy Rodriguez, dont la résidence a été bombardée, a accédé au pouvoir sans incident ; son profil, si elle peut envisager de discuter avec les États-Unis, laisse supposer qu’elle ne sera probablement pas encline à s’y soumettre pleinement. Le peuple vénézuélien, quant à lui, ne s’est jusqu’à présent pas soulevé non plus. Maduro était certes devenu très impopulaire, mais il est difficile d’estimer jusqu’à quel point cette impopularité s’étendait au chavisme au sens large, ou était au contraire limitée à la personne du président. Le sentiment qui semble prédominer actuellement au Venezuela est l’inquiétude et une forme d’attente anxieuse ; même les opposants à Maduro ne voient pas forcément tous d’un très bon œil une intervention américaine. L’Amérique latine sait mieux que quiconque de quoi les États-Unis sont capables.
Résultat, les belles déclarations pleines d’assurance de Donald Trump sonnent creux. Les États-Unis ne contrôlent absolument pas le pays à l’heure actuelle ; et à moins qu’un soulèvement ne finisse par se produire, ou que le gouvernement vénézuélien décide de céder, il paraît évident qu’une seconde opération devra être mise sur pied. Or, de simples bombardements ne suffiront probablement pas à provoquer la chute du régime. Washington se trouverait alors dans la très inconfortable position de devoir recourir à la solution que l’administration Trump a soigneusement cherchée à éviter depuis tout ce temps : l’invasion.
Et c’est bien en cela que les États-Unis ont involontairement démontré leur faiblesse. Ils disposent évidemment des ressources nécessaires pour envahir le Venezuela, même s’il s’agit d’une cible difficile, au terrain accidenté, en zone tropicale. Mais c’est bien la volonté qui fait défaut aux autorités américaines. Une invasion du Venezuela, si le pays décide de résister de façon significative, se solderait par un coût élevé en vies humaines, dans un pays dont le peuple a clairement démontré, à la suite des guerres d’Irak et d’Afghanistan, qu’il n’était plus disposé à payer un tel prix ni à encourager de nouvelles aventures militaires.
« Boots on the ground », autrement dit l’envoi de troupes sur le terrain, est presque devenu une idée tabou aux États-Unis. Si l’administration Trump décide d’envahir le Venezuela, le soutien populaire dont elle bénéficie encore s’évaporera très vite dès que les premiers avions-cargos chargés de cercueils de soldats commenceront à arriver. À moins d’un an des midterms qui s’annoncent très délicates à négocier pour le Parti républicain, une telle décision serait terriblement lourde de conséquences.
Mais que faire alors ? Si le gouvernement vénézuélien ne s’effondre pas de lui-même et ne décide pas non plus d’abdiquer la souveraineté du Venezuela, les États-Unis risqueraient de perdre la face. Une étroite voie médiane demeure : si le gouvernement vénézuélien finit par accepter de négocier, il est possible qu’un accord soit trouvé qui permette aux États-Unis une sortie de crise « par le haut », notamment s’ils parviennent à sécuriser le contrôle du pétrole vénézuélien. La menace d’un éventuel embargo américain pourrait notamment encourager Caracas à rechercher un tel compromis.
Si le gouvernement vénézuélien refuse de céder, même face à un embargo, alors un tel cas de figure demeurera hors de portée des États-Unis, et ils n’auront plus que deux choix : envahir le pays ou finir humiliés. Les responsables américains n’ont donc plus qu’à prier pour que la situation évolue en leur faveur à Caracas, faute de quoi ils seront les prochaines victimes, après Maduro, du piège qu’ils ont eux-mêmes tendu au Venezuela.
https://elucid.media/politique/operatio ... _ts=crises
On n'a jamais été aussi proche de la fin ... de l'hégémonie US!
[quote]Au vu des déclarations de Donald Trump à la suite de cette opération, proclamant que les États-Unis allaient « diriger » le Venezuela et qu’ils veilleraient à assurer une « transition pacifique », il semble clair que l’espoir de l’administration américaine était que les bombardements et l’enlèvement du président suffiraient à provoquer la chute du gouvernement vénézuélien.
Or, jusqu’à présent, cette chute n’a pas eu lieu. La vice-présidente, Delcy Rodriguez, dont la résidence a été bombardée, a accédé au pouvoir sans incident ; son profil, si elle peut envisager de discuter avec les États-Unis, laisse supposer qu’elle ne sera probablement pas encline à s’y soumettre pleinement. Le peuple vénézuélien, quant à lui, ne s’est jusqu’à présent pas soulevé non plus. Maduro était certes devenu très impopulaire, mais il est difficile d’estimer jusqu’à quel point cette impopularité s’étendait au chavisme au sens large, ou était au contraire limitée à la personne du président. Le sentiment qui semble prédominer actuellement au Venezuela est l’inquiétude et une forme d’attente anxieuse ; même les opposants à Maduro ne voient pas forcément tous d’un très bon œil une intervention américaine. L’Amérique latine sait mieux que quiconque de quoi les États-Unis sont capables.
Résultat, les belles déclarations pleines d’assurance de Donald Trump sonnent creux. Les États-Unis ne contrôlent absolument pas le pays à l’heure actuelle ; et à moins qu’un soulèvement ne finisse par se produire, ou que le gouvernement vénézuélien décide de céder, il paraît évident qu’une seconde opération devra être mise sur pied. Or, de simples bombardements ne suffiront probablement pas à provoquer la chute du régime. Washington se trouverait alors dans la très inconfortable position de devoir recourir à la solution que l’administration Trump a soigneusement cherchée à éviter depuis tout ce temps : l’invasion.
Et c’est bien en cela que les États-Unis ont involontairement démontré leur faiblesse. Ils disposent évidemment des ressources nécessaires pour envahir le Venezuela, même s’il s’agit d’une cible difficile, au terrain accidenté, en zone tropicale. Mais c’est bien la volonté qui fait défaut aux autorités américaines. Une invasion du Venezuela, si le pays décide de résister de façon significative, se solderait par un coût élevé en vies humaines, dans un pays dont le peuple a clairement démontré, à la suite des guerres d’Irak et d’Afghanistan, qu’il n’était plus disposé à payer un tel prix ni à encourager de nouvelles aventures militaires.
« Boots on the ground », autrement dit l’envoi de troupes sur le terrain, est presque devenu une idée tabou aux États-Unis. Si l’administration Trump décide d’envahir le Venezuela, le soutien populaire dont elle bénéficie encore s’évaporera très vite dès que les premiers avions-cargos chargés de cercueils de soldats commenceront à arriver. À moins d’un an des midterms qui s’annoncent très délicates à négocier pour le Parti républicain, une telle décision serait terriblement lourde de conséquences.
Mais que faire alors ? Si le gouvernement vénézuélien ne s’effondre pas de lui-même et ne décide pas non plus d’abdiquer la souveraineté du Venezuela, les États-Unis risqueraient de perdre la face. Une étroite voie médiane demeure : si le gouvernement vénézuélien finit par accepter de négocier, il est possible qu’un accord soit trouvé qui permette aux États-Unis une sortie de crise « par le haut », notamment s’ils parviennent à sécuriser le contrôle du pétrole vénézuélien. La menace d’un éventuel embargo américain pourrait notamment encourager Caracas à rechercher un tel compromis.[/quote]
[quote]Si le gouvernement vénézuélien refuse de céder, même face à un embargo, alors un tel cas de figure demeurera hors de portée des États-Unis, et ils n’auront plus que deux choix : envahir le pays ou finir humiliés. Les responsables américains n’ont donc plus qu’à prier pour que la situation évolue en leur faveur à Caracas, faute de quoi ils seront les prochaines victimes, après Maduro, du piège qu’ils ont eux-mêmes tendu au Venezuela.
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https://elucid.media/politique/operation-americaine-au-venezuela-l-outrance-imperialiste-pietine-le-droit-international?mc_ts=crises
On n'a jamais été aussi proche de la fin ... de l'hégémonie US!