par energy_isere » 01 août 2026, 23:32
Tunisie : les délestages exposent les fragilités d’un système électrique dépendant de l’extérieur
Agence Ecofin 26 juillet 2026
Le réseau électrique tunisien connait de nouvelles tensions, alors même que le pays cherche à diversifier son mix énergétique et à développer ses échanges d’électricité avec l’extérieur.
La Tunisie dessert presque entièrement sa population en électricité, mais les délestages de juillet rappellent que l’accès universel ne garantit ni la continuité du service ni l’autonomie énergétique. Encore très dépendant du gaz algérien, le pays veut accélérer sur le segment renouvelable, et préparer de futurs échanges d’électricité verte avec l’Europe.
Des coupures pour préserver l’équilibre du système
Depuis la mi-juillet, la Société tunisienne de l’électricité et du gaz (STEG) programme des coupures tournantes dans plusieurs régions. Le Grand Tunis, le Nord, le Nord-Ouest, le Centre, Sfax, le Sud-Ouest et le Sud figurent notamment parmi les zones susceptibles d’être temporairement privées d’électricité. Selon la STEG, ces interruptions visent à préserver la sécurité et la pérennité du système électrique face à une forte hausse de la demande.
Les températures élevées ont en effet entraîné une utilisation intensive des équipements de climatisation, particulièrement durant les heures les plus chaudes de la journée. Le PDG de la STEG a indiqué, le mercredi 15 juillet, que la demande atteignait environ 5 000 MW entre 14 heures et 16 heures, soit près de 30 % de plus que le niveau habituel. La compagnie n’a toutefois pas publié de chiffre détaillé sur la puissance effectivement disponible, ou sur le volume total délesté.
La situation contraste avec le niveau d’électrification du pays. La Tunisie fait partie des rares États africains à afficher un accès à l’électricité proche de 100 %. Mais cet indicateur mesure avant tout le raccordement de la population, et ne renseigne pas forcement à lui seul sur la capacité du système à satisfaire les demandes de pointe, ni sur la continuité de l’alimentation.
Une production électrique toujours dépendante du gaz algérien
Les tensions actuelles mettent surtout en évidence la dépendance extérieure du secteur. À fin mai 2026, le gaz naturel assurait encore 91 % de la production nationale d’électricité, contre seulement 9 % pour les énergies renouvelables, selon l’Observatoire national de l’énergie et des mines. Dans le même temps, 63 % de l’approvisionnement du pays en gaz provenait d’achats directs auprès de l’Algérie. Une part supplémentaire de 11 % correspondait à la redevance en nature perçue sur le transit du gaz algérien vers l’Italie. Ainsi, près des trois quarts du gaz disponible étaient donc liés aux flux algériens.
Cette dépendance ne concerne pas seulement le combustible utilisé dans les centrales. La Tunisie importe également directement de l’électricité, principalement depuis l’Algérie. Or, son voisin fait lui-même face à une montée rapide de la demande pendant les épisodes de forte chaleur. Cette pression peut limiter les volumes exportables lors des périodes de pointes, même si aucune source officielle n’établit qu’elle a directement provoqué les délestages tunisiens.
L’exportation d’électricité verte à l’épreuve des besoins nationaux
Malgré les délestages et cette dépendance, la Tunisie prépare déjà une nouvelle étape, qui consiste à développer massivement les énergies renouvelables et échanger, à terme, de l’électricité avec l’Europe, notamment grâce à l’interconnexion ELMED avec l’Italie.
Le mouvement commence à prendre forme. L’émirati AMEA Power a mis en service en décembre 2025 à Kairouan, une centrale solaire de 120 MWc. Le norvégien Scatec a également lancé de nouvelles capacités photovoltaïques, et poursuit le développement d’autres projets dans le pays. La progression reste néanmoins limitée face au poids du gaz. Avec 9 % de la production nationale à fin mai 2026, le renouvelable doit encore changer d’échelle avant de pouvoir couvrir une part importante de la demande locale, et dégager des surplus exportables.
L’ambition d’un hub énergétique qui fournirait l’Europe suppose donc davantage de capacités électriques locales et indépendantes, que la seule construction d’un câble sous-marin. Elle exige aussi un réseau intérieur capable d’acheminer cette production, ainsi que des moyens d’équilibrage et de stockage pour répondre aux périodes de pointes.
https://www.agenceecofin.com/actualites ... -exterieur
[quote] [b]Tunisie : les délestages exposent les fragilités d’un système électrique dépendant de l’extérieur
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Agence Ecofin 26 juillet 2026
[b]Le réseau électrique tunisien connait de nouvelles tensions, alors même que le pays cherche à diversifier son mix énergétique et à développer ses échanges d’électricité avec l’extérieur.
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La Tunisie dessert presque entièrement sa population en électricité, mais les délestages de juillet rappellent que l’accès universel ne garantit ni la continuité du service ni l’autonomie énergétique. Encore très dépendant du gaz algérien, le pays veut accélérer sur le segment renouvelable, et préparer de futurs échanges d’électricité verte avec l’Europe.
[b]Des coupures pour préserver l’équilibre du système[/b]
Depuis la mi-juillet, la Société tunisienne de l’électricité et du gaz (STEG) programme des coupures tournantes dans plusieurs régions. Le Grand Tunis, le Nord, le Nord-Ouest, le Centre, Sfax, le Sud-Ouest et le Sud figurent notamment parmi les zones susceptibles d’être temporairement privées d’électricité. Selon la STEG, ces interruptions visent à préserver la sécurité et la pérennité du système électrique face à une forte hausse de la demande.
Les températures élevées ont en effet entraîné une utilisation intensive des équipements de climatisation, particulièrement durant les heures les plus chaudes de la journée. Le PDG de la STEG a indiqué, le mercredi 15 juillet, que la demande atteignait environ 5 000 MW entre 14 heures et 16 heures, soit près de 30 % de plus que le niveau habituel. La compagnie n’a toutefois pas publié de chiffre détaillé sur la puissance effectivement disponible, ou sur le volume total délesté.
La situation contraste avec le niveau d’électrification du pays. La Tunisie fait partie des rares États africains à afficher un accès à l’électricité proche de 100 %. Mais cet indicateur mesure avant tout le raccordement de la population, et ne renseigne pas forcement à lui seul sur la capacité du système à satisfaire les demandes de pointe, ni sur la continuité de l’alimentation.
[b]Une production électrique toujours dépendante du gaz algérien[/b]
Les tensions actuelles mettent surtout en évidence la dépendance extérieure du secteur. À fin mai 2026, le gaz naturel assurait encore 91 % de la production nationale d’électricité, contre seulement 9 % pour les énergies renouvelables, selon l’Observatoire national de l’énergie et des mines. Dans le même temps, 63 % de l’approvisionnement du pays en gaz provenait d’achats directs auprès de l’Algérie. Une part supplémentaire de 11 % correspondait à la redevance en nature perçue sur le transit du gaz algérien vers l’Italie. Ainsi, près des trois quarts du gaz disponible étaient donc liés aux flux algériens.
Cette dépendance ne concerne pas seulement le combustible utilisé dans les centrales. La Tunisie importe également directement de l’électricité, principalement depuis l’Algérie. Or, son voisin fait lui-même face à une montée rapide de la demande pendant les épisodes de forte chaleur. Cette pression peut limiter les volumes exportables lors des périodes de pointes, même si aucune source officielle n’établit qu’elle a directement provoqué les délestages tunisiens.
[b]L’exportation d’électricité verte à l’épreuve des besoins nationaux[/b]
Malgré les délestages et cette dépendance, la Tunisie prépare déjà une nouvelle étape, qui consiste à développer massivement les énergies renouvelables et échanger, à terme, de l’électricité avec l’Europe, notamment grâce à l’interconnexion ELMED avec l’Italie.
Le mouvement commence à prendre forme. L’émirati AMEA Power a mis en service en décembre 2025 à Kairouan, une centrale solaire de 120 MWc. Le norvégien Scatec a également lancé de nouvelles capacités photovoltaïques, et poursuit le développement d’autres projets dans le pays. La progression reste néanmoins limitée face au poids du gaz. Avec 9 % de la production nationale à fin mai 2026, le renouvelable doit encore changer d’échelle avant de pouvoir couvrir une part importante de la demande locale, et dégager des surplus exportables.
L’ambition d’un hub énergétique qui fournirait l’Europe suppose donc davantage de capacités électriques locales et indépendantes, que la seule construction d’un câble sous-marin. Elle exige aussi un réseau intérieur capable d’acheminer cette production, ainsi que des moyens d’équilibrage et de stockage pour répondre aux périodes de pointes.
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