par energy_isere » 04 nov. 2025, 19:01
L'air le plus ancien jamais mesuré retrouvé bloqué dans des glaces de l'Antarctique vieilles de six millions d'années
En Antarctique oriental, une équipe américaine affirme avoir découvert les plus anciennes glaces datées de manière directe. Vieilles de six millions d'années, ces dernières renferment des bulles d'air dont la composition pourrait nous renseigner sur l'atmosphère de notre planète à cette période.
Par Nastasia Michaels, Journaliste spécialisée en environnement 04 nov 2025 geo
Entre les exploits scientifiques, il y a parfois de quoi s'y perdre ! En janvier dernier, une équipe du CNRS avait annoncé avoir découvert les plus anciennes glaces terrestres, datées de plus de 1,2 million d'années.
Mais le record résidait en fait dans le caractère "continu" de leur prélèvement, c'est-à-dire l'absence d'interruption entre les glaces de différents âges qui le composent, l'échantillon complet (de 2 800 mètres de long) témoignant ainsi de l'histoire climatique terrestre sans qu'il y ait de "trou" dans le récit (GEO, 10 janvier 2025).
En revanche, si l'on retire ce critère de continuité dont on comprend l'intérêt, les expéditions polaires permettent de remonter encore plus loin dans le temps. En 2022, d'autres chercheurs avaient ainsi recueilli des glaces datées de cinq millions d'années. Et une nouvelle étude se penche aujourd'hui sur des glaces dont l'ancienneté atteindrait… quelque six millions d'années !
Des machines à remonter le temps
C'est dans la région d'Allan Hills, en Antarctique oriental, que Sarah Shackleton, de l'Institut océanographique de Woods Hole aux États-Unis, a réalisé ce prélèvement exceptionnel.
Appelés "carottes de glace", ces prélèvements verticaux sont "comme des machines à remonter le temps qui permettent aux scientifiques d'observer à quoi ressemblait notre planète par le passé", explique la chercheuse, première auteure de l'article de recherche paru le 28 octobre, dans un communiqué (S. Shackleton et al. PNAS, 2025). Et d'ajouter :
Les carottes de glace d'Allan Hills nous permettent de remonter beaucoup plus loin dans le temps que nous ne l'aurions imaginé.
Avec notamment John Higgins de l'université de Princeton, la scientifique fait partie du Centre pour l'exploration des glaces les plus anciennes (COLDEX), financé par la NSF, un réseau de 15 institutions de recherche américaines. Il s'agit de la découverte la plus importante à ce jour pour ce centre, dont la visée est d'explorer la calotte glaciaire antarctique.
Installés dans un camp de recherche isolé, les chercheurs ont foré pendant plusieurs mois à une profondeur de 100 à 200 mètres en bordure de la calotte glaciaire. Ils se sont focalisés sur les endroits où l'écoulement de la glace et le relief montagneux accidenté contribuent à la fois à préserver la glace ancienne et à rapprocher celle-ci de la surface, la rendant ainsi plus accessible.
L'air emprisonné dans ces carottes permet aux scientifiques de dater la glace, et ce, grâce à des mesures précises d'un isotope de l'argon, un gaz rare. Cette "datation directe" signifie que les scientifiques ont mesuré des éléments chimiques présents dans la glace elle-même, plutôt que de procéder à une déduction basée sur des critères indirects.
Mais comment des glaces aussi anciennes ont-elles pu se maintenir si près de la surface ? "Nous cherchons encore à déterminer les conditions exactes qui permettent (cela)", précise Sarah Shackleton. "Outre la topographie, il s'agit probablement d'une combinaison de vents violents et d'un froid glacial. Le vent emporte la neige fraîche et le froid ralentit la glace jusqu'à la quasi-immobiliser", suppose-t-elle.
Refroidissement de 12 °C : des causes à déterminer
Les relevés de température obtenus grâce aux mesures d'autres isotopes présents dans la glace (ceux de l'oxygène) révèlent que cette zone a connu, entre cette période lointaine et aujourd'hui, un refroidissement "progressif et durable" d'environ 12 degrés Celsius.
Par conséquent, les recherches en cours sur ces carottes de glace visent désormais à retracer les niveaux anciens de gaz à effet de serre ainsi que la chaleur océanique, afin de comprendre les causes de ces changements climatiques naturels.
https://www.geo.fr/environnement/l-air- ... ees-229316
[quote] [b][size=110]L'air le plus ancien jamais mesuré retrouvé bloqué dans des glaces de l'Antarctique vieilles de six millions d'années[/size][/b]
En Antarctique oriental, une équipe américaine affirme avoir découvert les plus anciennes glaces datées de manière directe. Vieilles de six millions d'années, ces dernières renferment des bulles d'air dont la composition pourrait nous renseigner sur l'atmosphère de notre planète à cette période.
Par Nastasia Michaels, Journaliste spécialisée en environnement 04 nov 2025 geo
Entre les exploits scientifiques, il y a parfois de quoi s'y perdre ! En janvier dernier, une équipe du CNRS avait annoncé avoir découvert les plus anciennes glaces terrestres, datées de plus de 1,2 million d'années.
Mais le record résidait en fait dans le caractère "continu" de leur prélèvement, c'est-à-dire l'absence d'interruption entre les glaces de différents âges qui le composent, l'échantillon complet (de 2 800 mètres de long) témoignant ainsi de l'histoire climatique terrestre sans qu'il y ait de "trou" dans le récit (GEO, 10 janvier 2025).
En revanche, si l'on retire ce critère de continuité dont on comprend l'intérêt, les expéditions polaires permettent de remonter encore plus loin dans le temps. En 2022, d'autres chercheurs avaient ainsi recueilli des glaces datées de cinq millions d'années. Et une nouvelle étude se penche aujourd'hui sur des glaces dont l'ancienneté atteindrait… quelque six millions d'années !
[b]Des machines à remonter le temp[/b]s
C'est dans la région d'Allan Hills, en Antarctique oriental, que Sarah Shackleton, de l'Institut océanographique de Woods Hole aux États-Unis, a réalisé ce prélèvement exceptionnel.
Appelés "carottes de glace", ces prélèvements verticaux sont "comme des machines à remonter le temps qui permettent aux scientifiques d'observer à quoi ressemblait notre planète par le passé", explique la chercheuse, première auteure de l'article de recherche paru le 28 octobre, dans un communiqué (S. Shackleton et al. PNAS, 2025). Et d'ajouter :
Les carottes de glace d'Allan Hills nous permettent de remonter beaucoup plus loin dans le temps que nous ne l'aurions imaginé.
Avec notamment John Higgins de l'université de Princeton, la scientifique fait partie du Centre pour l'exploration des glaces les plus anciennes (COLDEX), financé par la NSF, un réseau de 15 institutions de recherche américaines. Il s'agit de la découverte la plus importante à ce jour pour ce centre, dont la visée est d'explorer la calotte glaciaire antarctique.
Installés dans un camp de recherche isolé, les chercheurs ont foré pendant plusieurs mois à une profondeur de 100 à 200 mètres en bordure de la calotte glaciaire. Ils se sont focalisés sur les endroits où l'écoulement de la glace et le relief montagneux accidenté contribuent à la fois à préserver la glace ancienne et à rapprocher celle-ci de la surface, la rendant ainsi plus accessible.
L'air emprisonné dans ces carottes permet aux scientifiques de dater la glace, et ce, grâce à des mesures précises d'un isotope de l'argon, un gaz rare. Cette "datation directe" signifie que les scientifiques ont mesuré des éléments chimiques présents dans la glace elle-même, plutôt que de procéder à une déduction basée sur des critères indirects.
Mais comment des glaces aussi anciennes ont-elles pu se maintenir si près de la surface ? "Nous cherchons encore à déterminer les conditions exactes qui permettent (cela)", précise Sarah Shackleton. "Outre la topographie, il s'agit probablement d'une combinaison de vents violents et d'un froid glacial. Le vent emporte la neige fraîche et le froid ralentit la glace jusqu'à la quasi-immobiliser", suppose-t-elle.
Refroidissement de 12 °C : des causes à déterminer
Les relevés de température obtenus grâce aux mesures d'autres isotopes présents dans la glace (ceux de l'oxygène) révèlent que cette zone a connu, entre cette période lointaine et aujourd'hui, un refroidissement "progressif et durable" d'environ 12 degrés Celsius.
Par conséquent, les recherches en cours sur ces carottes de glace visent désormais à retracer les niveaux anciens de gaz à effet de serre ainsi que la chaleur océanique, afin de comprendre les causes de ces changements climatiques naturels.
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https://www.geo.fr/environnement/l-air-le-plus-ancien-jamais-mesure-retrouve-bloque-dans-des-glaces-de-l-antarctique-vieilles-de-six-millions-d-annees-229316