par energy_isere » 01 janv. 2026, 15:00
Entrée en vigueur de la nouvelle taxe carbone aux frontières de l'Union européenne
La nouvelle taxe carbone aux frontières de l'Union européenne (UE) entre en vigueur ce 1er janvier 2026. Depuis une vingtaine d’années, certaines industries européennes sont soumises à une taxe similaire, une mesure phare de l’UE, qui plombe économiquement ces industries, concurrencées par des producteurs étrangers qui n’y étaient jusqu’alors pas soumis. La donne va donc changer en ce début d’année 2026.
RFI le : 01/01/2026
C’était une concurrence déloyale. Depuis une vingtaine d'années, les producteurs européens d'électricité, d'acier, d'aluminium, de ciment, d'hydrogène et d'engrais azotés doivent acheter des droits à polluer s'ils ne réduisent pas leurs émissions de gaz à effet de serre, causant le changement climatique. Objectif : inciter ces industries très polluantes à se décarboner et ainsi lutter contre le réchauffement mondial. Une taxe à laquelle les producteurs étrangers n’étaient pas soumis.
Pour l'économiste Christian Gollier, spécialiste des taxes carbones, corriger cette asymétrie entre producteurs européens et étrangers est « une nécessité » pour que l'Europe continue à réduire ses émissions responsables du changement climatique « sans s'effondrer économiquement ».
D'autant que l'Union européenne a réhaussé ses ambitions : moins 90% d'émissions d'ici 2040. « Pour atteindre ces objectifs, il va falloir augmenter les incitations à la décarbonation et donc il va falloir augmenter le prix du carbone », tranche l’économiste, « et si on ne corrige pas cette iniquité sur le marché avec ces importateurs qui ne payeraient pas ce prix de plus en plus élevé, ce ne sera pas possible. »
En Europe, la taxation carbone a poussé les industries polluantes à transformer leurs processus de production. Qu'en sera-t-il des producteurs étrangers de fer, acier, alu, ciment ou engrais ? « Soit les producteurs étrangers adaptent leur processus de production et continueront à vendre autant en Europe, soit la production européenne devra suppléer aux réductions d’importation en provenance de ces pays plus polluants », constate Frédéric Ghersi, spécialiste des politiques climatiques au CNRS, « donc d’un point de vue du contrôle des émissions mondiales, la mesure semble efficace, je ne vois pas comment elle pourrait ne pas l’être. »
Un impact positif donc... Mais un impact réduit, selon le chercheur. Notamment en raison du nombre limité de produits concernés. Les industriels européens craignent, eux, que certains pays mentent sur les émissions associées à leurs produits.
https://www.rfi.fr/fr/environnement/202 ... %C3%A9enne
Taxe carbone européenne aux frontières : mode d'emploi d'un dispositif très décrié
Au 1er janvier, le mécanisme d'ajustement carbone aux frontières (MACF) entre en vigueur dans l'Union européenne. Un dispositif qui vise à assurer un prix du carbone identique pour les industriels européens et pour les importateurs étrangers.
Par Marie Bellan lesechos.fr Publié le 30 déc. 2025
L'Union européenne est habituée à ce que sa réglementation fasse l'objet de critique récurrente sur sa complexité et sa lourdeur. Mais rarement un dispositif comme celui du mécanisme d'ajustement carbone aux frontières (MACF ou CBAM en anglais), dont l'entrée en vigueur est prévue ce 1er janvier, n'aura été la cible d'autant d'adversaires, aussi bien en Europe que dans le reste du monde.
Car si le principe est simple - imposer une tarification aux importateurs d'acier, d'aluminium, de ciment, d'engrais, d'électricité et d'hydrogène vers l'Union pour aligner le coût du carbone sur celui des industriels européens -, il a souvent été mal compris. L'intérêt du MACF ne se comprend que si on le relie à un autre mécanisme européen, le SEQE - système d'échanges de quotas d'émissions - ou ETS en anglais.
Fin des quotas gratuits
Ce dispositif a pour objectif de renchérir le prix du carbone pour les industriels européens - près de 90 euros la tonne actuellement - pour les inciter à décarboner leurs processus industriels. Augmenter progressivement le coût de la tonne de CO2 émise permet de rendre plus compétitifs les procédés industriels décarbonés (ciment sans clinker ou acier produit dans des fours à arc électrique par exemple). L'objectif étant de réduire les émissions de gaz à effet de serre des secteurs concernés de 65 % d'ici à 2030, comme s'y est engagée l'Union européenne.
Grâce au système d'échanges de quotas, ces émissions ont déjà diminué de moitié depuis 2005, selon les chiffres de la Commission. « L'ETS a permis de réduire les émissions de dioxyde de carbone plus rapidement et à moindre coût que presque toutes les autres politiques climatiques. La question n'est plus de savoir s'il faut tarifer le carbone, mais comment rendre le système plus équitable, plus efficace et plus résilient face aux obstacles politiques », estime Ludovic Subran, économiste en chef chez Allianz.
Jusqu'à présent, les industriels européens concernés bénéficiaient de quotas gratuits qui vont progressivement disparaître à compter de cette année. En 2026, 2,5 % de leurs émissions se verront privées de quotas gratuits, un taux qui doit atteindre 48,5 % en 2030 et 100 % en 2034. La montée en charge du mécanisme d'ajustement carbone aux frontières est strictement calquée sur cette dégressivité des quotas gratuits, car le MACF doit permettre de ne pas pénaliser les industriels européens confrontés à un coût de la tonne de CO2 supérieur à celui de leurs compétiteurs étrangers.
Un prix fluctuant en fonction du marché
Le niveau de la taxe auquel seront soumis les importateurs européens via l'acquisition de certificats MACF sera calculé sur la base du prix moyen hebdomadaire des quotas d'émissions de l'ETS. Car l'objectif du MACF est précisément d'imposer aux produits importés une tarification du carbone équivalente à celle appliquée aux producteurs européens. Avec un prix du carbone aux alentours de 70 euros, par exemple, le coût des certificats MACF pour l'acier s'élèverait à un peu plus de 140 euros la tonne. Ce prix pourra fluctuer en fonction du marché européen du carbone.
Pour simplifier le dispositif, seuls les industriels étrangers qui exportent plus de 50 tonnes par an de chaque matériau visé (acier, aluminium…) sont concernés, ce qui permet de couvrir 99 % des émissions de CO2. Reste toutefois l'épineux calcul de l'intensité carbone de chaque tonne produite à l'étranger. « Il ne s'agit pas de valeurs moyennes, les exportateurs doivent déclarer les valeurs réelles émises par chacune de leurs usines », explique Pierre Leturcq, chercheur associé à l'institut IEEP (Institute for European Environmental Policy). Ce qui suppose un reporting d'une grande précision. L'Union européenne a prévenu que si les déclarations de quantité de CO2 émis n'étaient pas correctement documentées et ne pouvaient pas être vérifiées, une valeur par défaut, moins avantageuse pour le pays tiers, serait appliquée.
Des bénéfices modestes au départ
A l'inverse, les pays qui peuvent prouver qu'ils ont déjà appliqué une taxe carbone sur leur propre territoire verront leur taxe aux frontières de l'UE diminuer d'autant. Une incitation qu'ont bien intégrée une partie des pays tiers - Chine, Inde, Brésil ou encore Turquie - désireux de percevoir eux-mêmes la taxe plutôt que de la payer aux Européens. Ce mécanisme montre que le MACF n'a été pas été conçu comme une taxe de rendement, plaident les Européens, mais bien comme un outil au service de la politique climatique mondiale. « Contrairement à ce qu'affirment certains détracteurs, il ne s'agit pas de protectionnisme, mais de réalisme climatique », souligne Ludovic Subran.
De fait, les bénéfices tirés du MACF seront modestes : 1,4 milliard d'euros par an, soit 1,2 % du budget européen, selon les estimations de la Commission. Ce n'est qu'à partir de 2030 et surtout 2036, avec la suppression totale des quotas gratuits au 31 décembre 2035 et l'extension aux produits semi-finis, que les impacts financiers s'amplifieront.
« L'idéal, ce serait d'avoir des standards communs, des accords sectoriels avec des cibles prises en commun par les gros industriels mondiaux. Mais ce monde-là n'existe pas, ou plus. On n'a rien de mieux aujourd'hui pour décarboner l'industrie que le marché carbone européen », conclut Pierre Leturcq.
Marie Bellan
https://www.lesechos.fr/monde/europe/ta ... ie-2207165
[quote][b][size=110] Entrée en vigueur de la nouvelle taxe carbone aux frontières de l'Union européenne[/size][/b]
La nouvelle taxe carbone aux frontières de l'Union européenne (UE) entre en vigueur ce 1er janvier 2026. Depuis une vingtaine d’années, certaines industries européennes sont soumises à une taxe similaire, une mesure phare de l’UE, qui plombe économiquement ces industries, concurrencées par des producteurs étrangers qui n’y étaient jusqu’alors pas soumis. La donne va donc changer en ce début d’année 2026.
RFI le : 01/01/2026
C’était une concurrence déloyale. Depuis une vingtaine d'années, les producteurs européens d'électricité, d'acier, d'aluminium, de ciment, d'hydrogène et d'engrais azotés doivent acheter des droits à polluer s'ils ne réduisent pas leurs émissions de gaz à effet de serre, causant le changement climatique. Objectif : inciter ces industries très polluantes à se décarboner et ainsi lutter contre le réchauffement mondial. Une taxe à laquelle les producteurs étrangers n’étaient pas soumis.
Pour l'économiste Christian Gollier, spécialiste des taxes carbones, corriger cette asymétrie entre producteurs européens et étrangers est « une nécessité » pour que l'Europe continue à réduire ses émissions responsables du changement climatique « sans s'effondrer économiquement ».
D'autant que l'Union européenne a réhaussé ses ambitions : moins 90% d'émissions d'ici 2040. « Pour atteindre ces objectifs, il va falloir augmenter les incitations à la décarbonation et donc il va falloir augmenter le prix du carbone », tranche l’économiste, « et si on ne corrige pas cette iniquité sur le marché avec ces importateurs qui ne payeraient pas ce prix de plus en plus élevé, ce ne sera pas possible. »
En Europe, la taxation carbone a poussé les industries polluantes à transformer leurs processus de production. Qu'en sera-t-il des producteurs étrangers de fer, acier, alu, ciment ou engrais ? « Soit les producteurs étrangers adaptent leur processus de production et continueront à vendre autant en Europe, soit la production européenne devra suppléer aux réductions d’importation en provenance de ces pays plus polluants », constate Frédéric Ghersi, spécialiste des politiques climatiques au CNRS, « donc d’un point de vue du contrôle des émissions mondiales, la mesure semble efficace, je ne vois pas comment elle pourrait ne pas l’être. »
Un impact positif donc... Mais un impact réduit, selon le chercheur. Notamment en raison du nombre limité de produits concernés. Les industriels européens craignent, eux, que certains pays mentent sur les émissions associées à leurs produits.
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https://www.rfi.fr/fr/environnement/20260101-entr%C3%A9e-en-vigueur-de-la-nouvelle-taxe-carbone-aux-fronti%C3%A8res-de-l-union-europ%C3%A9enne
[quote][b][size=120] Taxe carbone européenne aux frontières : mode d'emploi d'un dispositif très décrié[/size][/b]
Au 1er janvier, le mécanisme d'ajustement carbone aux frontières (MACF) entre en vigueur dans l'Union européenne. Un dispositif qui vise à assurer un prix du carbone identique pour les industriels européens et pour les importateurs étrangers.
Par Marie Bellan lesechos.fr Publié le 30 déc. 2025
L'Union européenne est habituée à ce que sa réglementation fasse l'objet de critique récurrente sur sa complexité et sa lourdeur. Mais rarement un dispositif comme celui du mécanisme d'ajustement carbone aux frontières (MACF ou CBAM en anglais), dont l'entrée en vigueur est prévue ce 1er janvier, n'aura été la cible d'autant d'adversaires, aussi bien en Europe que dans le reste du monde.
Car si le principe est simple - imposer une tarification aux importateurs d'acier, d'aluminium, de ciment, d'engrais, d'électricité et d'hydrogène vers l'Union pour aligner le coût du carbone sur celui des industriels européens -, il a souvent été mal compris. L'intérêt du MACF ne se comprend que si on le relie à un autre mécanisme européen, le SEQE - système d'échanges de quotas d'émissions - ou ETS en anglais.
[b]Fin des quotas gratuits[/b]
Ce dispositif a pour objectif de renchérir le prix du carbone pour les industriels européens - près de 90 euros la tonne actuellement - pour les inciter à décarboner leurs processus industriels. Augmenter progressivement le coût de la tonne de CO2 émise permet de rendre plus compétitifs les procédés industriels décarbonés (ciment sans clinker ou acier produit dans des fours à arc électrique par exemple). L'objectif étant de réduire les émissions de gaz à effet de serre des secteurs concernés de 65 % d'ici à 2030, comme s'y est engagée l'Union européenne.
Grâce au système d'échanges de quotas, ces émissions ont déjà diminué de moitié depuis 2005, selon les chiffres de la Commission. « L'ETS a permis de réduire les émissions de dioxyde de carbone plus rapidement et à moindre coût que presque toutes les autres politiques climatiques. La question n'est plus de savoir s'il faut tarifer le carbone, mais comment rendre le système plus équitable, plus efficace et plus résilient face aux obstacles politiques », estime Ludovic Subran, économiste en chef chez Allianz.
Jusqu'à présent, les industriels européens concernés bénéficiaient de quotas gratuits qui vont progressivement disparaître à compter de cette année. En 2026, 2,5 % de leurs émissions se verront privées de quotas gratuits, un taux qui doit atteindre 48,5 % en 2030 et 100 % en 2034. La montée en charge du mécanisme d'ajustement carbone aux frontières est strictement calquée sur cette dégressivité des quotas gratuits, car le MACF doit permettre de ne pas pénaliser les industriels européens confrontés à un coût de la tonne de CO2 supérieur à celui de leurs compétiteurs étrangers.
[b]Un prix fluctuant en fonction du marché[/b]
Le niveau de la taxe auquel seront soumis les importateurs européens via l'acquisition de certificats MACF sera calculé sur la base du prix moyen hebdomadaire des quotas d'émissions de l'ETS. Car l'objectif du MACF est précisément d'imposer aux produits importés une tarification du carbone équivalente à celle appliquée aux producteurs européens. Avec un prix du carbone aux alentours de 70 euros, par exemple, le coût des certificats MACF pour l'acier s'élèverait à un peu plus de 140 euros la tonne. Ce prix pourra fluctuer en fonction du marché européen du carbone.
Pour simplifier le dispositif, seuls les industriels étrangers qui exportent plus de 50 tonnes par an de chaque matériau visé (acier, aluminium…) sont concernés, ce qui permet de couvrir 99 % des émissions de CO2. Reste toutefois l'épineux calcul de l'intensité carbone de chaque tonne produite à l'étranger. « Il ne s'agit pas de valeurs moyennes, les exportateurs doivent déclarer les valeurs réelles émises par chacune de leurs usines », explique Pierre Leturcq, chercheur associé à l'institut IEEP (Institute for European Environmental Policy). Ce qui suppose un reporting d'une grande précision. L'Union européenne a prévenu que si les déclarations de quantité de CO2 émis n'étaient pas correctement documentées et ne pouvaient pas être vérifiées, une valeur par défaut, moins avantageuse pour le pays tiers, serait appliquée.
[b]Des bénéfices modestes au départ[/b]
A l'inverse, les pays qui peuvent prouver qu'ils ont déjà appliqué une taxe carbone sur leur propre territoire verront leur taxe aux frontières de l'UE diminuer d'autant. Une incitation qu'ont bien intégrée une partie des pays tiers - Chine, Inde, Brésil ou encore Turquie - désireux de percevoir eux-mêmes la taxe plutôt que de la payer aux Européens. Ce mécanisme montre que le MACF n'a été pas été conçu comme une taxe de rendement, plaident les Européens, mais bien comme un outil au service de la politique climatique mondiale. « Contrairement à ce qu'affirment certains détracteurs, il ne s'agit pas de protectionnisme, mais de réalisme climatique », souligne Ludovic Subran.
De fait, les bénéfices tirés du MACF seront modestes : 1,4 milliard d'euros par an, soit 1,2 % du budget européen, selon les estimations de la Commission. Ce n'est qu'à partir de 2030 et surtout 2036, avec la suppression totale des quotas gratuits au 31 décembre 2035 et l'extension aux produits semi-finis, que les impacts financiers s'amplifieront.
« L'idéal, ce serait d'avoir des standards communs, des accords sectoriels avec des cibles prises en commun par les gros industriels mondiaux. Mais ce monde-là n'existe pas, ou plus. On n'a rien de mieux aujourd'hui pour décarboner l'industrie que le marché carbone européen », conclut Pierre Leturcq.
Marie Bellan
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https://www.lesechos.fr/monde/europe/taxe-carbone-europeenne-aux-frontieres-mode-demploi-dun-dispositif-tres-decrie-2207165