[Monnaie] Fin de la suprématie du Dollar ?

Discussions traitant de l'impact du pic pétrolier sur l'économie.

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Eric
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[Monnaie] Fin de la suprématie du Dollar ?

Message par Eric » 25 oct. 2004, 10:19

On en parle un peu moins, mais le dollar est en baisse et souffre, notamment face à l'euro. Un article intéressant du monde résume la situation. Voici des extraits intéressants :
Pour les stratèges de HSBC-CCF Antoine Brunet et Paul Douaihy, la baisse du dollar est volontaire et représente la dernière arme des Etats-Unis pour redynamiser leur économie. Les deux hommes estiment que "les Etats-Unis ont désormais dépensé une bonne partie de leurs cartouches", avec les réductions d'impôt sur le revenu, l'amortissement fiscal accéléré, les dépenses militaires et les taux d'intérêt bas. "Ils ne peuvent pas, dans l'avenir, renouveler avec la même intensité l'utilisation d'expédients exceptionnels. La politique de dopage récurrent de leur demande domestique n'est plus accessible aux Etats-Unis. Ceux-ci se trouvent de ce fait contraints de prendre à bras-le-corps la question du redressement de leur commerce extérieur. Or redresser le commerce extérieur sans provoquer de récession aux Etats-Unis suppose inévitablement un recours à une dépréciation marquée du dollar", expliquent-ils.
En tout cas, le mouvement actuel de baisse du dollar coïncide avec les données publiées par le gouvernement américain sur les investissements de capitaux effectués par les étrangers aux Etats-Unis. Le financement du déficit des comptes courants a atteint un record de 166,2 milliards de dollars au deuxième trimestre. Or les investisseurs sont inquiets car, face à une telle somme, les montants investis par les étrangers aux Etats-Unis baissent. Ces derniers ont acheté pour 60,2 milliards net de dollars de titres américains en août, contre 79,2 milliards de dollars en juillet, selon les données publiées lundi 18 octobre par le Trésor américain.
Sur les marchés boursiers, le scénario de krach sur le dollar, "fondé sur le creusement des déficits et la volonté des Etats-Unis de gagner en compétitivité pour sauvegarder l'emploi, reprend de la vigueur, constatent les économistes du courtier Global Equities.
En résumé :

- Les Américains dévaluent le dollar car c'est le seul moyen qui leur reste pour soutenir leur économie
- Les investisseurs étrangers, inquiets de cette baisse, commencent à diminuer leurs investissements dans l'économie Américaine. Or, les Américains ont un besoin vital de capitaux étrangers !
- Ce scénario, pour l'instant plus ou moins volontaire pourrait échapper à tout controle et aboutir à terme à un crash du dollar

Le cercle vicieux est simple à comprendre : la chute du dollar fait fuir les investisseurs étrangers, ce qui fait chuter encore plus cette monnaie et fuir davantage d'investisseurs...

Hervé
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et la question suivante est...

Message par Hervé » 25 oct. 2004, 19:36

crash du dollar, crash de l'économie mondiale ?

(mais là on s'éloigne un peu du problème du pétrole)

cordialement

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Eric
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Message par Eric » 25 oct. 2004, 20:23

crash du dollar, crash de l'économie mondiale ?

(mais là on s'éloigne un peu du problème du pétrole)
En fait non, ces deux problèmes sont très liés. Le pétrole s'achète exclusivement en dollars, et tous les pays importateurs de pétrole doivent donc se procurer des dollars pour pouvoir le faire. C'est grâce à ce mécanisme que l'économie américaine peut se permettre des déficits démesurés : Quand un pays quelconque veut du pétrole, il doit le payer en exportant des biens de consommation. Quand les USA veulent du pétrole, il leur suffit de faire tourner la planche à billet. D'ailleurs, il faut constater que la hausse du pétrole compense plus ou moins la baisse du dollar... En tout cas, il faut comprendre qu'un crash de l'économie mondiale est effectivement une conséquence logique (et sans doute inévitable) de la hausse du pétrole, en tout cas à long terme.

Sinon, pour en revenir au rapport entre les deux, je pense que le problème du "peak oil" n'est pas un problème abstrait. C'est justement à cause de ses conséquences économiques que ce problème est important. Si ce phénomène n'avait aucune conséquence sur l'économie, il serait bien moins inquiétant, et je n'aurais sans doute pas crée ce site...
Dernière modification par Eric le 24 nov. 2004, 00:59, modifié 1 fois.

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Message par Hervé » 25 oct. 2004, 21:20

Eric a écrit : Sinon, pour en revenir au rapport entre les deux, je pense que le problème du "peak oil" n'est pas un problème abstrait. C'est justement à cause de ses conséquences économiques que ce problème est important.
je crois que depuis le début de la 2ème guerre en Irak ça commence à rentrer dans les esprits... cette guerre a rendu concret le problème des ressources.

pourtant il y a des gens (des scientifiques, des militants) qui essaient d'alerter l'opinion depuis longtemps... mais 10% d'augmentation à la pompe en quelques semaines, ça parle plus que les discours futuristes de quelques cassandres (sic) pendant des années !

cordialement

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Message par Eric » 03 nov. 2004, 17:14

Apparemment, la baisse du dollar n'a aucune chance de s'arrêter. Selon cet article du monde :
Pour éviter que ne s'enclenche une affreuse spirale - la crainte de l'avenir bloque la consommation, ce qui ruine la croissance -, il faut que cette croissance elle-même reste au-dessus des 3,5 %, d'après les calculs d'Anton Brender, de la banque Dexia. Plus bas la bicyclette perd trop de vitesse et tombe. Assurer cette croissance peut être obtenu de différentes manières. Soit laisser filer les déficits, mais la dette explose. Soit abaisser le dollar. Nous y voilà.

La baisse du billet vert est la méthode la moins douloureuse de conduire l'économie américaine vers de meilleurs équilibres sans risquer de la bloquer.

Cette politique a donc toutes les chances d'être choisie par le futur président. George W. Bush, lors de son premier mandat, n'a pas donné de signe clair qu'il croit en un dollar fort. John Kerry y verra le bon moyen de soutenir les industries américaines qui souffrent des importations et qui sont menacées de délocalisations.

Une baisse, mais quelle baisse ? Les économistes d'UBS estiment que la valeur du dollar doit baisser de 20 % à 30 % pour que le déficit commercial américain revienne à un niveau raisonnable. L'euro qui a déjà gagné 30 % depuis 2001, devra monter alors à 1,70 dollar, pénalisant fortement les exportations européennes. L'Allemagne, dont la faible expansion tient tout de ses ventes à l'étranger, n'y résisterait pas, et la France ensuite qui serait touchée par contrecoup. Pour résoudre le problème américain, la baisse du billet vert risque de mettre en péril la croissance en Europe. Ce sera là un gros sujet de discussions Amérique-Europe.

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Message par Eric » 08 nov. 2004, 23:39

Encore quelques nouvelles sur le dollar :

Selon ces deux articles, les pays producteurs de pétrole sont de plus en plus tentés par un passage à l'euro.

Petit passage intéressant :
Arab sources claim that €uro conversion across the Middle and Far East is a rational step to counteract the United States' capacity to "wage further illegal wars (a.k.a. State-sponsored terrorism)" around the world and that any prolonged occupation of Iraq by US/British forces
traduction rapide :

Des sources Arabes affirment qu'une conversion à l'€uro (sic) au proche et au moyen orient est un acte rationnel pour contrer la capacité des Etats-Unis à "effectuer d'autres guerres illégales (a.k.a. terrorisme d'état)" dans le monde et toute occupation prolongée de l'Irak par les forces Américano-britanniques

Intéressant, non ? Il y a aussi quelques rumeurs selon lesquelles le chancelier Schröeder pousse Poutine dans ce sens... Et la baisse du dollar rend cette perspective de plus en plus attirante. L'euro vient d'ailleurs de battre un nouveau record et est presque à 1,30 $.

Petite réflexion personnelle : si un producteur vient à passer à l'euro, le dollar chutera immédiatement... ce qui le rendera moins attirant comme devise et poussera d'autant plus les autres producteurs à changer de devise. En d'autres termes, si le dollar devait chuter du jour au lendemain de, disons, 5 ou 10 %, il est très possible que les pays encore hésitants franchissent aussitôt le pas, faisant ainsi encore davantage chuter le dollar. Il est clair qu'un tel mouvement serait une sacrée douche froide pour l'économie Américaine (et mondiale, mais dans une moindre mesure).

Pour l'instant, la dévaluation du dollar est plus ou moins volontaire, mais la situation est fondamentalement instable. Si les pays exportateurs passent à l'euro, la situation peut très bien échapper à tout contrôle.

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Message par laurent » 09 nov. 2004, 18:31

Mes connaissances sur les flux économiques sont faibles mais j'ai toujours entendu dire que le principal marché de l'allemagne sont les Etat Unis et que le principal marché de la france était l'Allemagne.Or si l'euro est trop fort l'Allemagne sera pénalisée pour ses exportations et ainsi de suite.
Au rythme ou l'humanité se prépare au changement,les pessimistes d'aujourd'hui passeront pour des optimistes aux yeux des générations future.

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Message par Hoagie » 15 nov. 2004, 11:35

Des nouvelles réjouissantes du front:

http://fr.biz.yahoo.com/041114/202/453cc.html
"Au lieu d'espérer voir le dollar continuer à baisser, les autorités américaines devraient essayer de convaincre les Européens et les Japonais de secouer leur système socialiste (et leur réglementation lourde) pour stimuler leur croissance", lance un éditorial au ton assassin publié jeudi.

Quant à Larry Kudlow, commentateur ultra-libéral de la chaîne d'informations financières CNBC, il aime à répéter que "les Européens ne travaillent pas, n'investissent pas".
Un truc m'échappe, là: si la consommation et la croissance européenne repartaient à la hausse, cela rendrait l'Europe plus intéressante pour les investisseurs et accelèrerait la hausse de l'euro, non ? Avec pour effet de miner les économies européennes et d'alléger les déficits américains ? Image

http://fr.biz.yahoo.com/041115/202/454i1.html
"Nous sommes en faveur d'un dollar fort. Un dollar fort est dans l'intérêt des Etats-Unis", a déclaré M. Snow à des journalistes à Dublin, où il entame une tournée d'une semaine en Europe.

Mais "la valeur des devises doit être déterminée sur un marché ouvert et concurrentiel", a ajouté le secrétaire américain au Trésor, excluant ainsi toute volonté politique de soutenir artificiellement le dollar.

"Les marchés sont menés par les facteurs économiques", a poursuivi M. Snow. "Les facteurs économiques doivent être évalués par un marché ouvert et concurrentiel".
Récapitulons: un pays qui bat un quadruple record (déficit budgétaire, déficit commercial, endettement des ménages, déficit d'épargne) et dont le président responsable de ces records vient d'être réélu pour 4 ans, une monnaie qui coule lentement mais sûrement avec des impacts sur les transactions pétrolières et les économies européennes, un secrétaire du Trésor qui refuse de faire son boulot parce que c'est-au-Marché-de-décider, des journaux financiers qui affirment que c'est la faute des européens et qu'ils n'ont qu'à se démmerder... Je la sens bien, la deuxième grande dépression... :evil:

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Message par Eric » 15 nov. 2004, 13:01

Merci pour les liens. C'est très intéressant, surtout si l'on considère que ce n'est pas tant l'euro qui monte que le dollar qui descend...
Un truc m'échappe, là: si la consommation et la croissance européenne repartaient à la hausse, cela rendrait l'Europe plus intéressante pour les investisseurs et accelèrerait la hausse de l'euro, non ? Avec pour effet de miner les économies européennes et d'alléger les déficits américains ?
Peut être imagine t-il que ces réformes endommageraient suffisamment l'économie européenne pour "rapprocher" l'euro du dollar. Ou peut être une économie européenne vigoureuse "tirerait vers le haut" le dollar... :roll:

Plus sérieusement, je pense qu'il ne faut pas chercher d'explication rationnelle à ce genre de raisonnement. C'est le genre de personnage qui recherchera toujours un bouc émissaire, quelle que soit la situation. Etant donné que leur comportement est, par définition, "parfait", les responsables sont forcément ailleurs.

Si le dollar finit par se crasher et que les USA se trouvent dans la même situation que l'Argentine il y a quelques années, je suis sûr qu'il pointera du doigt le monde entier... mais certainement pas les Etats-Unis. A dire vrai, il considérerait certainement cette situation comme le preuve que l'économie européenne n'a pas fait assez d'efforts pour sauver le dollar ! :twisted:

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Message par Hoagie » 23 nov. 2004, 22:37


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Message par mahiahi » 24 nov. 2004, 14:47

Comme quoi j'ai bien fait de choisir un prêt immobilier à taux fixe :-D
D'ici quelques années, ça ne représentera peut-être plus qu'un pouillième de mon salaire!

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Message par Hoagie » 27 nov. 2004, 21:38


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Message par Hoagie » 06 déc. 2004, 15:26


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Message par Eric » 19 déc. 2004, 10:24

Encore un article concernant la dette américaine.

Outre les données brutes concernant la dette, il y a également un point intéresant :
According to Executive Intelligence Review, in the 1970’s for every dollar increase in GDP, there was a $1.75 increase in debt. In the 1990’s for every one-dollar increase in GDP there was a $3.64 increase in debt. From 2001-2003, the ratio accelerated even faster. For every dollar increase in GDP, our economy produced $7.11 worth of debt. This ratio is far worse ($1:$63) when you compare debt to the productive portion of GDP (manufacturing, construction, agriculture, mining, transportation etc.). These figures clearly indicate an economy geared to speculation and massive debt creation. The figures also reveal a level of indebtedness that can never be paid off out of the productive portion of the economy.
En d'autres termes, l'économie Américaine s'est très largement spécialisée dans la spéculation. Cela signifie donc que, le jour où ses créditeurs voudront que les USA remboursent leurs dettes, ils n'auront quasiment rien de concret (produits manufacturés ou agricoles, matières premières, etc) en échange de leurs dollars.

Je crois que l'on appelle cela une "bulle"...

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Message par Eric » 23 déc. 2004, 18:17

L'euro vient de dépasser les 1,35 dollars...

Selon cette dépêche:
Face à une glissade du billet vert qui semble inexorable, la France a dit espérer que les grands pays du G7 parviendraient à une "gestion coordonnée" du marché des changes, selon les propos de son ministre de l'Economie Hervé Gaymard.

"Il faut absolument qu'à l'occasion de cette réunion du G7 (à Londres en février), nos amis américains comprennent qu'il faut une gestion coordonnée au niveau mondial", a dit le ministre de l'Economie lors d'une visite de l'usine General Motors à Strasbourg.

"Si on reste dans cet état de non-coordination, on peut imaginer une situation économique catastrophique au niveau mondial", a-t-il ajouté.

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