« Un des plus grands défis de notre époque » : la population allemande décline pour la première fois depuis quinze ans
La population a baissé de 100.000 personnes l'an dernier outre-Rhin, une première depuis 2010 si l'on exclut les années de crise sanitaire. L'immigration, en net recul, ne compense plus l'aggravation du solde naturel.
Par Thibaut Madelin Publié le 29 janv. 2026
Pour la première fois depuis 2010, à l'exception de 2020, l'année du Covid, la population allemande a baissé en 2025. Selon une première estimation de l'Office fédéral des statistiques (Destatis), publiée ce jeudi, environ 83,5 millions de personnes vivaient en Allemagne à la fin de l'année dernière, soit environ 100.000 personnes de moins qu'à la fin 2024.
Contrairement à la France - où le nombre de décès a été l'année dernière plus élevé que celui des naissances, pour la première fois depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale -, l'Allemagne y est habituée : chaque année depuis la réunification en 1990, le nombre de décès a dépassé celui des naissances.
Déficit de naissances
Mais « contrairement aux années précédentes, l'écart entre les naissances et les décès (déficit des naissances) s'est toutefois creusé, tandis que le solde entre les arrivées et les départs (immigration nette) a nettement diminué », a précisé l'institut de statistiques.
Le nombre de naissances a ainsi continué de baisser, passant d'environ 677.000 en 2024 à une fourchette de 640.000 à 660.000. Le nombre de décès s'élevait à un peu plus d'un million, comme en 2024. Le déficit des naissances dépasse la barre des 300.000 personnes depuis 2022, selon Destatis.
D'autre part, l'immigration nette s'est élevée entre 220.000 et 260.000 personnes, ce qui correspond à une baisse d'au moins 40 % par rapport à 2024 (+430.000 personnes). « Entre 1990 et 2024, le solde migratoire annuel moyen était nettement plus élevé, avec 356.000 personnes », rappelle Destatis.
Cette baisse est l'effet de la politique du gouvernement dirigé par le chancelier Friedrich Merz, qui a immédiatement cherché à inverser la tendance des dernières années après son entrée en fonction en mai. Parmi ses mesures : un contrôle renforcé des frontières et un resserrement des conditions d'asile.
Le déclin démographique pose une série de questions pour la première économie européenne, qui sort de trois ans de récession et voit son modèle économique bousculé par la baisse de ses exportations en Chine et aux Etats-Unis et la fin du gaz russe bon marché.
Un système social sous pression
« Le changement démographique est pour moi […] l'un des plus grands défis de notre époque, car nous manquons de main-d'oeuvre et la cohésion sociale est menacée », a déclaré jeudi Christian Sewing, le patron de Deutsche Bank, en marge de la présentation des résultats annuels du groupe.
Selon un sondage réalisé par Deutsche Bank et sa filiale DWS, 83 % des citoyens allemands ne pensent pas pouvoir vivre uniquement de leur retraite publique. « Et c'est précisément cela qui est socialement explosif », a-t-il insisté, plaidant pour davantage de financement par capitalisation.
Conscient du défi, le gouvernement a installé en décembre une commission retraite chargée de plancher sur de futures réformes. Alors que l'âge de départ à la retraite s'élève aujourd'hui à 66 ans, la ministre de l'Economie a évoqué l'idée de le porter à 70 ans, suscitant l'ire du Parti social-démocrate, membre de la coalition au pouvoir à Berlin.
La démographie pourrait jouer un rôle lors des élections régionales prévues cette année. Si le déclin de l'immigration va dans le sens de l'AfD, le parti d'extrême droite promet une « prime de naissance » pouvant atteindre 4.000 euros dans le Land de Saxe-Anhalt, où il figure en tête des sondages.