Débit de production et réserves

De Oleowiki.

Le problème de la production d'énergie n'est pas seulement statique, mais surtout dynamique.

Sommaire

Petit lexique

  • CTL Coal To Liquid : Fabrication de pétrole à partir de charbon
  • GTL Gas to liquid : Fabrication de pétrole à partir de gaz naturel
  • hydrates de méthane : mélange de gaz naturel et d'eau très froide sous pression piégé à grande profondeur
  • Mb/j (terme pétrolier) : million de barils par jour ; 1 Mb/j = 159 millions litres par jour

point de vue statique

Les réserves (gaz, pétrole, hydrates, schistes et sables bitumineux, uranium ...) sont, selon les experts, rares ou abondantes. Cela est largement débattu sur ce forum et ailleurs. Supposons donc, hypothèse très optimiste, que ces réserves soient suffisantes pour quelques siècles.

point de vue dynamique

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Il faut exploiter ces réserves ! Entre un gros tas de charbon à 1000 mètres de profondeur et une citerne d'essence (pour le CTL), que de chemin à parcourir. Par rapport au pétrole au Moyen-Orient qui jaillit presque tout seul du puits (en tout cas à moindre frais), tous ces nouveaux procédés tant vantés (CTL, GTL, hydrates de méthane, sables bitumineux, etc) demandent beaucoup d'investissements : financiers, matières premières, temps, énergie, humains...

  1. investissements financiers : les milliards de dollars investis ne le sont pas ailleurs. Raisonnons en termes de rentabilité. Par exemple, à un moment donné, on estime un procédé rentable quand le baril est à 30$. On investit mondialement sur ce chiffre, on consomme beaucoup de ressources et quelques années plus tard (à mi-chemin) on réévalue à 40$, puis 50$,...
  2. matières premières : on commence à craindre des pénuries (cuivre, zinc, platine ...). Un économiste rétorquera : les prix augmentent, cela stimule l'investissement dans de nouveaux gisements. Mais ces nouveaux gisements demandent plus de moyens pour être exploités, entre autres plus d'énergie (on commence à se mordre la queue).
  3. temps Les installations nécessaires demandent beaucoup de temps à construire et d'énergie.
  4. énergie C'est le plus important. Pour extraire du cuivre on peut aller chercher des minerais de plus en plus difficile, pauvres et complexes à traiter (cela demande des investissements financiers, en temps et en énergie). Pour l'énergie, c'est complétement différent : il est idiot de dépenser 2 kWh pour en récupérer 1 au final ! le raisonnement économique classique sur les minerais (plus cher, plus d'investissements ...) a donc une limite pour l'énergie. C'est ce qui fait sa singularité.
  5. humains Les compétences requises sont longues à acquérir. De plus, meme bien payés, les volontaires ne se bousculent pas pour travailler dans des conditions extrêmes.

Quelques exemples classiques

  1. Le ravitaillement en essence par camions d'une armée loin de ses bases. Très rapidement, le camion-citerne consomme une grosse part (cas limite : la moitié, le reste pour revenir) de son chargement pour faire le trajet. Et on ne trouve plus assez de camions (usure importante), de chauffeurs, de soldats pour la protection des convois. Bref, les ressources de l'armée finissent par être intégralement consommées par la logistique ! Il est facile de calculer que le coût est exponentiel en fonction de l'éloignement.
  2. Un vieux guépard. Encore rapide, il consomme beaucoup d'énergie pour attraper sa proie. Mais, moins précis qu'un jeune, il la rate et est fatigué. Il récupère, certes, mais moins bien qu'un jeune. Il repart à la chasse avec moins de potentiel ... Bref, il n'y arrive plus et meurt.
  3. L'Allemagne nazie avec le CTL en 1940-45. Elle manquait de pétrole pour son armée et s'est lancée à fond dans le CTL. Mais les investissements étaient (et sont toujours ...) trop couteux en matières premières, hommes qualifiés, énergie et trop longs à mettre en oeuvre. En pratique, ils n'ont jamais réussi à assurer un débit suffisant. Et s'ils avaient réussi, ils n'auraient plus eu assez de ressources humaines et matérielles pour l'effort de guerre. A comparer avec les américains qui ouvraient simplement le robinet du pétrole ...
  4. On a déjà des problèmes de raffinage monstrueux alors qu'on a juste une moins bonne proportion de pétrole léger dans la production qu'il y a quelques années. On hésite déjà à construire des raffineries pour le brut lourd. S'il faut construire les infrastructures nécessaires à la conversion du charbon en pétrole, c'est des investissements en argent, temps et énergie bien plus considérables qu'il faudra.
  5. Les sables bitumineux du Canada doivent nous sauver ? Les réserves sont du même ordre de grandeur, voire supérieures à celles de l'Arabie Saoudite. Et pourtant, le débit de production est 10 fois inférieur. Car leur exploitation génére des contraintes énormes. Quelques exemples entre autres : la production demande beaucoup d'eau (la région en manque), génére des pluies acides et elle consomme énormément d'énergie. Jamais l'augmentation de cette production ne compensera totalement la diminution de l'Arabie Saoudite quand celle-ci arrivera.
  6. On a commencé par extraire le pétrole facile. Par exemple, les USA ont vu leur production continentale grimper jusqu'en 1970. Ce qui fut prédit en 1956 par Hubbert. Les optimistes disent à juste titre qu'il n'avait pas prévu les fabuleuses réserves d'Alaska et du Golfe du Mexique. Exact. Mais, d'une part, son étude ne portait que sur les USA de l'époque (ni l'Alaska ni Puerto Rico n'avaient le statut d'états US) et d'autre part, ces nouvelles réserves, plus difficiles à exploiter, n'ont pas pu enrayer la chute de la production USA, seulement la ralentir.

Je n'ai pas choisi ces exemples "guerriers" au hasard. Car, quand le pétrole de meilleure qualité va commencer à manquer (à mon avis c'est déjà fait ...), on va se retrouver dans une situation de "guerre". Un scénario (à décaler de 0 à 10 ans pour être réaliste) : 2005 : consommation 85 Mb/j production 85 Mb/j 2006 : production 84 Mb/j . Investissements massifs en CTL, GTL, ...(on peut encore le faire). Début prévu de la production en 2010 (4 ans c'est un minimum). On se sert un peu la ceinture pour le reste. 2007 : production 83 Mb/j Investissements massifs. On sert la ceinture d'un cran. 2008 : production 82 Mb/j Investissements massifs. Mais tous ces investissements entrent en concurrence avec la consommation "normale", cela crée des tensions énormes, d'où un ralentissement des investissements ... En termes militaires, c'est le début de la fin . Et on se retrouve très vite dans la situation du guépard qui meurt de faim avec des antilopes devant lui. Ce que l'on appelle des réserves disponibles

  1. La fausse solution ? Il faut commencer à remplacer le pétrole "facile" bien avant son pic. Car les énormes investissements ont besoin de ce pétrole "facile".
  2. Le problème induit ? Cette énergie "nouvelle" et coûteuse entre en concurrence avec le pétrole "facile" et bon marché. Et personne n'ose investir massivement de peur d'être ruiné en cas de baisse brutale du prix du pétrole. Car cela peut arriver. Il suffit d'une récession. Certes, à plus long terme cela repartira à la hausse. En attendant, on investit trop peu. Et on attend ...
  3. La vraie solution ? au lieu de "courir" aprés une production impossible à tenir, il "suffit" de réduire la consommation pour suivre (mieux : précéder) le déclin du pétrole classique. Ce qui permettra de mettre en oeuvre tranquillement les énergies "nouvelles" en quantités moindres. Mais pour cela il faut réduire de manière drastique les voitures, les avions, le "jetable"...

On va donc assister à une course de vitesse entre le déclin du pétrole "classique" et la mise en oeuvre des énergies nouvelles qui aura d'ailleurs bien besoin de ce pétrole "classique" pour cette mise en oeuvre initiale ... Pour revenir à mes exemples une vraie économie de guerre ... Et qui va durer longtemps, longtemps...