Le problème du réchauffement climatique

De Oleowiki.

Tout ce que je vais expliquer ici provient directement des conclusions du GIEC (organisme que je vais présenter), et des travaux connexes de Jean-Marc Jancovici, expert reconnu sur le sujet, ayant entre autres rempli le rôle de président du comité consultatif du débat national sur l'énergie en 2003, sous la tutelle du ministère de l'Industrie.


A-t-on affaire à un complot écologiste ?

Si tel est le cas, alors ce complot est fomenté depuis plus d'un siècle, avec à sa tête, le prix Nobel de chimie suédois Svante Arrhénius, qui fut le 1er à prévoir l'accroissement de température consécutif à l'usage des combustibles fossiles. Ce complot comprend une multitude de terroristes spécialisés dans des disciplines aussi variées que la climatologie, l'astronomie, l'analyse isotopique, l'océanographie, l'économie, etc. Les partisans de ce complot d'envergure se sont regroupés en 1988 dans le GIEC, à la demande du G7, sous l'égide de l'Organisation Mondiale de la Météorologie et du Programme des Nations Unies pour l'Environnement.

Le GIEC (Groupe d'experts Intergouvernemental sur l'Evolution du Climat - en anglais IPCC : Intergovernmental Panel on Climat Change) n'a pas vocation à mener des recherches, mais à expertiser l'information scientifique, technique et socio-économique qui concerne le risque de changement climatique provoqué par l'homme. Cette information concerne évidemment une vaste mosaïque de disciplines, toutes liées de près ou de loin à l'étude du climat. Les comploteurs du GIEC sont partagés en 3 « Working Groups », qui éditent un rapport tous les 4 à 5 ans :

  • WG I est chargé de rassembler les infos et synthétiser la connaissance sur le climat et l'appréciation du changement climatique
  • WG II fournit des réponses sur la vulnérabilité de la biosphère et de nos sociétés face à ce changement
  • WG III statue sur les différents scénarios d'émissions de GES et identifie des variables d'action

La phase de rédaction des rapports finaux comprend une multitude de relectures et corrections de la communauté scientifique mondiale.

Jusqu'à présent, les rapports ont tous été adoptés à l'unanimité des pays participants (même les moins enclins par ailleurs à faire des efforts en matière de réduction des émissions de GES). Cela montre que le processus est jugé loyal et, d'ailleurs, aucun point de vue recevable n'est censuré, du moment qu'il a reçu l'aval des relecteurs compétents. Donc, bien évidemment, il n'y a pas de complot !

Ce faisant, peut-on faire confiance au GIEC ? Très clairement oui car, par son fonctionnement, il cherche à atteindre un consensus parmi des milliers de scientifiques jusqu'alors considérés comme parfaitement compétents et crédibles dans leur domaine d'activité respectif. De surcroît, la procédure d'expertise est ouverte et transparente. Si quelqu'un démontre de manière argumentée que les émissions de GES vont entraîner un refroidissement, son point de vue sera intégré dans le rapport final. En outre, lorsqu'il y a des incertitudes sur des résultats ou des conclusions, elles sont prises en compte et n'ont pas altéré jusqu'alors les conclusions au 1er ordre. Enfin, et ce n'est pas rien, quel serait le mobile du crime ?

Mais il y a des contestataires (de moins en moins cependant, certains ayant même retourné leur veste récemment). Ils sont donc peu nombreux et le retentissement de leurs interventions tient au fonctionnement des media, qui, sans rentrer dans les détails (et pourtant la chose mériterait que l'on s'y attarde), n'ont pas les mêmes critères de sélection que les revues scientifiques faisant référence. Qui plus est, au sein de cette poignée d'opposants, il est en général très facile de les rattacher à un lobby, dont l'activité pourrait être menacée par la lutte contre le changement climatique.

Voir aussi l'article de Jean-Marc Jancovici sur le roman Etat d'Urgence (Michael Crichton, 2006 en version française).

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Les faits scientifiques avérés

Le climat a toujours subi des variations naturelles au cours de l'histoire, en fonction des grands cycles astronomiques, dont la constante de temps va de 10 000 à 100 000 ans, de la vitesse de rotation du globe (temps caractéristique : quelques dizaines de millions d'années) et d'autres événements ponctuels tels que l'activité solaire, les éruptions volcaniques ou les débâcles glaciaires.

Et l'effet de serre dans tout ça ? C'est ce qui fait que la vie que l'on connaît aujourd'hui est possible : sans lui, il ferait en moyenne -15°C sur Terre. En gros, il se trouve que l'atmosphère est transparente à la lumière visible incidente du Soleil, mais que certains gaz ont la capacité de piéger le rayonnement infrarouge réémis par la Terre vers l'espace, et ainsi contribuer à réchauffer la basse atmosphère.

Ces gaz sont en quantité très faible, mais à l'instar du principe actif d'un médicament, ont un effet considérable sur la machine climatique. Et le lien entre concentration en GES et température est maintenant parfaitement établi : plus il y en a, et plus il fait chaud en moyenne.

Alors, quels sont ces gaz ? Certains, les plus connus, sont présents à l'état naturel : il s'agit de la vapeur d'eau, du gaz carbonique, du méthane, du protoxyde d'azote et de l'ozone pour les principaux. Mais s'y rajoutent depuis peu des gaz créés par l'homme : les halocarbures (que l'on retrouve dans toutes les chaînes du froid, et donc les climatisations), l'hexafluorure de soufre (utilisés dans la fabrication de double-vitrage ou certaines applications électriques par exemple). Ces derniers sont en quantité extrêmement minoritaires dans l'atmosphère (des millions de fois moins que le CO2), mais leur pouvoir d'absorption est tel que leur rôle sur l'effet de serre est loin d'être négligeable. En outre, les durées de vie des gaz à effet de serre sont souvent très significatives, ce qui nous met incontestablement face à une responsabilité de long terme.

Que disent les observations ? D'une part, que les concentrations de l'atmosphère en GES ont connu une augmentation continue et exponentielle depuis le début de l'ère industrielle, atteignant des niveaux jamais vus depuis 400 000 ans. D'autre part, les températures mesurées (ou déduites de l'étude des troncs et des carottes glaciaires) révèlent une tendance récente à l'augmentation qui coïncide avec celle des concentrations de GES. Est-ce le fruit du hasard ? La science nous dit clairement que non, et l'étude des événements passés (rendue possible par l'analyse des carottes de glace de l'Antarctique par exemple) ne nous incite pas à croire à un miracle : la corrélation entre température et concentration en CO2 est très forte.

Et les modèles numériques, dans tout ça, qu'est-ce qu'ils montrent ? En premier lieu, qu'ils sont valides puisqu'ils reproduisent de manière assez remarquable l'évolution des températures depuis 1850, lorsque le forçage radiatif à la fois naturel et anthropique sont pris en compte. Et que prévoient-ils pour l'avenir ? La première réponse, c'est que la montée des températures va surtout dépendre de notre volonté ou pas à réduire nos émissions. En fonction des différents scénarios envisagés, cela peut induire des variations de l'ordre de 3°C. Le reste de l'amplitude de la fourchette de prévisions s'explique par les écarts entre modèles, de l'ordre de 1,5°C.

Ce que tout un chacun n'a sans doute pas en tête, c'est les constantes de temps et l'inertie de ce phénomène d'effet de serre. Admettons que la raison nous amène à faire décroître nos émissions à un rythme soutenu. On constate que la concentration en CO2 va poursuivre sa croissance pendant plus d'un siècle avant de se stabiliser. De même, le nouvel équilibre radiatif terrestre consécutif à la modification de la concentration en GES de l'atmosphère mettra des siècles à s'établir : l'ordre de grandeur pour une stabilisation de la température moyenne est ainsi 1000 ans.

Grosso modo, à l'échelle des temps géologiques, notre influence sur le climat est donc fulgurante, mais, malheureusement oserais-je dire, l'inertie du phénomène est encore suffisamment importante pour ne pas nous convaincre d'agir tout de suite.

Ce qui est certain, aux dires du GIEC, c'est que la machinerie climatique s'est déjà mise en branle sous notre influence et que, quoique l'on dise ou fasse à partir de maintenant, la température moyenne va inexorablement monter à l'avenir. Mais nous avons encore toute latitude pour choisir le niveau final de cette élévation.

C'est bien beau, ces quelques degrés supplémentaires, mais ça veut dire quoi au juste ? Il faut garder à l'esprit que seulement 4 à 5°C nous séparent de la dernière période glaciaire, où le nord de l'Europe était recouvert de 3 km de glace, la Manche se traversait à pied et la France n'était qu'une immense steppe aride, bien incapable de nourrir quelques millions d'individus.

Une élévation moyenne de température de +3,5°C (moyenne prudente des prévisions du GIEC), en tenant compte de la grande inertie thermique des océans, c'est potentiellement plus de +7°C sur les continents (et beaucoup plus encore aux pôles).

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Attendre n'est pas la solution

Face à de tels changements rapides d'environnement, totalement inédits dans l'histoire de l'humanité, 2 tentations, également nuisibles, sont à combattre : le syndrome de « l'expert judiciaire » (qui ne tient pas compte de ce qui n'est pas quantifiable à la virgule près) ou, ce qui revient au même, celui du « scientiste béat » (qui considère que la technique saura toujours nous tirer d'affaire et qu'il n'est pas urgent d'agir), et inversement l'attitude catastrophiste la plus irrationnelle, qui consiste à remplacer tous les conditionnels par des futurs simples. Entre les 2 existe une position intermédiaire plus salutaire, où les risques encourus ne sont ni ignorés ni volontairement exagérés, et qu'on appelle la clairvoyance. Et qu'est-ce qu'elle nous enseigne ? Qu'on ne peut délibérément pas fermer les yeux sur les risques afférents à un réchauffement rapide de la planète. Car le problème n'est pas tant que la température moyenne évolue (ça n'a cessé d'être le cas par le passé), mais c'est la vitesse du changement qui pose problème : elle est 100 fois plus élevée que le phénomène naturel périodique !

Parmi les principaux risques identifiés, on trouve : hausse du niveau des océans sur des siècles (voire des millénaires), extension des zones endémiques de maladies à vecteurs (comme le paludisme), aggravation de la destruction de la couche d'ozone stratosphérique, fragilisation de l'agriculture moderne (très spécialisée et peu diversifiée), effets de seuils et surprises climatiques (puits de carbone, couirants marins, débâcles glaciaires), vulnérabilité des écosystèmes à l'augmentation de la variabilité, capacités d'adaptation handicapées par les pénuries diverses (pétrole, minerais,...), tensions géopolitiques (régimes autoritaires, migrations massives, etc.).

Ainsi, au regard de l'inertie du système climatique, attendre pour agir qu'une évolution de grande ampleur soit clairement visible, c'est avoir déjà perdu et c'est laisser nos descendants face à une situation qu'ils ne pourront que subir, et pas maîtriser ou contrecarrer.