Pic pétrolier et climat (PO/RC)
Un article de Oleowiki.
Le solécisme PO/RC désigne la combinaison de deux pénomènes problématiques, Peak Oil et Réchauffement Climatique. Tous deux sont matériellement inéluctables, mais d'impact variable selon les décisions que nous prenons aujourd'hui ; le fait que les deux surviennent concomitamment rend les décisions plus urgentes, le choix des bonnes solutions plus critique. En 2007, bien que la notion existe fréquemment dans les interventions, peu d'ouvrages traitent réellement de ce sujet forcément complexe.
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Définitions
Le Peak Oil désigne le phénomène qui fait que l'exploitation de la ressource pétrolière passera par un maximum, pour ensuite décroître, et les conséquences sur notre vie économique et sociale. Sa chronologie est mal connue, mais il est vraisemblable que la décennie 2010 verra un Plateau Ondulé de Production (POP), à un niveau de l'ordre de 10 % de plus que la consommation 2006. Ce niveau sera la combinaison d'un affaiblissement continu des ressources classiques, contrebalancé par une montée en puissance des ressources dites non conventionnelles. La stabilité de cette production posera de réels problèmes économiques, à un moment où de nombreux pays seront toujours dans une phase ascendante rapide de leur démographie et de leur économie.
La date d'entrée sur le POP, et sa durée, sont une conséquence de caractéristiques physiques incontournables, particulièrement les réserves et leur emplacement sur le Globe, mais aussi des dérivées première et seconde de ces réserves, qui elles sont une conséquence de nos décisions.
Le Réchauffement Climatique désigne le réchauffement ultra-rapide de la troposphère et de la surface terrestre, provoqué ou aggravé par l'émission brutale de Gaz à Effet de Serre (GES), et les conséquences sur le système naturel global, et notre vie économique et sociale. Ce réchauffement est trop rapide pour que les éco-systèmes existants puissent s'adapter par simple migration ; certains d'entre eux vont donc disparaître ; c'est ce qu'on appelle pudiquement la "perte de biodiversité". Nos activités sont fréquemment dépendantes, soit des éco-systèmes, soit de la température ambiante : on ne construit pas une maison de la même façon à Séville ou à Copenhague. Là aussi, la constante de temps est importante : autant il est facile de reconstruire un habitat pour s'adapter à une nouvelle température, autant l'économie actuelle est incapable de renouveler plus de 1 % de notre habitat par an. Enfin, l'élévation de la température va donner plus de puissance aux événements climatiques : les tempêtes et cyclones, sans être forcément plus nombreux, seront plus puissants, et sur des parcours moins balisés.
Même si certains événements précurseurs permettent d'envisager ce qui va suivre, nous ne commencerons à souffrir vraiment du RC qu'à partir de la décennie 2030. La vitesse à laquelle nous émettons du CO2 dans l'atmosphère dépendra des décisions politiques, mais aussi de la quantité réellement disponibles de fossiles.
La combinaison de ces deux phénomènes fera peser un double poids sur nos ressources économiques, qui devrait absorber plus que l'excédent de notre production de richesses dès avant le milieu de ce siècle. Les deux phénomènes sont inéluctables, mais les décisions prises aujourd'hui peuvent atténuer ou aggraver les deux effets ; certaines décisions pourront avoir un effet bénéfique sur les deux problèmes simultanément.
La question des scénarios d'émission du GIEC
Les scénarios d'émission créés par le GIEC pour étudier les différents cas de figure du réchauffement sont souvent critiqués par certains piquistes (dont certains éminents comme Jean Laherrère de l'ASPO-France) : les quantités de carbone que ces scénarios prévoient d'envoyer dans l'atmosphère seraient largement supérieures aux ressources d'hydrocarbures et de charbon exploitables à des conditions technico-économiques raisonnables. Dans pratiquement tous les scénarios, la consommation cumulée de pétrole au XXIe siecle dépasse les 400 Gtep soit plus de 3000 Gbbl. Dans ces scénarios, les projections jusqu'en 2030 sont les mêmes que les scénarios des agences officielles (AIE, EIA, etc) avec une croissance continue de la production pétrolière atteignant et dépassant les 120 Mb/j. Par comparaison, les estimations des "piquistes" du type ASPO tablent sur des réserves comprises entre 1000 à 1500 Gbl, et un pic entre 2010 et 2015, autour de 90 Mb/j.
L'écart de points de vue provient donc principalement dans l'estimation de ce qui "reste à brûler" : certains considèrent que cette quantité est désormais connue et peu sujette à variation d'ici la fin du XXIème siècle, tandis que d'autres estiment que le principe de précaution vaut pour les ressources fossiles et qu'on n'est pas à l'abri de nouvelles découvertes importantes, qui reculeraient donc sensiblement la date du pic.
Par ailleurs, la combustion des fossiles n'est qu'une partie des émissions de CO2, qui n'est lui même que l'un des multiples gaz à effet de serre. Le forçage radiatif doit tenir compte également d'autres sources comme :
- le CO2 issu de la déforestation, qui représente 15 à 20% des émissions de CO2 actuelles,
- les émissions incontrôlées de méthane (20 fois plus "réchauffant" que le CO2) : outre la production agricole, il faut compter avec :
- les fuites lors de la production et du transport du gaz naturel : GDF avoue officiellement perdre l'équivalent de 2 méthaniers par an !
- les hydrates de méthane : ceux présents dans le pergélisol se dégageront naturellement en cas de trop fort réchauffement des régions arctiques, tandis que ceux au fond des mers, décrétés très difficiles à exploiter aujourd'hui, peuvent connaître une exploitation intensive durant le siècle moyennant quelques progrès techniques mineurs (haveuses robotisées sous-marines)... et la non-limitation drastique de l'usage des combustibles fossiles.
- les émissions d'oxydes d'azote (300 fois plus réchauffants que le CO2), principalement émis par la biomasse.
A titre d'information, le graphique ci-dessous donne la valeur moyenne des forçages actuels. Si par exemple la banquise polaire disparaît ou que le méthane du pergélisol est relâché, les forçages correspondants (resp. surface albedo et CH4 seront intensifiés. Neanmoins le paramètre essentiel de tous les scénarios du GIEC reste la consommation intégrée de fossiles au cours du XXIe siecle, les autres paramètres en étant soit indépendants, soit des contre-réactions ne faisant qu'en amplifier l'action : diminuer les émissions de fossiles diminue donc aussi les contre réactions (c'est d'ailleurs bien l'objectif numéro un des politiques de lutte contre le RC, en particulier par la taxe carbone).
Source : GIEC 2007
Les bonnes décisions
Formation et information
Les deux sujets sont actuellement mystérieux et controversés. On ignore encore beaucoup de choses sur l'un et l'autre, mais il est nécessaire de s'attaquer aux deux avant d'en connaître les détails, que nous ne connaîtrons que quand il sera trop tard. Il est donc nécessaire de mettre en place un discours didactique, prenant en compte cette ignorance partielle et mesurée, qui permette de transférer de l'information sans donner l'impression de charlatanisme ; le temps caractéristique de l'évolution du CO2 et des températures étant de plusieurs décennies, voire du siècle, la date précise du pic n'a pas énormément d'importance. En revanche la quantité totale de fossiles qu'on pourra brûler est un paramètre essentiel.
Il faudra ensuite instaurer un plan de formation, ajoutant ces notions à partir de la Terminale S, et de façon détaillée pour une grande partie des formations supérieures scientifiques et économiques. Il est préjudiciable à nos économies futures qu'un jeune bac+5 ne maîtrise aucune de ces notions. Le coût de cette mesure est négligeable devant les enjeux.
Planification et collaboration
Les deux sujets sont à évolution lente et planétaire ; de nombreuses décisions ne peuvent être efficaces que si elles sont prises en commun par un grand nombre d'acteurs répartis sur la planète ; nombre d'entre eux ont l'habitude de collaborer, mais pas sur des sujets critiques.
Dès 1992, avec le sommet de Rio, l'ONU a pris l'initiative du traitement du RC ; même si l'Europe semble en pointe sur le sujet, elle est insuffisante, politiquement et économiquement, à servir de moteur. L'ONU elle-même (combien de divisions ?) est surtout un lieu d'échange ; ses capacités de conviction sont faibles. La création d'une ONU-Environnement, évoquée dès 2007, recueille peu d'enthousiasme.
Dans un premier temps, il faudra bien faire avec l'existant, et incorporer petit à petit ces deux notions dans les diverses instances mondiales (OMC, OMS, etc.) ayant une quelconque capacité d'action sur le sujet ; à très long terme, si nos décisions initiales sont insuffisantes, une certaine perte d'indépendance nationale sera à envisager sur ces deux sujets ; il sera donc souhaitable que nous mettions en place une réelle capacité d'action mondiale, vraisemblablement par une collaboration étroite de nations aux objectifs disjoints.
Savoir et technologie
Il est acquis que notre savoir sera insuffisant pour traiter correctement les deux sujets à temps ; par exemple, il est acquis que nous ne connaîtrons la date exacte du PO qu'après sa survenance (de un an à cinq ans selon les observateurs) ; que nous ne connaîtrons jamais la valeur exacte des ressources pétrolières mondiales. De même, nous ne savons pas décrire aujourd'hui le niveau d'indépendance de sous-systèmes écologiques ; leur capacité à résister à une élévation de 2°C ; la possibilité de recréer des sous-systèmes à des latitudes différentes.
Pourtant, c'est bien notre savoir qui nous alertés dans les deux cas, puisque les notions ont été évoquées avant que les effets se fassent sentir. Il est donc utile que nous investissions dans la compréhension et la prévision du PO/RC.
Sobriété énergétique
Il ne faut pas être grand clerc pour constater que des efforts de sobriété dans notre consommation énergétique auront des effets bénéfiques dans les deux sujets ; que ces efforts aient également des effets bénéfiques sur les PIB des nations qui les réalisent reste à démontrer, mais cela paraît vraisemblable. Ce domaine est donc systématiquement gagnant, avec des investissements associés très variables.
Le premier 1% d'économie peut pratiquement se gagner en quelques semaines, comme on le voit à chaque mini-crise pétrolière, avec une chute de la consommation mondiale quand le baril s'élève sensiblement et durablement.
Gagner 10 % nécessite quelques années, comme on l'a vu à l'issue du choc pétrolier de 1979. Au-delà de 10 %, nous n'avons pas vraiment de références, mais il paraît crédible qu'une économie de 50 % s'envisage sur un demi-siècle ; comme il s'agit bien de cet ordre de grandeur à réaliser, c'est donc maintenant qu'il faut entreprendre les efforts nécessaires.
Les sources d'économie d'énergie sont multiples ; il est en fait plus facile de compter les domaines où elles sont difficiles car déjà optimisés ou trop sensibles :
- le transport aérien
- les dépenses militaires
- l'industrie des pays riches
A l'opposé, les domaines où le ratio invstissement/économie est le plus favorable :
- l'automobile
- l'habitat neuf, l'urbanisation
- la production d'énergie
Décarbonation
La décarbonation progressive de l'économie agira bénéfiquement sur les deux points - en quelque sorte, nous ne la paierons qu'une fois.
Le bilan carbone de chaque produit, de chaque opération, semble être un travail considérable ; pourtant, le contenu en énergie d'un produit, depuis sa création jusqu'à sa destruction/recyclage, est devenu une indication primordiale, dont le consommateur a besoin pour faire des choix éclairés.
Un pull en laine polaire (PET) est recyclable quasi indéfiniment ; même s'il contient au départ plus que son poids de pétrole, cette qualité le rend vertueux. Une tomate élevée sous serre contient elle aussi son poids de pétrole ; elle est à bannir. Le consommateur ne peut deviner ces valeurs : il sera nécessaire d'en calculer certaines, en commençant par les plus faciles.
L'état de l'art du PO/RC
Au-delà du simple jeu de mots, il est important de jeter les bases du PO/RC le plus tôt possible. En France, il y a bien sûr le forum public Oleocene, mais la multiplicité des sujets abordés dans une atmosphère non professionnelle ne permet pas de l'utiliser facilement.
Le rapport de l'OPECST n° 56 (2006-2007) de MM. Pierre LAFFITTE et Claude SAUNIER, est à l'opposé un condensé remarquable des enjeux et impacts du PO/RC, y compris les suggestions et réponse ministérielle. Même si certains aspects sont criticables, on constate qu'il s'agit d'un sujet unificateur, qui se fera entendre par-delà les clivages habituels, politiques, culturels et géographiques.
Sur le plan international, c'est le sommet du G8 à Gleneagles 2005 la référence, en anglais mais en 38 points brefs, continué par St-Petersbourg 2006, avec un plan d'action en 55 points : documents de grande qualité, mais dans lesquels on peine à déceler l'enthousiasme. Enfin, le GIEC devrait inclure dans ses propositions des références à l'énergie, lors de sa session WGIII, Bangkok 2007.
Une étude publiée en 2006 par MM. FARRELL et BRANDT], de l'Université de Berkeley (Californie), intitulée Risks in Oil Transition, pose également le problème du PO/RC de façon remarquablement synthétique (PDF de 6 pages, bibliographie comprise), et préconise une régulation accrue pour éviter que le PO soit franchi avec succès au prix d'une catastrophe environnementale.

