par energy_isere » Aujourd’hui, 10:40
La crise d’Ormuz freine fortement les exportations pétrolières de l’Irak
AFP avec Connaissance des Énergies le 22 septembre 2026
Employé d’un grand champ pétrolier irakien, Fawzi dit être inactif depuis un mois, dans un pays dont l’économie pâtit du recul des exportations lié à la guerre régionale.
Bassorah subit l’arrêt partiel des champs
Dans la province méridionale de Bassorah, où se trouvent les principaux gisements irakiens, les entreprises liées au pétrole réduisent leurs effectifs, placent des salariés au chômage technique ou baissent les rémunérations. « Je n'ai rien fait depuis un mois », dit Fawzi, 22 ans, employé par une société de maintenance sur un grand champ pétrolifère.
Le site « fonctionne à peine, il n'y a pas de pétrole. Qu'est-ce qu'on est censé entretenir? », ajoute le jeune homme, qui n’a pas souhaité communiquer son nom de famille. Son employeur a d’abord réduit les salaires de 20%, puis de moitié, avant de supprimer plusieurs dizaines de postes.
Avant le conflit, l’Irak expédiait presque tout son brut par le détroit d’Ormuz, son seul accès maritime pour ce commerce. Le verrouillage décidé par l’Iran sur cette route stratégique a forcé les compagnies irakiennes à réduire fortement l’extraction, faute de capacités de stockage disponibles.
Des files de camions-citernes stationnent sur des parkings saturés, parfois pendant plusieurs semaines, dans l’attente d’un déchargement. Avant ces perturbations, l’Irak produisait près de 4 millions de barils par jour, dont 3,4 millions destinés à l’exportation.
Les voies alternatives ne compensent pas Ormuz
Bagdad a tenté de réorienter une partie des volumes par camions vers la Syrie et par oléoduc via la Turquie, mais ces itinéraires restent marginaux par rapport aux exportations maritimes. Après une chute marquée, les flux transitant par Ormuz ont rebondi durant la première semaine de septembre, selon les données de la plateforme Kpler.
L’Iran a annoncé fin août des autorisations spéciales pour certains pétroliers irakiens. La mise en place d’un couloir de navigation sécurisé par les États-Unis dans le détroit s’est aussi accompagnée d’une hausse significative des exportations pétrolières du Golfe, selon une analyse des flux maritimes.
Les chiffres officiels font état d’une moyenne de 2,6 millions de barils par jour exportés par l’Irak depuis le début de septembre. Un responsable gouvernemental souligne toutefois que ces ventes se font à « prix cassés », ce qui réduit l’apport en devises pour l’État.
La dépendance budgétaire de Bagdad au pétrole reste très élevée: les exportations de brut représentent près de 90% des recettes publiques. Dans son rapport publié en juin 2025 au titre de l’article IV, le FMI anticipait que les revenus pétroliers resteraient supérieurs à 90% des recettes de l’État irakien jusqu’en 2030.
Les finances publiques cherchent à tenir
Sans recettes pétrolières suffisantes, l’État, principal employeur d’un pays de 46 millions d’habitants, s’expose à une raréfaction des devises. Les réserves sont passées de 100 à 80 milliards de dollars, selon le même responsable gouvernemental.
Ces réserves servent à payer les fonctionnaires, à financer les importations et à soutenir le dinar. Les autorités injectent des dollars afin de maintenir un taux de change officiel inférieur au cours observé sur le marché.
Le gouvernement a eu recours à l’emprunt et « parie probablement sur un règlement du conflit avant la fin de l'année », estime l’expert Ali al-Mawlawi. La reprise partielle des exportations lui a permis de « gagner un peu de temps » et d’assurer les versements de salaires sans retard majeur.
Mais Bagdad « doit absolument s'assurer de pouvoir continuer » à payer, ajoute Ali al-Mawlawi. Les perturbations ont déjà contribué à la hausse des prix et aux fluctuations de la monnaie.
Le port d’Oum Qasr tourne au ralenti
La crise ne bloque pas seulement la sortie du brut: les importations irakiennes sont également entravées, alors que le pays dépend de l’étranger pour le gaz naturel, les produits alimentaires, les médicaments et les appareils électroniques. À Oum Qasr, grand port du sud du pays, l’activité autrefois dense s’est fortement réduite.
Seuls quelques navires restent amarrés, dont un cargo sous pavillon iranien et un bâtiment chinois qui, selon des salariés du port, a franchi Ormuz. Trois quais récents, dotés d’équipements modernes, sont vides, avec des grues et passerelles inoccupées.
Les pertes d’activité touchent aussi l’emploi portuaire: de nombreux salariés se retrouvent sans travail et les fonctionnaires ont perdu leurs primes. « Si les navires ne viennent pas (...), les entreprises ne peuvent pas garder leurs effectifs », explique le capitaine Salem Hussein, directeur de la section nord du port.
À Bassorah, le commerçant Zaid Hadi, 36 ans, dit avoir perdu la moitié de ses ventes, en raison de clients qui « hésitent désormais à dépenser », de la hausse des coûts d’importation, des suppressions d’emplois et du départ de travailleurs étrangers du secteur pétrolier. « A Bassorah, nous dépendons du port et du pétrole », résume Amir, 35 ans, ancien salarié d’un sous-traitant: « Et les deux sont à l'arrêt ».
https://www.connaissancedesenergies.org ... aye-260922
[quote] [b][size=120]La crise d’Ormuz freine fortement les exportations pétrolières de l’Irak[/size][/b]
AFP avec Connaissance des Énergies le 22 septembre 2026
Employé d’un grand champ pétrolier irakien, Fawzi dit être inactif depuis un mois, dans un pays dont l’économie pâtit du recul des exportations lié à la guerre régionale.
[b]Bassorah subit l’arrêt partiel des champs[/b]
Dans la province méridionale de Bassorah, où se trouvent les principaux gisements irakiens, les entreprises liées au pétrole réduisent leurs effectifs, placent des salariés au chômage technique ou baissent les rémunérations. « Je n'ai rien fait depuis un mois », dit Fawzi, 22 ans, employé par une société de maintenance sur un grand champ pétrolifère.
Le site « fonctionne à peine, il n'y a pas de pétrole. Qu'est-ce qu'on est censé entretenir? », ajoute le jeune homme, qui n’a pas souhaité communiquer son nom de famille. Son employeur a d’abord réduit les salaires de 20%, puis de moitié, avant de supprimer plusieurs dizaines de postes.
Avant le conflit, l’Irak expédiait presque tout son brut par le détroit d’Ormuz, son seul accès maritime pour ce commerce. Le verrouillage décidé par l’Iran sur cette route stratégique a forcé les compagnies irakiennes à réduire fortement l’extraction, faute de capacités de stockage disponibles.
Des files de camions-citernes stationnent sur des parkings saturés, parfois pendant plusieurs semaines, dans l’attente d’un déchargement. Avant ces perturbations, l’Irak produisait près de 4 millions de barils par jour, dont 3,4 millions destinés à l’exportation.
[b]Les voies alternatives ne compensent pas Ormuz[/b]
Bagdad a tenté de réorienter une partie des volumes par camions vers la Syrie et par oléoduc via la Turquie, mais ces itinéraires restent marginaux par rapport aux exportations maritimes. Après une chute marquée, les flux transitant par Ormuz ont rebondi durant la première semaine de septembre, selon les données de la plateforme Kpler.
L’Iran a annoncé fin août des autorisations spéciales pour certains pétroliers irakiens. La mise en place d’un couloir de navigation sécurisé par les États-Unis dans le détroit s’est aussi accompagnée d’une hausse significative des exportations pétrolières du Golfe, selon une analyse des flux maritimes.
Les chiffres officiels font état d’une moyenne de 2,6 millions de barils par jour exportés par l’Irak depuis le début de septembre. Un responsable gouvernemental souligne toutefois que ces ventes se font à « prix cassés », ce qui réduit l’apport en devises pour l’État.
La dépendance budgétaire de Bagdad au pétrole reste très élevée: les exportations de brut représentent près de 90% des recettes publiques. Dans son rapport publié en juin 2025 au titre de l’article IV, le FMI anticipait que les revenus pétroliers resteraient supérieurs à 90% des recettes de l’État irakien jusqu’en 2030.
[b]Les finances publiques cherchent à tenir[/b]
Sans recettes pétrolières suffisantes, l’État, principal employeur d’un pays de 46 millions d’habitants, s’expose à une raréfaction des devises. Les réserves sont passées de 100 à 80 milliards de dollars, selon le même responsable gouvernemental.
Ces réserves servent à payer les fonctionnaires, à financer les importations et à soutenir le dinar. Les autorités injectent des dollars afin de maintenir un taux de change officiel inférieur au cours observé sur le marché.
Le gouvernement a eu recours à l’emprunt et « parie probablement sur un règlement du conflit avant la fin de l'année », estime l’expert Ali al-Mawlawi. La reprise partielle des exportations lui a permis de « gagner un peu de temps » et d’assurer les versements de salaires sans retard majeur.
Mais Bagdad « doit absolument s'assurer de pouvoir continuer » à payer, ajoute Ali al-Mawlawi. Les perturbations ont déjà contribué à la hausse des prix et aux fluctuations de la monnaie.
[b]Le port d’Oum Qasr tourne au ralenti[/b]
La crise ne bloque pas seulement la sortie du brut: les importations irakiennes sont également entravées, alors que le pays dépend de l’étranger pour le gaz naturel, les produits alimentaires, les médicaments et les appareils électroniques. À Oum Qasr, grand port du sud du pays, l’activité autrefois dense s’est fortement réduite.
Seuls quelques navires restent amarrés, dont un cargo sous pavillon iranien et un bâtiment chinois qui, selon des salariés du port, a franchi Ormuz. Trois quais récents, dotés d’équipements modernes, sont vides, avec des grues et passerelles inoccupées.
Les pertes d’activité touchent aussi l’emploi portuaire: de nombreux salariés se retrouvent sans travail et les fonctionnaires ont perdu leurs primes. « Si les navires ne viennent pas (...), les entreprises ne peuvent pas garder leurs effectifs », explique le capitaine Salem Hussein, directeur de la section nord du port.
À Bassorah, le commerçant Zaid Hadi, 36 ans, dit avoir perdu la moitié de ses ventes, en raison de clients qui « hésitent désormais à dépenser », de la hausse des coûts d’importation, des suppressions d’emplois et du départ de travailleurs étrangers du secteur pétrolier. « A Bassorah, nous dépendons du port et du pétrole », résume Amir, 35 ans, ancien salarié d’un sous-traitant: « Et les deux sont à l'arrêt ».
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