par energy_isere » Aujourd’hui, 00:21
Le dessalement, axe central de la souveraineté hydrique du Maroc
Le Maroc mise massivement sur le dessalement et la déminéralisation pour améliorer son autonomie hydrique. La production nationale d’eau dessalée devrait atteindre 1,7 milliard de mètre cubes par an à l’horizon 2030.
Publié le 13 mai 2026 Cécile Desjardins
La petite route longe la mer sur quelques kilomètres. Des dunes, quelques arbustes, parfois un bâtiment. Puis un hôtel, derrière son mur d’enceinte d’un rouge brique très « Marrakech ». On aperçoit à peine le rivage, plus Atlantique que Méditerranée, avec la houle et les vagues. Nouveau mur, on découvre un ensemble de petits bâtiments : à gauche, deux conteneurs accolés, et, au centre, ce qu’on pourrait prendre pour un petit entrepôt. En réalité, on est là devant une petite unité de dessalement. « Ces deux installations, qui produisent respectivement 5 et 20 litres par seconde, alimentent la commune d’Azemmour (à une centaine de kilomètres au sud de Casablanca), fournissant 20 % des besoins des 42 000 habitants de la zone », explique Abdelqader El Koursi, directeur provincial de la SRM-CS, qui gère le site à El Jadida.
Lancée au cœur de la crise, en mai 2024, la station est opérationnelle depuis juin 2025. « L’eau de mer, captée au moyen de forages, est dessalée par un processus d’osmose inverse : après de premiers filtrages, l’eau passe, grâce à une forte pression, au travers d’un filtre qui va retenir le sel », explique le responsable. Le procédé produit ainsi une eau déminéralisée qui va ensuite être traitée pour permettre sa consommation. « Il s’agit d’une infrastructure souple, rapide à construire et, pour la partie en conteneurs, qui pourrait même être déplacée facilement », explique Mohcine Moursli, chef du département exploitation eau potable à la SRM-CS. Le coût ? « Seulement » 30 millions de dirhams (3 millions d’euros). On comprend que de telles unités dites « monoblocs » se soient multipliées rapidement dans l’ensemble du pays : 115 sont opérationnelles aujourd’hui et 56 sont en cours d’installation, soit pour le dessalement de l’eau de mer ou pour la déminéralisation des nappes phréatiques.
Des « giga-unités » en développement
Mais ce qui va véritablement changer la donne au niveau national, ce sont les « giga-unités » de dessalement qui sont en plein développement depuis maintenant quatre ans. Parmi elles, la station de Jorf Lasfar, à une trentaine de kilomètres plus au sud. Si le procédé technique – l’osmose inversée – est le même, on change là totalement d’échelle. « Le site, qui s’étend sur 2 000 hectares, produit aujourd’hui autour de 80 millions de mètres cubes d’eau potable par an. Nous travaillons sur une seconde unité qui permettra de doubler les volumes et d’alimenter la région plus au sud en eau potable, industrielle et agricole », explique Lamia Housni, directrice business développement d’OCP Green Water, filiale du géant marocain de l’industrie des phosphates.
Spécialisée dans la production d’eau « non conventionnelle » (dessalement et retraitement), la société a été fondée en 2021 afin de « couvrir les besoins en eau du groupe OCP, de participer à la résilience hydrique du pays pour l’eau potable des villes et d’accompagner le développement agricole utilisant de l’eau dessalée ». Avec la « crise des sept ans », le tout a pris une nouvelle ampleur : OCP Green Water opère aujourd’hui plusieurs plateformes de dessalement permettant d’alimenter les villes de Casablanca, El Jadida, Safi, mais aussi des zones rurales et les grandes mines de phosphate du pays. Le groupe vise une production d’eau dessalée de plus de 600 millions de mètres cubes en 2027 et au-delà du milliard en 2030. « Tout un réseau de pipelines permet de transporter des centaines de millions de mètres cubes d’eau depuis ces plateformes. Nous avons inauguré en juillet 2025 le « J2K », qui va de Jorf Lasfar à Khouribga, plus à l’est : long de 203 kilomètres, il permet d’acheminer 80 millions de mètres cubes », complète la dirigeante.
Production verte
De fait, le dessalement a vocation à devenir l’une des principales sources d’eau du pays. « Nous sommes parvenus à faire passer la production nationale de 46,4 millions de mètres cubes en 2021 à plus de 410 en 2026. Avec, à l’horizon 2030, l’objectif d’atteindre plus de 1,7 milliard de mètres cubes par an », explique Salahddine Dahbi, directeur général de l’hydraulique du pays. Cette eau est majoritairement dédiée à l’eau potable (55 %), mais aussi aux usages industriels (32 %) et à l’irrigation (13 %). Et produite avec une énergie entièrement verte grâce à une combinaison de la cogénération, des panneaux solaires, de l’éolien et de l’utilisation de la pression résiduelle, etc.
Le tout, dans un objectif de sécurisation et de souveraineté hydrique qui passent aussi par le développement d’une industrie nationale de dessalement et la formation d’ingénieurs spécialisés. « Pour les stations monobloc de dessalement et de déminéralisation, nous sommes arrivés à un taux d’intégration de fabrication locale de 40% environ : hormis les pompes et les membranes, l’essentiel des pièces est aujourd’hui fabriqué par des entreprises marocaines », souligne Salahddine Dahbi. L’objectif est clairement de continuer de progresser face à cet enjeu de souveraineté…
https://www.lopinion.fr/economie/le-des ... e-du-maroc
[quote] [b][size=120]Le dessalement, axe central de la souveraineté hydrique du Maroc[/size][/b]
Le Maroc mise massivement sur le dessalement et la déminéralisation pour améliorer son autonomie hydrique. La production nationale d’eau dessalée devrait atteindre 1,7 milliard de mètre cubes par an à l’horizon 2030.
Publié le 13 mai 2026 Cécile Desjardins
La petite route longe la mer sur quelques kilomètres. Des dunes, quelques arbustes, parfois un bâtiment. Puis un hôtel, derrière son mur d’enceinte d’un rouge brique très « Marrakech ». On aperçoit à peine le rivage, plus Atlantique que Méditerranée, avec la houle et les vagues. Nouveau mur, on découvre un ensemble de petits bâtiments : à gauche, deux conteneurs accolés, et, au centre, ce qu’on pourrait prendre pour un petit entrepôt. En réalité, on est là devant une petite unité de dessalement. « Ces deux installations, qui produisent respectivement 5 et 20 litres par seconde, alimentent la commune d’Azemmour (à une centaine de kilomètres au sud de Casablanca), fournissant 20 % des besoins des 42 000 habitants de la zone », explique Abdelqader El Koursi, directeur provincial de la SRM-CS, qui gère le site à El Jadida.
Lancée au cœur de la crise, en mai 2024, la station est opérationnelle depuis juin 2025. « L’eau de mer, captée au moyen de forages, est dessalée par un processus d’osmose inverse : après de premiers filtrages, l’eau passe, grâce à une forte pression, au travers d’un filtre qui va retenir le sel », explique le responsable. Le procédé produit ainsi une eau déminéralisée qui va ensuite être traitée pour permettre sa consommation. « Il s’agit d’une infrastructure souple, rapide à construire et, pour la partie en conteneurs, qui pourrait même être déplacée facilement », explique Mohcine Moursli, chef du département exploitation eau potable à la SRM-CS. Le coût ? « Seulement » 30 millions de dirhams (3 millions d’euros). On comprend que de telles unités dites « monoblocs » se soient multipliées rapidement dans l’ensemble du pays : 115 sont opérationnelles aujourd’hui et 56 sont en cours d’installation, soit pour le dessalement de l’eau de mer ou pour la déminéralisation des nappes phréatiques.
Des « giga-unités » en développement
Mais ce qui va véritablement changer la donne au niveau national, ce sont les « giga-unités » de dessalement qui sont en plein développement depuis maintenant quatre ans. Parmi elles, la station de Jorf Lasfar, à une trentaine de kilomètres plus au sud. Si le procédé technique – l’osmose inversée – est le même, on change là totalement d’échelle. « Le site, qui s’étend sur 2 000 hectares, produit aujourd’hui autour de 80 millions de mètres cubes d’eau potable par an. Nous travaillons sur une seconde unité qui permettra de doubler les volumes et d’alimenter la région plus au sud en eau potable, industrielle et agricole », explique Lamia Housni, directrice business développement d’OCP Green Water, filiale du géant marocain de l’industrie des phosphates.
Spécialisée dans la production d’eau « non conventionnelle » (dessalement et retraitement), la société a été fondée en 2021 afin de « couvrir les besoins en eau du groupe OCP, de participer à la résilience hydrique du pays pour l’eau potable des villes et d’accompagner le développement agricole utilisant de l’eau dessalée ». Avec la « crise des sept ans », le tout a pris une nouvelle ampleur : OCP Green Water opère aujourd’hui plusieurs plateformes de dessalement permettant d’alimenter les villes de Casablanca, El Jadida, Safi, mais aussi des zones rurales et les grandes mines de phosphate du pays. Le groupe vise une production d’eau dessalée de plus de 600 millions de mètres cubes en 2027 et au-delà du milliard en 2030. « Tout un réseau de pipelines permet de transporter des centaines de millions de mètres cubes d’eau depuis ces plateformes. Nous avons inauguré en juillet 2025 le « J2K », qui va de Jorf Lasfar à Khouribga, plus à l’est : long de 203 kilomètres, il permet d’acheminer 80 millions de mètres cubes », complète la dirigeante.
Production verte
De fait, le dessalement a vocation à devenir l’une des principales sources d’eau du pays. « Nous sommes parvenus à faire passer la production nationale de 46,4 millions de mètres cubes en 2021 à plus de 410 en 2026. Avec, à l’horizon 2030, l’objectif d’atteindre plus de 1,7 milliard de mètres cubes par an », explique Salahddine Dahbi, directeur général de l’hydraulique du pays. Cette eau est majoritairement dédiée à l’eau potable (55 %), mais aussi aux usages industriels (32 %) et à l’irrigation (13 %). Et produite avec une énergie entièrement verte grâce à une combinaison de la cogénération, des panneaux solaires, de l’éolien et de l’utilisation de la pression résiduelle, etc.
Le tout, dans un objectif de sécurisation et de souveraineté hydrique qui passent aussi par le développement d’une industrie nationale de dessalement et la formation d’ingénieurs spécialisés. « Pour les stations monobloc de dessalement et de déminéralisation, nous sommes arrivés à un taux d’intégration de fabrication locale de 40% environ : hormis les pompes et les membranes, l’essentiel des pièces est aujourd’hui fabriqué par des entreprises marocaines », souligne Salahddine Dahbi. L’objectif est clairement de continuer de progresser face à cet enjeu de souveraineté…
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https://www.lopinion.fr/economie/le-dessalement-axe-central-de-la-souverainete-hydrique-du-maroc