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Pétrole et gaz : la Libye veut lever jusqu’à 40 milliards $ pour relancer sa production
Agence Ecofin 20 aout 2026
La Libye possède les plus grandes réserves prouvées de pétrole en Afrique, mais peine encore à mobiliser les capitaux nécessaires pour exploiter pleinement ses ressources, notamment depuis la chute du régime de Mouammar Kadhafi en 2011.
La Libye cherche à attirer 30 à 40 milliards de dollars d’investissements internationaux pour développer plus de 60 gisements pétroliers et gaziers déjà découverts, mais dont l’exploitation a été jusqu’ici entravée par de nombreux verrous financiers, sécuritaires et politiques. Cette enveloppe a été annoncée, le mardi 18 août, par le président de la Compagnie nationale libyenne du pétrole (NOC), Masoud Suleman.
« Nous avons besoin de fonds importants, entre 30 et 40 milliards de dollars, pour développer les ressources inexploitées », a-t-il déclaré dans des propos relayés par The Financial Times.
La Libye possède les plus grandes réserves prouvées de pétrole en Afrique, 48 milliards de barils, mais sa production de brut a été largement perturbée par la guerre civile et les divisions politiques qui ont suivi la chute du régime de Mouammar Kadhafi en 2011. À ce jour, ce pays d’Afrique du Nord compte deux autorités rivales : le gouvernement d’union nationale (GNU) libyen basé à Tripoli et reconnu par la communauté internationale, et un exécutif parallèle dans l’Est du pays, soutenu par Khalifa Haftar.
Le gouvernement basé à Tripoli avait adopté, début 2025, un plan de relance du secteur des hydrocarbures, soutenu par des investissements évalués entre 3 et 4 milliards de dollars. Dans ce cadre, le groupe italien ENI a repris début octobre 2025 des travaux d’exploration offshore au large des côtes nord-ouest du pays, tandis que le géant pétrolier algérien Sonatrach a repris durant le même mois ses forages d’exploration d’hydrocarbures dans le bassin de Ghadamès, près de la frontière algéro-libyenne.
En février dernier, le pays a également attribué plusieurs blocs pétroliers à des compagnies étrangères pour la première fois depuis plus de 17 ans, à l’issue d’un appel d’offres international.
Un objectif de 2 millions de barils sous contraintes
L’objectif « ambitieux, mais réaliste » affiché par le président de la NOC est d’augmenter la production de la Libye à 2 millions de barils par jour d’ici 2030, contre environ 1,4 million de barils/jour actuellement. Toutefois, les investissements des diverses compagnies étrangères présentes en Libye, dont ENI, TotalEnergies, Chevron et ConocoPhillips, ont été ralentis par un ensemble de contraintes interdépendantes, dont les problèmes de liquidité de la NOC, les inquiétudes concernant la gouvernance, l’instabilité sécuritaire et la fragmentation politique.
Le manque de capitaux, dont souffre la cheville ouvrière du secteur pétrogazier libyen, reste le principal frein aux progrès. Les problèmes de trésorerie de la NOC ont persisté malgré la hausse des prix du pétrole depuis le début de la guerre au Moyen-Orient. Le budget de l’État pour l’exercice 2026 n’a alloué qu’environ 2 milliards de dollars pour couvrir les coûts de fonctionnement de la compagnie. Cette dernière est tenue de financer sa part des coûts de développement des différents gisements pétroliers et gaziers, selon les termes des accords de partage de la production (EPSA) signés avec les entreprises pétrolières étrangères.
Vers un retour aux accords de type concession
Les finances de la NOC, qui importe environ 80 % des produits pétroliers raffinés aux prix internationaux, sont également fragilisées par le coût des subventions aux carburants et par une contrebande de grande ampleur alimentée par des réseaux proches des deux camps rivaux.
Pour contourner ce manque de liquidités, la NOC envisage le retour aux accords de type concession en vigueur jusqu’aux années 70 et dans le cadre desquels les investisseurs étrangers assument une plus grande partie des coûts initiaux. « Nous réfléchissons à changer le modèle d’affaires entre la NOC et nos partenaires internationaux. Nous souffrons d’un manque de fonds, et cela retarde considérablement nos projets de développement », a déclaré M. Suleman, indiquant que l’intérêt se porte aussi sur l’assouplissement des conditions actuelles de partage de production pour permettre aux compagnies étrangères de mobiliser plus de financements.
Dans cet élan, la NOC a signé, en juillet dernier, un accord pour un bloc baptisé « Zone 47 » avec la société UCC Holding basée au Qatar, sans passer par un processus d’appel d’offres. UCC et ses partenaires devraient financer le développement du bloc, en contrepartie d’une part plus faible de la NOC dans la production au cours des dix premières années d’exploitation.
Le président de la NOC a indiqué l’intention de la compagnie publique de nommer deux auditeurs externes, K2 Integrity et KBR, afin de rassurer les sociétés étrangères sur la transparence des accords.
Le risque sécuritaire, dernier verrou pour les investisseurs
En ce qui concerne les risques sécuritaires et politiques, M. Suleman a recommandé aux investisseurs étrangers de « communiquer avec les factions armées contrôlant les zones où ils sont actifs pour faciliter leurs opérations », tout en notant que l’État s’efforce de « neutraliser un petit nombre de groupes hors-la-loi ».
La fragmentation politique risque cependant de continuer à fragiliser la gouvernance des projets énergétique dans le pays. Les champs pétroliers clés et les terminaux d’exportation stratégiques du Croissant pétrolier (Es Sider, Ras Lanuf) sont régulièrement pris en otage par des groupes armés soutenant des factions politiques. Les blocages forcés de la production, décrétés pour faire pression lors de négociations budgétaires ou politiques, entraînent des pertes financières de plusieurs milliards de dollars et rompent brutalement la régularité des approvisionnements.
Les attaques récentes contre la raffinerie de Zawiya rappellent également la vulnérabilité des infrastructures énergétiques. De plus, les investisseurs étrangers redoutent qu’un contrat signé avec les autorités de Tripoli soit remis en cause par celles de l’Est, ou inversement. En l’absence d’un cadre législatif unifié, pérenne et reconnu à l’échelle nationale, la validité à long terme des concessions octroyées reste sujette à caution.
Pour Tripoli, l’enjeu ne consiste plus seulement à attirer des capitaux, mais à convaincre les investisseurs que les nouveaux projets pourront être protégés par un cadre politique et sécuritaire suffisamment stable pour garantir leur rentabilité à long terme.
Walid Kéfi
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[quote] [b][size=120]Pétrole et gaz : la Libye veut lever jusqu’à 40 milliards $ pour relancer sa production[/size]
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Agence Ecofin 20 aout 2026
La Libye possède les plus grandes réserves prouvées de pétrole en Afrique, mais peine encore à mobiliser les capitaux nécessaires pour exploiter pleinement ses ressources, notamment depuis la chute du régime de Mouammar Kadhafi en 2011.
La Libye cherche à attirer 30 à 40 milliards de dollars d’investissements internationaux pour développer plus de 60 gisements pétroliers et gaziers déjà découverts, mais dont l’exploitation a été jusqu’ici entravée par de nombreux verrous financiers, sécuritaires et politiques. Cette enveloppe a été annoncée, le mardi 18 août, par le président de la Compagnie nationale libyenne du pétrole (NOC), Masoud Suleman.
« Nous avons besoin de fonds importants, entre 30 et 40 milliards de dollars, pour développer les ressources inexploitées », a-t-il déclaré dans des propos relayés par The Financial Times.
La Libye possède les plus grandes réserves prouvées de pétrole en Afrique, 48 milliards de barils, mais sa production de brut a été largement perturbée par la guerre civile et les divisions politiques qui ont suivi la chute du régime de Mouammar Kadhafi en 2011. À ce jour, ce pays d’Afrique du Nord compte deux autorités rivales : le gouvernement d’union nationale (GNU) libyen basé à Tripoli et reconnu par la communauté internationale, et un exécutif parallèle dans l’Est du pays, soutenu par Khalifa Haftar.
Le gouvernement basé à Tripoli avait adopté, début 2025, un plan de relance du secteur des hydrocarbures, soutenu par des investissements évalués entre 3 et 4 milliards de dollars. Dans ce cadre, le groupe italien ENI a repris début octobre 2025 des travaux d’exploration offshore au large des côtes nord-ouest du pays, tandis que le géant pétrolier algérien Sonatrach a repris durant le même mois ses forages d’exploration d’hydrocarbures dans le bassin de Ghadamès, près de la frontière algéro-libyenne.
En février dernier, le pays a également attribué plusieurs blocs pétroliers à des compagnies étrangères pour la première fois depuis plus de 17 ans, à l’issue d’un appel d’offres international.
[b]Un objectif de 2 millions de barils sous contraintes[/b]
L’objectif « ambitieux, mais réaliste » affiché par le président de la NOC est d’augmenter la production de la Libye à 2 millions de barils par jour d’ici 2030, contre environ 1,4 million de barils/jour actuellement. Toutefois, les investissements des diverses compagnies étrangères présentes en Libye, dont ENI, TotalEnergies, Chevron et ConocoPhillips, ont été ralentis par un ensemble de contraintes interdépendantes, dont les problèmes de liquidité de la NOC, les inquiétudes concernant la gouvernance, l’instabilité sécuritaire et la fragmentation politique.
Le manque de capitaux, dont souffre la cheville ouvrière du secteur pétrogazier libyen, reste le principal frein aux progrès. Les problèmes de trésorerie de la NOC ont persisté malgré la hausse des prix du pétrole depuis le début de la guerre au Moyen-Orient. Le budget de l’État pour l’exercice 2026 n’a alloué qu’environ 2 milliards de dollars pour couvrir les coûts de fonctionnement de la compagnie. Cette dernière est tenue de financer sa part des coûts de développement des différents gisements pétroliers et gaziers, selon les termes des accords de partage de la production (EPSA) signés avec les entreprises pétrolières étrangères.
[b]Vers un retour aux accords de type concession[/b]
Les finances de la NOC, qui importe environ 80 % des produits pétroliers raffinés aux prix internationaux, sont également fragilisées par le coût des subventions aux carburants et par une contrebande de grande ampleur alimentée par des réseaux proches des deux camps rivaux.
Pour contourner ce manque de liquidités, la NOC envisage le retour aux accords de type concession en vigueur jusqu’aux années 70 et dans le cadre desquels les investisseurs étrangers assument une plus grande partie des coûts initiaux. « Nous réfléchissons à changer le modèle d’affaires entre la NOC et nos partenaires internationaux. Nous souffrons d’un manque de fonds, et cela retarde considérablement nos projets de développement », a déclaré M. Suleman, indiquant que l’intérêt se porte aussi sur l’assouplissement des conditions actuelles de partage de production pour permettre aux compagnies étrangères de mobiliser plus de financements.
Dans cet élan, la NOC a signé, en juillet dernier, un accord pour un bloc baptisé « Zone 47 » avec la société UCC Holding basée au Qatar, sans passer par un processus d’appel d’offres. UCC et ses partenaires devraient financer le développement du bloc, en contrepartie d’une part plus faible de la NOC dans la production au cours des dix premières années d’exploitation.
Le président de la NOC a indiqué l’intention de la compagnie publique de nommer deux auditeurs externes, K2 Integrity et KBR, afin de rassurer les sociétés étrangères sur la transparence des accords.
[b]Le risque sécuritaire, dernier verrou pour les investisseurs[/b]
En ce qui concerne les risques sécuritaires et politiques, M. Suleman a recommandé aux investisseurs étrangers de « communiquer avec les factions armées contrôlant les zones où ils sont actifs pour faciliter leurs opérations », tout en notant que l’État s’efforce de « neutraliser un petit nombre de groupes hors-la-loi ».
La fragmentation politique risque cependant de continuer à fragiliser la gouvernance des projets énergétique dans le pays. Les champs pétroliers clés et les terminaux d’exportation stratégiques du Croissant pétrolier (Es Sider, Ras Lanuf) sont régulièrement pris en otage par des groupes armés soutenant des factions politiques. Les blocages forcés de la production, décrétés pour faire pression lors de négociations budgétaires ou politiques, entraînent des pertes financières de plusieurs milliards de dollars et rompent brutalement la régularité des approvisionnements.
Les attaques récentes contre la raffinerie de Zawiya rappellent également la vulnérabilité des infrastructures énergétiques. De plus, les investisseurs étrangers redoutent qu’un contrat signé avec les autorités de Tripoli soit remis en cause par celles de l’Est, ou inversement. En l’absence d’un cadre législatif unifié, pérenne et reconnu à l’échelle nationale, la validité à long terme des concessions octroyées reste sujette à caution.
Pour Tripoli, l’enjeu ne consiste plus seulement à attirer des capitaux, mais à convaincre les investisseurs que les nouveaux projets pourront être protégés par un cadre politique et sécuritaire suffisamment stable pour garantir leur rentabilité à long terme.
Walid Kéfi
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