par energy_isere » 14 oct. 2026, 23:49
suite de ce post du 23 aout 2026 :
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Pourquoi cette mine abandonnée depuis 40 ans pourrait faire basculer une île entière vers l'indépendance
La demande croissante de cuivre a ravivé l'intérêt pour la mine de Panguna, en Papouasie-Nouvelle-Guinée, fermée depuis quatre décennies. L'île de Bougainville y voit un moyen d'asseoir son indépendance.
Par Laura Perren 14 octobre 2026
Sur le site de Panguna, situé sur l'île de Bougainville, à l'extrémité orientale de la Papouasie-Nouvelle-Guinée, les années ont recouvert de rouille les structures délabrées de la mine abandonnée depuis quatre décennies. Les puits sont remplis de boue et les débris s'accumulent sur plusieurs étages. L'ancienne station de pompage d'eau a été transformée en église, les poutres d'acier faisant office de bancs.
Il y a quarante ans, la vaste mine de Panguna a brusquement mis la clé sous la porte. Des actes de sabotage ont été perpétrés par les habitants, furieux de constater que seuls 2% des richesses générées par cette mine d'or et de cuivre, exploitée par des Australiens, revenaient à la communauté locale –alors même que l'extraction minière avait conduit à raser des villages entiers et à ensevelir de vastes étendues de terre sous les déchets.
La colère a rapidement dégénéré en guerre civile, opposant une milice séparatiste hétéroclite à l'armée de l'État insulaire. Entre 1988 et 1998, le conflit a fait jusqu'à 15.000 victimes, et des dizaines de milliers de déplacés. Il reste considéré comme le plus meurtrier en Océanie depuis la Seconde Guerre mondiale et a été marqué par la multiplication des appels à l'indépendance de Bougainville.
L'île semble à nouveau faire parler d'elle. La demande en cuivre a explosé ces dernières années, portée par les besoins d'électrification. Les regards se tournent donc naturellement vers le site de Bougainville, dont les ressources en métal rouge sont estimées à 5,3 millions de tonnes.
Réouverture prévue en 2028
À la fin de l'année dernière, le gouvernement autonome de l'île a fait appel à une société indienne, Lloyds Metals and Energy, pour l'accompagner dans la réouverture de l'exploitation. Depuis, des engins de chantier sillonnent les routes non goudronnées menant au site, tandis que les ingénieurs et techniciens indiens ont élu domicile dans les gîtes de la ville voisine d'Arawa. D'anciens combattants fidèles au président bougainvillais Ishmael Toroama surveillent l'accès à l'endroit. L'entreprise indienne a, elle, annoncé que les activités minières reprendront début 2028.
En août, des journalistes du New York Times ont passé plusieurs jours sur l'île. Ils se sont rendus au fond de la fosse minière et se sont entretenus avec des habitants et des travailleurs qui s'activent sur le site. Le village de l'ancien combattant Philip Ken a, par exemple, dû être déplacé à trois reprises à cause de la mine. Il se trouve actuellement près de la station de pompage transformée en église. Né en 1970, ce cinquantenaire ne connaît son village d'autrefois que par les récits. «Ma famille vivait en aval. Aujourd'hui, c'est un désert», souligne-t-il. Durant la guerre civile, il avait rejoint l'Armée révolutionnaire de Bougainville. «Je me suis battu pour ma terre, après avoir entendu parler des ravages causés par l'exploitation minière.»
Depuis la fermeture de la mine à la fin des années 1980, les habitants des villages environnants vivent de l'orpaillage dans les eaux de ruissellement. Un travail pénible, mais lucratif, qui attire même des enfants dès l'âge de 10 ans. Beaucoup utilisent du mercure, capable de se lier à l'or. Mais ce n'est pas sans conséquence sur la santé des travailleurs: dans les communautés, rares sont ceux qui dépassent les 60 ans, assure Philip Ken.
Devenir économiquement autonome
La réouverture prochaine de la mine se traduit par la création de nouveaux emplois. La question de savoir si Bougainville peut devenir économiquement autonome reste un enjeu majeur dans la quête d'indépendance. Ce sujet est sur la table depuis de nombreuses années.
En 2001, un accord de paix a été signé entre les dirigeants de la Papouasie-Nouvelle-Guinée et de Bougainville. Selon ses termes, le territoire serait géré de manière autonome et son avenir politique devait être déterminé par référendum. En 2019, le scrutin a enfin eu lieu. Les résultats des urnes ont coupé court aux discussions: 98% des Bougainvillais se sont prononcés en faveur de l'indépendance.
La lourde tâche de concrétiser l'indépendance de l'île incombe au président Ishmael Toroama, dont le bras gauche a été mutilé par une grenade pendant la guerre civile. Selon lui, la mine de Panguna constitue le «garant économique de l'indépendance de Bougainville».
Priorité donnée à l'exploitation minière
Mais tous les habitants ne semblent pas convaincus par les actions du dirigeant. Certains citoyens lui reprochent de reléguer en seconde position des sujets pourtant essentiels, comme la gouvernance, les services sociaux ou l'éducation. En novembre 2025, Ishmael Toroama a surpris les Bougainvillais en signant un protocole d'accord avec Lloyds Metals. Le manque de transparence entourant le processus de sélection du partenaire d'exploitation a suscité des inquiétudes concernant les liens de l'entreprise indienne avec le président.
À la mi-août, les opérations de réhabilitation de la mine se sont multipliées. Dans un puits de la fosse de Panguna, des ouvriers déblaient à la pelle les boues accumulées pendant quarante ans, sans gants, ni masques. Leur salaire semble dérisoire: ils perçoivent 5 kina de l'heure, soit environ 1 euro, selon un employé.
La course à la remise en service de l'exploitation entrave un autre processus de longue haleine: l'assainissement des dégâts provoqués par la fermeture du lieu il y a quarante ans. En 2020, 156 habitants de l'île ont porté plainte contre le géant minier Rio Tinto, qui exploitait la mine à l'époque. Ils réclament une réparation des préjudices causés à l'environnement et aux droits de l'homme. «Nous avons un héritage à réparer, assure Theolina Roka Matbob, qui a déposé la plainte auprès du Human Rights Law Center australien. Elle craint que la réouverture précipitée ne revienne à «sauter dans le train en marche vers davantage de destruction».
De son côté, le gouvernement bougainvillais tente d'apaiser les tensions. En août, il a organisé un rituel de purification par le sang sur le site, afin de libérer la terre de ses fardeaux. «Ça y est, le moment est venu, a annoncé Ishmael Toroama, couvrant le bruit de la pluie. En collaboration avec Lloyds Metals, les travaux doivent avancer.»
https://www.slate.fr/monde/mine-cuivre- ... ndance-ile
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[quote] [b]Pourquoi cette mine abandonnée depuis 40 ans pourrait faire basculer une île entière vers l'indépendance[/b]
La demande croissante de cuivre a ravivé l'intérêt pour la mine de Panguna, en Papouasie-Nouvelle-Guinée, fermée depuis quatre décennies. L'île de Bougainville y voit un moyen d'asseoir son indépendance.
Par Laura Perren 14 octobre 2026
Sur le site de Panguna, situé sur l'île de Bougainville, à l'extrémité orientale de la Papouasie-Nouvelle-Guinée, les années ont recouvert de rouille les structures délabrées de la mine abandonnée depuis quatre décennies. Les puits sont remplis de boue et les débris s'accumulent sur plusieurs étages. L'ancienne station de pompage d'eau a été transformée en église, les poutres d'acier faisant office de bancs.
Il y a quarante ans, la vaste mine de Panguna a brusquement mis la clé sous la porte. Des actes de sabotage ont été perpétrés par les habitants, furieux de constater que seuls 2% des richesses générées par cette mine d'or et de cuivre, exploitée par des Australiens, revenaient à la communauté locale –alors même que l'extraction minière avait conduit à raser des villages entiers et à ensevelir de vastes étendues de terre sous les déchets.
La colère a rapidement dégénéré en guerre civile, opposant une milice séparatiste hétéroclite à l'armée de l'État insulaire. Entre 1988 et 1998, le conflit a fait jusqu'à 15.000 victimes, et des dizaines de milliers de déplacés. Il reste considéré comme le plus meurtrier en Océanie depuis la Seconde Guerre mondiale et a été marqué par la multiplication des appels à l'indépendance de Bougainville.
L'île semble à nouveau faire parler d'elle. La demande en cuivre a explosé ces dernières années, portée par les besoins d'électrification. Les regards se tournent donc naturellement vers le site de Bougainville, dont les ressources en métal rouge sont estimées à 5,3 millions de tonnes.
Réouverture prévue en 2028
À la fin de l'année dernière, le gouvernement autonome de l'île a fait appel à une société indienne, Lloyds Metals and Energy, pour l'accompagner dans la réouverture de l'exploitation. Depuis, des engins de chantier sillonnent les routes non goudronnées menant au site, tandis que les ingénieurs et techniciens indiens ont élu domicile dans les gîtes de la ville voisine d'Arawa. D'anciens combattants fidèles au président bougainvillais Ishmael Toroama surveillent l'accès à l'endroit. L'entreprise indienne a, elle, annoncé que les activités minières reprendront début 2028.
En août, des journalistes du New York Times ont passé plusieurs jours sur l'île. Ils se sont rendus au fond de la fosse minière et se sont entretenus avec des habitants et des travailleurs qui s'activent sur le site. Le village de l'ancien combattant Philip Ken a, par exemple, dû être déplacé à trois reprises à cause de la mine. Il se trouve actuellement près de la station de pompage transformée en église. Né en 1970, ce cinquantenaire ne connaît son village d'autrefois que par les récits. «Ma famille vivait en aval. Aujourd'hui, c'est un désert», souligne-t-il. Durant la guerre civile, il avait rejoint l'Armée révolutionnaire de Bougainville. «Je me suis battu pour ma terre, après avoir entendu parler des ravages causés par l'exploitation minière.»
Depuis la fermeture de la mine à la fin des années 1980, les habitants des villages environnants vivent de l'orpaillage dans les eaux de ruissellement. Un travail pénible, mais lucratif, qui attire même des enfants dès l'âge de 10 ans. Beaucoup utilisent du mercure, capable de se lier à l'or. Mais ce n'est pas sans conséquence sur la santé des travailleurs: dans les communautés, rares sont ceux qui dépassent les 60 ans, assure Philip Ken.
[b]Devenir économiquement autonome[/b]
La réouverture prochaine de la mine se traduit par la création de nouveaux emplois. La question de savoir si Bougainville peut devenir économiquement autonome reste un enjeu majeur dans la quête d'indépendance. Ce sujet est sur la table depuis de nombreuses années.
En 2001, un accord de paix a été signé entre les dirigeants de la Papouasie-Nouvelle-Guinée et de Bougainville. Selon ses termes, le territoire serait géré de manière autonome et son avenir politique devait être déterminé par référendum. En 2019, le scrutin a enfin eu lieu. Les résultats des urnes ont coupé court aux discussions: 98% des Bougainvillais se sont prononcés en faveur de l'indépendance.
La lourde tâche de concrétiser l'indépendance de l'île incombe au président Ishmael Toroama, dont le bras gauche a été mutilé par une grenade pendant la guerre civile. Selon lui, la mine de Panguna constitue le «garant économique de l'indépendance de Bougainville».
[b]Priorité donnée à l'exploitation minière[/b]
Mais tous les habitants ne semblent pas convaincus par les actions du dirigeant. Certains citoyens lui reprochent de reléguer en seconde position des sujets pourtant essentiels, comme la gouvernance, les services sociaux ou l'éducation. En novembre 2025, Ishmael Toroama a surpris les Bougainvillais en signant un protocole d'accord avec Lloyds Metals. Le manque de transparence entourant le processus de sélection du partenaire d'exploitation a suscité des inquiétudes concernant les liens de l'entreprise indienne avec le président.
À la mi-août, les opérations de réhabilitation de la mine se sont multipliées. Dans un puits de la fosse de Panguna, des ouvriers déblaient à la pelle les boues accumulées pendant quarante ans, sans gants, ni masques. Leur salaire semble dérisoire: ils perçoivent 5 kina de l'heure, soit environ 1 euro, selon un employé.
La course à la remise en service de l'exploitation entrave un autre processus de longue haleine: l'assainissement des dégâts provoqués par la fermeture du lieu il y a quarante ans. En 2020, 156 habitants de l'île ont porté plainte contre le géant minier Rio Tinto, qui exploitait la mine à l'époque. Ils réclament une réparation des préjudices causés à l'environnement et aux droits de l'homme. «Nous avons un héritage à réparer, assure Theolina Roka Matbob, qui a déposé la plainte auprès du Human Rights Law Center australien. Elle craint que la réouverture précipitée ne revienne à «sauter dans le train en marche vers davantage de destruction».
De son côté, le gouvernement bougainvillais tente d'apaiser les tensions. En août, il a organisé un rituel de purification par le sang sur le site, afin de libérer la terre de ses fardeaux. «Ça y est, le moment est venu, a annoncé Ishmael Toroama, couvrant le bruit de la pluie. En collaboration avec Lloyds Metals, les travaux doivent avancer.»
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