par energy_isere » 20 juil. 2026, 13:30
Il faudra 200 milliards de dollars pour reconstruire la Syrie: comment le pays compte tirer son épingle de la fermeture d'Ormuz pour devenir "un pays de transit important pour le pétrole"
BFM Business Matthieu Heyman 20 juillet 2026
Près de deux ans après la chute du dictateur Bachar el-Assad, la Syrie poursuit son retour progressif au sein de la communauté internationale. Le pays pourrait être une alternative au détroit d'Ormuz pour les pays du Moyen-Orient qui exportent du pétrole.
C'est une contrainte de taille qui pèse sur l'économie mondiale depuis des mois. Le déclenchement des frappes israélo-américaines contre l'Iran le 28 février dernier puis la récente reprise des hostilités ont eu pour conséquence la fermeture quasi-totale du détroit d'Ormuz. Le nombre de bateaux ayant traversé ce nœud stratégique pour le commerce mondial est bien dérisoire comparé au trafic habituel. En temps de paix, environ 20% du pétrole brut et du gaz naturel liquéfié transitent par ce détroit.
Mais voilà, sa fermeture amène les pays du Moyen-Orient à réfléchir à des alternatives, notamment pour le commerce du pétrole. En se penchant sur une carte, une option émerge : la Syrie. Débarassé de la dictature de Bachar el-Assad, le pays entame un retour progressif dans le concert des nations. Son nouveau président, Ahmed al-Charaa, a été reçu par Donald Trump à la Maison Blanche. Plus récemment, c'est Emmanuel Macron qui s'est rendu à Damas, preuve d'un net réchauffement des relations entre ce pays et l'Occident. De nombreuses sanctions imposées du temps du joug de Bachar el-Assad ont aussi été levées.
Des milliers de camions irakiens
Ces dernières semaines, des milliers de camions-citernes sont utilisés par l'Irak pour transporter son fioul via la Syrie en vue d'être réexporté. Une manière pour Bagdad de poursuivre ses exportations énergétiques, vitales pour son économie. Et grâce à ce fioul irakien, la Syrie a exporté en juin 720.000 tonnes de pétrole.
Pour sa part, l'Irak souffre beaucoup de la fermeture du détroit d'Ormuz. En avril, ses exportations de pétrole via ce passage ont été divisées par dix par rapport au niveau d'avant-guerre. Et les volumes pris en charge par ces camions sont bien moins importants que ceux habituellement traités par les pétroliers transitant par le détroit d'Ormuz. Ce sont donc d'immenses files d'attente de camions-citernes immatriculés en Irak qui se sont formées à l'entrée de ports syriens.
Un oléoduc Irak-Syrie soutenu par les États-Unis
Outre le recours à ces véhicules, l'Irak et la Syrie ont aussi trouvé un accord visant à remettre en état l'oléoduc dépendant des deux pays, fermé depuis des décennies, facilitant à terme le transport de pétrole. Une annonce soutenue mi-juillet par les États-Unis qui "saluent (...) une étape importante pour la région et pour les relations entre la Syrie et l'Irak". Washington a indiqué diriger un consortium international pour mettre en œuvre les aspects techniques et financiers de ce projet qui, une fois remis en état, aura "une capacité de transport initiale de 2 millions de barils de pétrole brut par jour".
Ses nombreux ports sur la mer Méditerranée, comme celui de Baniyas, ses frontières avec la Jordanie, le Liban ou la Turquie sont autant de cartes dans la main syrienne. Damas compte bien profiter de la fermeture du détroit d'Ormuz pour toucher des frais de transit, même si la situation sécuritaire y reste précaire et que de nombreuses infrastructures font encore défaut. L'an dernier, la Banque mondiale estimait à plus de 200 milliards de dollars le coût de la reconstruction de la Syrie, ravagée par plus d'une décennie de guerre civile, dont plus de 80 milliards pour les seules infrastructures, comme les routes, les réseaux électriques, les réseaux d'approvisionnement en eau et les télécommunications.
En mai dernier, Mazen Alloush, directeur des relations locales et internationales de l'autorité syrienne des frontières et des douanes, expliquait que "la quasi-totalité des pays voisins de la région ont sollicité notre accès aux ports syriens après la fermeture du détroit d'Ormuz".
Et quand bien même la situation dans le détroit d'Ormuz s'améliorerait subitement, les pays du Moyen-Orient "élaborent des plans de secours au cas où la crise se prolongerait", selon lui. Deux responsables irakiens du secteur pétrolier ont aussi confié à Reuters qu'ils continueraient à diversifier leurs voies d'exportation de pétrole brut et de carburant même après la fin du conflit.
Quel rôle pour la France?
Utiliser la Syrie pour réduire la dépendance au détroit d'Ormuz, cette idée plaît aussi à Patrick Pouyanné, le patron de Totalenergies. En marge de la visite d'Emmanuel Macron en Syrie début juillet, il estimait que le pays peut devenir un "pays de transit important pour le pétrole qui vient d'Irak vers la Méditerranée", et offrir des "routes alternatives" au détroit.
"C'est un pays qui est à la croisée des chemins dans le Moyen-Orient", a-t-il ajouté, précisant tout de même que "la situation sécuritaire ne permet pas encore d'y travailler".
Raison pour laquelle son entreprise, mastodonte du secteur pétrolier, n'a pas encore d'autres projets concrets en Syrie qu'un mémorandum d'entente pour un bloc d'exploration offshore en mer Méditerranée. Lors de sa venue à Damas, Emmanuel Macron a participé à un "forum économique consacré à la reconstruction de la Syrie", au cours duquel il a souligné, comme son homologue, le souhait de voir la Syrie retrouver son rôle de carrefour énergétique. "Nous voulons que la France soit notre premier partenaire dans ce parcours", a indiqué Ahmed al-Charaa. "Les opportunités, les intérêts des entreprises françaises sont convergents" avec les objectifs de la Syrie en matière de reconstruction et de stabilisation, a pour sa part affirmé le président français.
https://www.bfmtv.com/economie/entrepri ... 00261.html
[quote][b] Il faudra 200 milliards de dollars pour reconstruire la Syrie: comment le pays compte tirer son épingle de la fermeture d'Ormuz pour devenir "un pays de transit important pour le pétrole"[/b]
BFM Business Matthieu Heyman 20 juillet 2026
Près de deux ans après la chute du dictateur Bachar el-Assad, la Syrie poursuit son retour progressif au sein de la communauté internationale. Le pays pourrait être une alternative au détroit d'Ormuz pour les pays du Moyen-Orient qui exportent du pétrole.
C'est une contrainte de taille qui pèse sur l'économie mondiale depuis des mois. Le déclenchement des frappes israélo-américaines contre l'Iran le 28 février dernier puis la récente reprise des hostilités ont eu pour conséquence la fermeture quasi-totale du détroit d'Ormuz. Le nombre de bateaux ayant traversé ce nœud stratégique pour le commerce mondial est bien dérisoire comparé au trafic habituel. En temps de paix, environ 20% du pétrole brut et du gaz naturel liquéfié transitent par ce détroit.
Mais voilà, sa fermeture amène les pays du Moyen-Orient à réfléchir à des alternatives, notamment pour le commerce du pétrole. En se penchant sur une carte, une option émerge : la Syrie. Débarassé de la dictature de Bachar el-Assad, le pays entame un retour progressif dans le concert des nations. Son nouveau président, Ahmed al-Charaa, a été reçu par Donald Trump à la Maison Blanche. Plus récemment, c'est Emmanuel Macron qui s'est rendu à Damas, preuve d'un net réchauffement des relations entre ce pays et l'Occident. De nombreuses sanctions imposées du temps du joug de Bachar el-Assad ont aussi été levées.
[b]Des milliers de camions irakiens[/b]
Ces dernières semaines, des milliers de camions-citernes sont utilisés par l'Irak pour transporter son fioul via la Syrie en vue d'être réexporté. Une manière pour Bagdad de poursuivre ses exportations énergétiques, vitales pour son économie. Et grâce à ce fioul irakien, la Syrie a exporté en juin 720.000 tonnes de pétrole.
Pour sa part, l'Irak souffre beaucoup de la fermeture du détroit d'Ormuz. En avril, ses exportations de pétrole via ce passage ont été divisées par dix par rapport au niveau d'avant-guerre. Et les volumes pris en charge par ces camions sont bien moins importants que ceux habituellement traités par les pétroliers transitant par le détroit d'Ormuz. Ce sont donc d'immenses files d'attente de camions-citernes immatriculés en Irak qui se sont formées à l'entrée de ports syriens.
[b]Un oléoduc Irak-Syrie soutenu par les États-Unis[/b]
Outre le recours à ces véhicules, l'Irak et la Syrie ont aussi trouvé un accord visant à remettre en état l'oléoduc dépendant des deux pays, fermé depuis des décennies, facilitant à terme le transport de pétrole. Une annonce soutenue mi-juillet par les États-Unis qui "saluent (...) une étape importante pour la région et pour les relations entre la Syrie et l'Irak". Washington a indiqué diriger un consortium international pour mettre en œuvre les aspects techniques et financiers de ce projet qui, une fois remis en état, aura "une capacité de transport initiale de 2 millions de barils de pétrole brut par jour".
Ses nombreux ports sur la mer Méditerranée, comme celui de Baniyas, ses frontières avec la Jordanie, le Liban ou la Turquie sont autant de cartes dans la main syrienne. Damas compte bien profiter de la fermeture du détroit d'Ormuz pour toucher des frais de transit, même si la situation sécuritaire y reste précaire et que de nombreuses infrastructures font encore défaut. L'an dernier, la Banque mondiale estimait à plus de 200 milliards de dollars le coût de la reconstruction de la Syrie, ravagée par plus d'une décennie de guerre civile, dont plus de 80 milliards pour les seules infrastructures, comme les routes, les réseaux électriques, les réseaux d'approvisionnement en eau et les télécommunications.
En mai dernier, Mazen Alloush, directeur des relations locales et internationales de l'autorité syrienne des frontières et des douanes, expliquait que "la quasi-totalité des pays voisins de la région ont sollicité notre accès aux ports syriens après la fermeture du détroit d'Ormuz".
Et quand bien même la situation dans le détroit d'Ormuz s'améliorerait subitement, les pays du Moyen-Orient "élaborent des plans de secours au cas où la crise se prolongerait", selon lui. Deux responsables irakiens du secteur pétrolier ont aussi confié à Reuters qu'ils continueraient à diversifier leurs voies d'exportation de pétrole brut et de carburant même après la fin du conflit.
[b]Quel rôle pour la France?[/b]
Utiliser la Syrie pour réduire la dépendance au détroit d'Ormuz, cette idée plaît aussi à Patrick Pouyanné, le patron de Totalenergies. En marge de la visite d'Emmanuel Macron en Syrie début juillet, il estimait que le pays peut devenir un "pays de transit important pour le pétrole qui vient d'Irak vers la Méditerranée", et offrir des "routes alternatives" au détroit.
"C'est un pays qui est à la croisée des chemins dans le Moyen-Orient", a-t-il ajouté, précisant tout de même que "la situation sécuritaire ne permet pas encore d'y travailler".
Raison pour laquelle son entreprise, mastodonte du secteur pétrolier, n'a pas encore d'autres projets concrets en Syrie qu'un mémorandum d'entente pour un bloc d'exploration offshore en mer Méditerranée. Lors de sa venue à Damas, Emmanuel Macron a participé à un "forum économique consacré à la reconstruction de la Syrie", au cours duquel il a souligné, comme son homologue, le souhait de voir la Syrie retrouver son rôle de carrefour énergétique. "Nous voulons que la France soit notre premier partenaire dans ce parcours", a indiqué Ahmed al-Charaa. "Les opportunités, les intérêts des entreprises françaises sont convergents" avec les objectifs de la Syrie en matière de reconstruction et de stabilisation, a pour sa part affirmé le président français.
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