Re: Crise du Gaz en Europe
Publié : 04 août 2026, 15:22
https://www.bfmtv.com/economie/entrepri ... 20129.htmlLes États-Unis devraient devenir dès cette année le premier fournisseur du continent devant la Norvège: comment Washington compte sur les Balkans pour exporter encore plus de gaz vers Europe
Publié le 02/08 / 2026
À l'heure où l'UE cherche à se débarasser du gaz russe, la Croatie investit pour devenir la nouvelle porte d'entrée du gaz américain en Europe. Ce qui réjouit Washington.
Dans une Europe qui tente de se détourner de l'Energie russe, Washington s'impose rapidement comme principal fournisseur de gaz, et espère faire du terminal gazier de Krk, en Croatie, une porte vers le sud du continent, estiment professionnels et experts. Depuis le début de la guerre en Ukraine il y a plus de 4 ans, l'Union européenne a massivement recours au gaz naturel liquéfié (GNL) pour tenter de remplacer le gaz russe, qui représente 12% de son gaz et dont elle devra totalement se passer d'ici fin 2027.
Utile à l'industrie, le gaz est aussi nécessaire au chauffage urbain; environ 30% des ménages sont chauffés au gaz au sein de l'UE. Du gaz de plus en plus venu des États-Unis : Washington devrait dépasser la Norvège pour devenir le principal fournisseur de gaz en Europe en 2026, selon l'Institute for Energy Economics and Financial Analysis (IEEFA). Au milieu de ces bouleversements stratégiques, la Croatie, moins de 4 millions d'habitants, entend faire de son terminal de GNL sur l'île de Krk la porte d'entrée des approvisionnements énergétiques vers l'Europe du Sud-Est et l'Europe centrale.
Porte Croate
Le terminal méthanier flottant d'Omisalj, qui vient de passer d'une capacité maximale de 3,9 milliards de mètres cubes par an à 6,1 milliards de mètres cubes, est entièrement réservé jusqu'en 2036, explique le directeur général de LNG Croatia, Ivan Fugas. La Croatie reçoit le gaz liquéfié directement par bateau, avant de le regazifier à Krk puis de pouvoir l'exporter.
Avant 2021, "nous achetions du gaz à Moscou et nous étions les derniers livrés", ajoute Ivan Fugas. Avec Krk, "l'UE s'est dotée d'un point d'entrée supplémentaire pour le gaz naturel".
Un point d'entrée qui intéresse Washington, qui ne fait pas mystère de ses ambitions énergétiques dans les Balkans et au-delà en voulant développer des corridors énergétiques nord-sud en Europe centrale et orientale, notamment à travers l'Initiative des Trois Mers.
"Trump Peace Pipelines Framework"
Dans un rapport sur les Balkans présenté au Congrès au printemps, la diplomatie américaine soulignait que la dépendance énergétique des Balkans vis-à-vis de la Russie demeurait "une vulnérabilité stratégique".
"La diversification des approvisionnements énergétiques, notamment grâce aux abondantes sources d'énergie américaines, renforce la stabilité et la prospérité régionales. Le gaz naturel liquéfié américain, les technologies nucléaires (y compris les petits réacteurs modulaires) et les énergies renouvelables offrent des solutions commercialement attractives et géopolitiquement solides", peut-on y lire.
Quelques mois plus tôt, les États-Unis avaient déjà signalé leur intention d'attaquer la dépendance de la Russie en signant un projet de gazoduc entre la Croatie et la Bosnie - qui dépend pour l'heure à 100% des livraisons russes, ainsi que plusieurs centrales électriques au gaz, pour un total d'1,5 milliard de dollars. Porté par une société, AAFS Infrastructure and Energy, dirigée par Jesse Binnall, ancien avocat de Trump, et Joseph Flynn, frère de l'ancien conseiller à la sécurité nationale du président américain Michael Flynn, le projet a immédiatement suscité des inquiétudes à Bruxelles et parmi les ONG de défense de l'environnement.
Ce qui n'a pas empêché la Croatie, membre de l'UE, de signer en avril, à l'occasion du sommet de l'Initiative des Trois Mers à Dubrovnik, un mémorandum d'accord sur ce gazoduc. Présent à Dubrovnik, le secrétaire américain à l'Énergie, Chris Wright, a vanté le "Trump Peace Pipelines Framework" - un plan visant à développer les infrastructures énergétiques en Europe centrale et orientale.
Réserves ukrainiennes
Son potentiel n'a pas non plus échappé à Kiev. L'opérateur ukrainien de stockage souterrain, Ukrtransgaz, a présenté plus tôt cette année une analyse montrant qu'un acheminement depuis le terminal GNL de Croatie serait la route la moins chère pour approvisionner le pays. Dotée de l'un des plus grands réseaux de stockage souterrain de gaz d'Europe, en grande partie hérité de l'ère soviétique, l'Ukraine pourrait aussi contribuer à résoudre un problème clé de stockage pour la Croatie.
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky et le Premier ministre croate Andrej Plenkovic se sont déjà rencontrés cette année pour discuter d'approvisionnement et de stockage d'énergie. Avec un trajet plus court, et moins de frontières - donc des coûts de transit plus faibles pour l'Ukraine - que les options actuelles via la Grèce ou la Pologne, Krk pourrait devenir une véritable porte d'entrée concurrente à travers les Balkans.
"Mais cela ne veut rien dire si la Croatie n'a pas la capacité nécessaire" de gazoducs, avertit Ivan Fugas, en soulignant la nécessité de moderniser le terminal existant pour répondre à la demande.
En attendant, l'offensive américaine en Europe se révèle lucrative pour Washington : le GNL américain reste l'option d'approvisionnement la plus coûteuse pour l'Europe, selon l'IEEFA.