Re: nucleaire japonais
Publié : 26 juil. 2011, 22:30
A propos de Monju, sa remarquable tuyauterie, son plutonium, sa propagande :
Source : témoignage de M. Hirado NORIO, technicien chaudronnier, rédigé en 1996 (mort du cancer en 1997)L’accident de Monju
Le 8 décembre 1995 à Kouga du département de Fukui, il y a eu un accident grave, une fuite de sodium dans le surrégénérateur de Monju, du Centre de recherche des réacteurs et des combustibles nucléaires. Ca faisait déjà plusieurs fois qu’on avait des accidents à Monju. D’ailleurs, on m’a appelé au chantier de Monju, 6 fois, car mes anciens subordonnés y sont devenus directeurs ou superviseurs ou ouvriers de la construction de Monju et ils m’appelaient chaque fois qu’ils avaient des problèmes. A l’époque, j’avais déjà pris ma retraite, mais je ne pouvais pas laisser tomber car je savais que même un seul accident est inacceptable dans les centrales nucléaires.
Un jour, on m’a donc demandé de venir au chantier de Monju, car ils n’arrivaient pas à emboîter les tuyaux. En arrivant, j’ai bien constaté que tous les tuyaux qui sont préfabriqués comme ceux qui sont faits sur commande étaient de la bonne taille et installés en respectant le plan. Mais ils ne pouvaient tout de même pas les emboîter. J’ai beaucoup réfléchi mais je n’arrivais pas à trouver la cause. En cherchant toute la nuit, j’ai enfin compris. Monju était construit par plusieurs fabricants comme Hitachi, Toshiba, Mitsubishi et Fuji. Et chaque fabricant employait des normes de plan différentes.
Pour dessiner les plans, chez Hitachi où j’ai travaillé, on négligeait moins que 0,5mm. Mais chez Toshiba et Mitsubishi, on l’arrondissait à la valeur supérieure. Et chez Nihongenken on arrondissait à la valeur inférieure. Ce n’est que 0,5mm, mais quand il y a 100 fois, ça fait une grande différence. C’est pour cela qu’on ne pouvait pas emboîter les tuyaux bien que tous respectaient le plan.
Comme ça n’allait pas, on leur a fait refaire des pièces. C’était le prestige du pays qui était en jeu. Pour ça, on ne dépensait jamais trop d’argent.
Pourquoi une telle chose est arrivée? Parce que chaque entreprise gardait ses savoir-faire et ses propres informations. Ils n’ont pas discuté pour se mettre d’accord sur la façon de traiter ces 0,5mm, pour garder leurs secrets. Je suppose aussi qu’ils n’ont rien non plus discuté sur le thermomètre qui a été la cause directe de l’accident de 1995.
Dans n’importe quel ensemble industriel, on installe le même type de thermomètre dans les tuyauteries. Mais je n’ai jamais vu de thermomètre qui était aussi long que celui de Monju. Je suis sûr qu’il y avait quelqu’un qui avait remarqué que c’était dangereux au moment de la construction. Mais il n’a rien dit car ce n’était pas son entreprise qui s’en occupait et il n’en était pas responsable.
Le fabricant du surrégénérateur était formé d’une équipe composite comme le Centre de recherche, lui même était une équipe composite des compagnies d’électricité. Dans une condition pareille, l’accident est inéluctable. Je ne vois pas comment ça ne pouvait pas arriver.
Ce qui est encore incroyable, c’est que le gouvernement ne le reconnaît toujours pas comme un accident bien que ça a été un accident très grave. Il a expliqué que «il y a eu un phénomène» comme pour l’accident de la centrale de Mihama. Peu après l’accident de Monju, j’ai été appelé par le Conseil Général de Fukui. Dans le département, on compte 15 réacteurs nucléaires. Ce sont les députés du parti Libéral-Démocrate qui les ont acceptés et je leur disais toujours «S’il y a un accident, ce sera de votre faute. Ceux qui étaient contre le nucléaire ne sont pas responsables». Et bien cette fois-ci, ils m’ont demandé conseil en disant «Cette fois, on a décidé de se battre contre le Centre de recherche. On ne peut plus fermer les yeux».
Je leur ai dit d’abord «C’est un accident. Il ne faut pas se laisser duper par le mot phénomène». A la télévision, au moment du compte rendu fait par le Centre de recherche au Conseil Général, le porte-parole du Centre a employé le mot «le phénomène de cette fois-ci», et aussitôt un député a crié «Non, c’est un accident!». Mais, si on n’avait rien dit, le Centre et le gouvernement l’auraient passé comme un simple phénomène. Non seulement les riverains, mais aussi tout le monde doit faire attention à ce mot qui présente les choses à la légère.
Les peuples comprennent les choses d’une façon complètement différente selon qu’on dit un accident ou un phénomène. C’est parce que le gouvernement joue avec les mots que le peuple japonais n’est pas sensible au risque d’accident nucléaire, c’est une tromperie
Le plutonium japonais dans les armes nucléaires françaises?
Le plutonium qu’on utilise dans le surrégénérateur de Monju est extrait, sur commande du Japon, à partir du recyclage effectué en France. Le recyclage du combustible nucléaire consiste à extraire du plutonium des déchets d’uranium, déjà brûlés dans les centrales. Le plutonium est une matière que l’on peut produire uniquement de manière artificielle.
A Monju, on utilise environ 1,4 tonnes de plutonium (à la fois dans le réacteur). La bombe de Nagasaki contenait environ 8kg de plutonium. Alors, combien de bombes nucléaires peut-on produire à partir du plutonium de Monju? Le plutonium est une matière très dangereuse qui est capable de provoquer le cancer des poumons à partir de quantités très faibles. Sa demi-vie radioactive est de 24.000 ans, presque l’éternité (pour nous). C’est ainsi que l’on a choisi le mot Pluton: le nom du roi des Enfers, pour sa racine. On a bien raison de le considérer comme la matière la plus dangereuse du monde.
Mais combien de gens savent qu’il y a une grande probabilité pour que le plutonium japonais ait été utilisé dans les essais nucléaires français effectués dans le Pacifique Sud jusqu’en 1995? Dans le centre de recyclage français, ils ne distinguent pas le plutonium destiné aux armes nucléaires du plutonium à utiliser dans les centrales. C’est donc quasiment sûr que du plutonium japonais a été utilisé dans les essais nucléaires.
C’est la raison pour laquelle le gouvernement japonais ne pouvait pas déclarer ouvertement son opposition contre les essais nucléaires français. Si le Japon voulait arrêter la France, c’était très facile. Il lui suffisait de renoncer au contrat de recyclage. Mais il n’en a rien fait.
Le marché du recyclage nucléaire prend la deuxième place dans l’ensemble des transactions commerciales entre ces deux pays. A quoi cela sert de crier «non aux essais nucléaires» sans savoir cette réalité? Le Japon avance son statut de seul pays irradié. Mais nous avons certainement contribué indirectement à irradier les habitants de Tahiti et à contaminer l’Océan Pacifique.
La communauté internationale a déjà abandonné le plutonium. Il n’y a que le Japon qui persiste à essayer de produire de l’électricité avec une matière si dangereuse. Ils essaient maintenant d’utiliser le combustible MOX, mélange d’uranium et de plutonium, dans les réacteurs ordinaires. Mais c’est excessivement dangereux, c’est un peu comme brûler de l’essence dans un chauffage à fioul. Les centrales n’ont pas été conçues pour brûler du plutonium. La fission nucléaire du plutonium dégage beaucoup plus d’énergie que celle de l’uranium. C’est pour cette raison qu’on l’utilise pour fabriquer la bombe atomique.
Le Japon est un pays qui ne possède pas beaucoup de ressources énergétiques naturelles. Mais cela ne justifie pas une telle erreur. Si l’on n’arrête pas les centrales nucléaires, si l’on n’abandonne pas le plutonium, le nombre des gens irradiés va augmenter partout dans le monde.
Le Japon qui n’ose pas interrompre le projet
Dans le monde, le temps de l’énergie nucléaire est bientôt terminé. En février 1996, les Etats-Unis ont déclaré leur projet de diminuer le nombre de centrales nucléaires américaines de moitié d’ici 2015. Le président a également ordonné d’arrêter l’extraction du plutonium. Il est si redoutable qu’ils ont arrêté même les recherches scientifiques.
Les Etats-Unis, comme l’Angleterre et l’Allemagne, ont déjà arrêté les centrales surrégénératrices où l’on brûle du plutonium comme celle de Monju. L’Allemagne a stoppé celle qu’elle avait achevée (Kalkar) et a construit un parc de loisir (Wunderland) à la place. La plupart des pays ont renoncé car ils ont compris que c’est impossible de produire de l’électricité à partir du plutonium. Le gouvernement japonais doit savoir qu’il a commis une erreur. Mais il n’a pas encore abandonné le plutonium. Il a même annoncé la reprise du projet.
Pourquoi le Japon n’abandonne pas? Parce que c’est un pays qui n’a pas assez de courage pour interrompre les projets déjà votés. C’est vraiment dangereux, mais je peux vous donner beaucoup d’exemples montrant ce caractère du gouvernement.