Le chauffage électrique, c'est 30 000 MW cette semaine, soit plus de 30% de la consommation de pointe.
Compare la courbe de charge d'hier avec celle de septembre si tu veux t'en convaincre.
Tu ne dis pas non plus d'où viennent tes chiffres. Par rapport à septembre, il n'y a pas que le chauffage électrique, il y a aussi plus d'éclairage, et peut-être un peu plus de cuisson (tendance à cuisiner plus et à manger un peu plus tôt en hiver ?). Mais c'est vrai que sur 39 GW de plus entre la pointe du 15/09/08 et celle du 07/01/09, le chauffage électrique est responsable d'une grande part. 30 GW ? Possible, mais j'aimerais bien une source...
Soit dit en passant, Gadonneix dit que ce n'est pas le chauffage électrique qui fait le pic, mais l'électroménager. C'est quand même assez tordu comme explication. Mon décryptage :
1) il est vrai que le chauffage électrique fait plus une base qu'un pic, parce qu'il fonctionne de façon relativement régulière sur 24 heures. c'est notamment pour ça que le 7 janvier, on n'est pas descendu en-dessous de 76000 MW à 4 h du matin. Cette valeur est bien supérieure au
pic de consommation d'un mois de septembre (53 500 MW au 15/09/08 par exemple). Et c'est bien parce que le chauffage électrique produit cette base très élevée que, quand les français allument la télé, la machine à laver et les plaques de cuisson, ça fait un record. Donc le chauffage électrique ne fait pas le sommet du pic, mais la base du pic. Il n'y aurait pas de record s'il n'y avait pas une telle puissance appelée par le chauffage électrique. Compte tenu que, tous les autres soirs de l'année, les français allument aussi leur électroménager, produisant un pic de même forme mais plus bas de plusieurs dizaines de GW,
c'est bien le chauffage électrique qui est responsable du record.
2) Pour 30 % des ménages qui sont chauffés à l'électrique, presque toute la consommation qui passe dans l'éclairage et l'électroménager finit sous forme de chaleur dans la pièce, ce qui économise d'autant le chauffage (les thermiciens parlent d'apports gratuits, même si ce n'est pas gratuit financièrement !). Si on allume le four à 18h30, ça fait un radiateur qui ne démarre pas car le four suffit à chauffer la pièce. Donc la consommation de l'électroménager n'est pas une consommation perdue, et son appel de puissance ne se rajoute que très partiellement à celui du chauffage électrique, pour les 30 % de ménages chauffés à l'électrique.
3) il y a quand même pas mal de français qui, pour économiser, baissent le chauffage quand ils partent de chez eux le matin (soit manuellement, soit c'est programmé dans la régulation du prétendu "chauffage central électrique"). Ca fait quand même pas mal de français qui, rentrant chez eux vers 17 h, 18 h ou 19 h, remontent le chauffage. Or, si un radiateur électrique fonctionne assez peu souvent dans une pièce à température, il fonctionne presque en continu lorsqu'il faut remonter en température. Petit calcul : si 8 millions de ménages ont 5 kW en moyenne de chauffage électrique installé, ça fait 40 GW installés. Supposons que le 7 janvier dernier, à 17 heures, à température constante, les chauffages électriques ne fonctionnent en moyenne que la moitié du temps : ça fait 20 GW appelés, car les appels de puissance sont foisonnés. Supposons qu'à 19 heures, une proportion importante de gens ayant remonté la consigne du chauffage récemment, on ait les quatre cinquièmes des chauffages qui fonctionnent en même temps : ça fait 32 GW appelés. Une différence de 12 GW du fait que les gens avaient baissé les radiateurs pendant la journée ! Mon calcul est à l'emporte-pièce mais ne doit pas être très très loin de la réalité. Donc le chauffage électrique fait plus que de la base, il fait aussi de la pointe.
4) bien évidemment, en hiver à 19 heures, il n'y a plus d'apports solaires et la température est en train de chuter. Même si les gens n'avaient pas baissé leurs radiateurs en journée, de fait, il faut plus de puissance de chauffage à 19 h qu'à 14 heures ! Donc il y a déjà une augmentation naturelle de la puissance appelée quand le froid de la nuit s'installe, et c'est sur cette augmentation naturelle que se greffe le fait qu'il faut, de plus, remonter la température, baissé dans la journée par économie.
5) le cas des pompes à chaleur. En principe, COP de 3 ou 4 : ça signifie qu'un compresseur de 3 kW électrique fournit 9 à 12 kW de chaleur dans la maison (les 6 à 9 kW supplémentaires ne venant pas de nulle part, mais étant pris dans l'air ou dans la terre de surface, soit,
in fine, de la chaleur solaire ! Eh oui, une pompe chaleur fonctionnant sur l'air ou sur capteurs horizontaux est une forme de capteur solaire).
Déjà, comme pour le chauffage électrique classique, le compresseur tourne bien plus souvent quand il fait froid, et encore plus en fin de journée quand il doit remonter pour atteindre la consigne "confort", si on a programmé du "réduit" en journée.
Mais en plus, dans un certain nombre de pompes à chaleur, notamment les air/eau, il y a une résistance électrique pour compléter le chauffage, quand le compresseur pédale dans la semoule. Car on sait que sur une pompe sur air, le COP chute en dessous de 3°C, car elle doit faire des cycles inversés pour dégivrer la condensation sur l'échangeur. Donc, avec une température comme celles du 7 janvier, la résistance est allumée. Typiquement, la résistance fait 6 kW. Donc, quand il fait froid, au lieu d'appeler 3 kW (compresseur seul), la pompe à chaleur appelle temporairement 9 kW (compresseur plus résistance). Trois fois plus ! Sur l'année l'utilisateur trouvera sa facture d'électricité très raisonnable. Mais quand il fait très froid, l'appel de puissance, lui, n'est pas raisonnable !
Je ne sais pas quelle proportion de PAC est équipée de résistance, et je n'ai donc pas idée de la contribution que ça peut avoir au pic de consommation hivernal. Mais ce n'est sans doute pas négligeable.