Publié : 10 mai 2007, 10:43
un article interessant qui vient d'agrapresse : http://www.agrapresse.fr/init.jsp?typeP ... rtid=56268
Quand la mer Noire s’éveillera…
Les pays riverains de la mer Noire seront-ils bientôt les champions du monde des grandes cultures ? C’est bien possible. Avec 460 millions d’hectares de terres agricoles, les pays de la mer Noire supplantent largement les 200 millions d’hectares de leurs voisins d’Europe occidentale. Constituée en grande partie de sols de bonne qualité, cette surface place potentiellement l’Ukraine, la Russie et le Kazhakstan dans les principaux producteurs mondiaux de matières premières agricoles. Ce qui donne à la zone un intérêt stratégique. Pour preuve, créée voici quatre ans, la conférence internationale sur les grains de la mer Noire qui s’est déroulée à Kiev le 19 avril n’a jamais eu autant de succès. Les besoins alimentaires mondiaux ne cessent de croître… Et les Etats ayant lancé des politiques incitatives en matière d’éthanol ou de biodiesel n’ont pas tous les moyens de les produire. Longtemps challengers, les pays de la mer Noire pourraient progressivement répondre à ces besoins et gagner les galons de leaders sur les marchés mondiaux des céréales et des oléagineux. Impossible en tout cas de les négliger.
Les céréaliers européens se souviennent non sans frémir de 2001. Cette année-là, l’Union européenne s’est véritablement rendu compte du potentiel agricole des pays de la mer Noire. Avec une récolte de blé de 80,6 Mt dont 13,9 Mt exportées, cette nouvelle concurrence avait de quoi inquiéter les producteurs des Quinze. Bruxelles a rapidement mis en œuvre des quotas d’importation pour limiter les ravages de ces céréales peu chères sur le marché intra-européen. Ce qui n’a pas empêché la zone de poursuivre son développement en partant à la conquête de nouveaux clients. Six ans après, les pays de la mer Noire produisent plus, mieux et vendent avec davantage de profit. En juillet 2001, par exemple, une tonne de blé ukrainien destiné à l’alimentation animale valait 80 dollars… Contre 170 dollars début 2007 ! La donne a changé : porté par la demande en biocarburants et par des besoins alimentaires toujours croissants, le marché mondial des matières premières agricoles s’est tendu. Même l’Europe, guidée par ses propres besoins en biocarburants, n’affiche plus la même volonté exportatrice.
L’offre n’équilibre déjà plus vraiment la demande
A l’exception de 2004, le marché des céréales est devenu structurellement déficitaire. « L’éthanol arrive en supplément dans un contexte où les disponibilités sont déjà très réduites », signalait Ludwig Striewe, chef du département économie chez Toepfer international, lors de la conférence internationale sur les grains de la mer Noire, qui s’est déroulée le 19 avril à Kiev. Les oléagineux s’acheminent vers la même structure de marché. Selon le département américain de l’Agriculture, la production mondiale ne dépasse que très légèrement les besoins sur 2006/2007 : 403 Mt de graines produites pour 397 Mt consommées, et 123 Mt d’huile fabriquées pour 122 Mt consommées.
Le déficit va se creuser
Et à l’avenir, les tensions sur les marchés mondiaux ne peuvent que croître. Comme l’expliquent la FAO et l’OCDE dans le rapport sur les perspectives agricoles 2006-2015, la hausse des revenus par habitant, la croissance économique et l’urbanisation galopante feront progresser les besoins des pays en développement en produits animaux et en aliments du bétail. Mais le contexte pédoclimatique difficile, le manque de terre et la démographie haussière constituent autant de facteurs défavorables à la production dans ces pays. Ils devront donc augmenter leurs importations. En oléagineux, l’OCDE et la FAO estiment que les besoins de la Chine, qui a très fortement investi dans des capacités de trituration et conforterait sa position de premier importateur mondial, devraient également accroître la demande. « D’ici à 2014/2015, les besoins de la planète en huile et en graisse végétales grimperaient de plus de 60 millions de tonnes », estime Ludwig Striewe. Les besoins de l’oléochimie progresseraient sur cette période de 111 %, pour atteindre 38 Mt, restant largement inférieurs aux besoins alimentaires, qui monteraient à 165 Mt (32 % de hausse).
Le pouvoir dans les mains des producteurs
Honneur est donc fait aux pays à fort potentiel de production. Bien sûr, les Etats de la mer Noire ne sont pas les seuls à entrer dans cette catégorie. Mais là où le Brésil a choisi de s’orienter vers la commercialisation de produits transformés (viande, sucre, biocarburants), ils en restent aux matières premières brutes, destinées indifféremment aux marchés alimentaire ou énergétique. Leur position stratégique leur est donnée en partie par l’émergence des biocarburants, à l’origine de la saturation de la demande. « D’une certaine façon, les subventions données dans les pays désireux de développer les biocarburants soutiennent l’agriculture de ces Etats », analyse avec un peu de provocation Ludwig Striewe.
Un très fort potentiel en terres
Premier atout de la zone : les disponibilités en terres. « De 1995 à 2006, les surfaces ensemencées en Russie se sont réduites de près de 10 millions d’hectares, tombant à 54 millions d’hectares », signalait à Kiev le 19 avril Vladimir Petrichenko, de WJ Interagro. Abandonnées faute d’intérêt économique, ces terres peuvent facilement revenir dans le circuit agricole. En Ukraine, 41,8 millions d’hectares sont disponibles contre 18 millions d’hectares seulement en France, premier pays agricole de l’Europe. Et 40 % de cette surface est constituée de ce fameux tchernozium, terre noire à fort potentiel agronomique. Au Kazhakhstan, les surfaces exploitables atteignent 220 millions d’hectares. Un gisement gigantesque.
Des rendements qui ne demandent qu’à grimper
Second atout de ces pays : leur potentiel de progrès sur le plan technique. Selon Ukragroconsult, société spécialisée dans l’analyse des marchés de l’est de l’Europe, les rendements ukrainiens moyens seraient de 26,5 q/ha en blé et 35,3 q/ha en maïs pour la récolte 2007. Des chiffres à comparer à ceux de l’Europe à 27, qui devrait produire en moyenne en 2007 57 q/ha en blé et 68 q/ha en maïs. En Russie, les rendements moyens sont encore plus faibles qu’en Ukraine. De 15,6 q/ha en blé en 2000, ils pourraient atteindre 21 q/ha en 2010. Une meilleure réflexion sur les intrants pourrait permettre d’améliorer ces chiffres. Le rendement moyen des céréales russes était en 1990 de 18,8 q/ha pour 81 kg d’engrais apporté à l’hectare. Or en 2006, les exploitants n’épandaient plus que 31 kg/ha d’engrais pour une productivité identique.
Une forte sensibilité aux besoins du marché
Troisième atout que les pays de la mer Noire ont dans leur manche : leur réactivité par rapport aux signaux du marché. L’Ukraine a fait passer ses surfaces de colza de moins de 50 000 hectares en 1995 à près de 600 000 hectares en 2006, et en 2007, elles monteraient à 1,2 million d’hectares selon Ukragroconsult. Objectif : fournir l’Europe en graines de colza pour satisfaire ses besoins en biodiesel. Pour répondre aux besoins du marché, les producteurs ont également réduit la sole de tournesol au profit du maïs. « Largement utilisée dans la fabrication d’éthanol, la céréale est aujourd’hui plus rentable que le tournesol », observait Sergey Feofilov, directeur de Ukragroconsult, le 19 avril. Le marché du tournesol n’est pas perdu pour autant. Devant la défection de son voisin, la Russie est en passe d’accroître considérablement ses surfaces. « Depuis 2003, nous observons que le tournesol est presque deux fois plus rentable pour les producteurs que les céréales », analyse Vladimir Petrichenko.
S’ils s’y intéressent de près, les pays de la mer Noire n’ont toutefois pas vraiment d’illusion sur les biocarburants : « L’intérêt pour des produits traditionnels comme l’éthanol et le biodiesel ne durera peut-être pas plus de cinq ans, évalue Dimitri Rylko, directeur général d’Ikar, institut russe d’études de marché agricole. Mais c’est une opportunité, pour le moment. » Les sociétés d’exportation veulent en tout cas se maintenir sur tous les débouchés. « Elles se montrées particulièrement agressives pour pénétrer les marchés de l’Egypte, du Pakistan, de l’Inde », indique Dimitri Rylko.
Quand la mer Noire s’éveillera…
Les pays riverains de la mer Noire seront-ils bientôt les champions du monde des grandes cultures ? C’est bien possible. Avec 460 millions d’hectares de terres agricoles, les pays de la mer Noire supplantent largement les 200 millions d’hectares de leurs voisins d’Europe occidentale. Constituée en grande partie de sols de bonne qualité, cette surface place potentiellement l’Ukraine, la Russie et le Kazhakstan dans les principaux producteurs mondiaux de matières premières agricoles. Ce qui donne à la zone un intérêt stratégique. Pour preuve, créée voici quatre ans, la conférence internationale sur les grains de la mer Noire qui s’est déroulée à Kiev le 19 avril n’a jamais eu autant de succès. Les besoins alimentaires mondiaux ne cessent de croître… Et les Etats ayant lancé des politiques incitatives en matière d’éthanol ou de biodiesel n’ont pas tous les moyens de les produire. Longtemps challengers, les pays de la mer Noire pourraient progressivement répondre à ces besoins et gagner les galons de leaders sur les marchés mondiaux des céréales et des oléagineux. Impossible en tout cas de les négliger.
Les céréaliers européens se souviennent non sans frémir de 2001. Cette année-là, l’Union européenne s’est véritablement rendu compte du potentiel agricole des pays de la mer Noire. Avec une récolte de blé de 80,6 Mt dont 13,9 Mt exportées, cette nouvelle concurrence avait de quoi inquiéter les producteurs des Quinze. Bruxelles a rapidement mis en œuvre des quotas d’importation pour limiter les ravages de ces céréales peu chères sur le marché intra-européen. Ce qui n’a pas empêché la zone de poursuivre son développement en partant à la conquête de nouveaux clients. Six ans après, les pays de la mer Noire produisent plus, mieux et vendent avec davantage de profit. En juillet 2001, par exemple, une tonne de blé ukrainien destiné à l’alimentation animale valait 80 dollars… Contre 170 dollars début 2007 ! La donne a changé : porté par la demande en biocarburants et par des besoins alimentaires toujours croissants, le marché mondial des matières premières agricoles s’est tendu. Même l’Europe, guidée par ses propres besoins en biocarburants, n’affiche plus la même volonté exportatrice.
L’offre n’équilibre déjà plus vraiment la demande
A l’exception de 2004, le marché des céréales est devenu structurellement déficitaire. « L’éthanol arrive en supplément dans un contexte où les disponibilités sont déjà très réduites », signalait Ludwig Striewe, chef du département économie chez Toepfer international, lors de la conférence internationale sur les grains de la mer Noire, qui s’est déroulée le 19 avril à Kiev. Les oléagineux s’acheminent vers la même structure de marché. Selon le département américain de l’Agriculture, la production mondiale ne dépasse que très légèrement les besoins sur 2006/2007 : 403 Mt de graines produites pour 397 Mt consommées, et 123 Mt d’huile fabriquées pour 122 Mt consommées.
Le déficit va se creuser
Et à l’avenir, les tensions sur les marchés mondiaux ne peuvent que croître. Comme l’expliquent la FAO et l’OCDE dans le rapport sur les perspectives agricoles 2006-2015, la hausse des revenus par habitant, la croissance économique et l’urbanisation galopante feront progresser les besoins des pays en développement en produits animaux et en aliments du bétail. Mais le contexte pédoclimatique difficile, le manque de terre et la démographie haussière constituent autant de facteurs défavorables à la production dans ces pays. Ils devront donc augmenter leurs importations. En oléagineux, l’OCDE et la FAO estiment que les besoins de la Chine, qui a très fortement investi dans des capacités de trituration et conforterait sa position de premier importateur mondial, devraient également accroître la demande. « D’ici à 2014/2015, les besoins de la planète en huile et en graisse végétales grimperaient de plus de 60 millions de tonnes », estime Ludwig Striewe. Les besoins de l’oléochimie progresseraient sur cette période de 111 %, pour atteindre 38 Mt, restant largement inférieurs aux besoins alimentaires, qui monteraient à 165 Mt (32 % de hausse).
Le pouvoir dans les mains des producteurs
Honneur est donc fait aux pays à fort potentiel de production. Bien sûr, les Etats de la mer Noire ne sont pas les seuls à entrer dans cette catégorie. Mais là où le Brésil a choisi de s’orienter vers la commercialisation de produits transformés (viande, sucre, biocarburants), ils en restent aux matières premières brutes, destinées indifféremment aux marchés alimentaire ou énergétique. Leur position stratégique leur est donnée en partie par l’émergence des biocarburants, à l’origine de la saturation de la demande. « D’une certaine façon, les subventions données dans les pays désireux de développer les biocarburants soutiennent l’agriculture de ces Etats », analyse avec un peu de provocation Ludwig Striewe.
Un très fort potentiel en terres
Premier atout de la zone : les disponibilités en terres. « De 1995 à 2006, les surfaces ensemencées en Russie se sont réduites de près de 10 millions d’hectares, tombant à 54 millions d’hectares », signalait à Kiev le 19 avril Vladimir Petrichenko, de WJ Interagro. Abandonnées faute d’intérêt économique, ces terres peuvent facilement revenir dans le circuit agricole. En Ukraine, 41,8 millions d’hectares sont disponibles contre 18 millions d’hectares seulement en France, premier pays agricole de l’Europe. Et 40 % de cette surface est constituée de ce fameux tchernozium, terre noire à fort potentiel agronomique. Au Kazhakhstan, les surfaces exploitables atteignent 220 millions d’hectares. Un gisement gigantesque.
Des rendements qui ne demandent qu’à grimper
Second atout de ces pays : leur potentiel de progrès sur le plan technique. Selon Ukragroconsult, société spécialisée dans l’analyse des marchés de l’est de l’Europe, les rendements ukrainiens moyens seraient de 26,5 q/ha en blé et 35,3 q/ha en maïs pour la récolte 2007. Des chiffres à comparer à ceux de l’Europe à 27, qui devrait produire en moyenne en 2007 57 q/ha en blé et 68 q/ha en maïs. En Russie, les rendements moyens sont encore plus faibles qu’en Ukraine. De 15,6 q/ha en blé en 2000, ils pourraient atteindre 21 q/ha en 2010. Une meilleure réflexion sur les intrants pourrait permettre d’améliorer ces chiffres. Le rendement moyen des céréales russes était en 1990 de 18,8 q/ha pour 81 kg d’engrais apporté à l’hectare. Or en 2006, les exploitants n’épandaient plus que 31 kg/ha d’engrais pour une productivité identique.
Une forte sensibilité aux besoins du marché
Troisième atout que les pays de la mer Noire ont dans leur manche : leur réactivité par rapport aux signaux du marché. L’Ukraine a fait passer ses surfaces de colza de moins de 50 000 hectares en 1995 à près de 600 000 hectares en 2006, et en 2007, elles monteraient à 1,2 million d’hectares selon Ukragroconsult. Objectif : fournir l’Europe en graines de colza pour satisfaire ses besoins en biodiesel. Pour répondre aux besoins du marché, les producteurs ont également réduit la sole de tournesol au profit du maïs. « Largement utilisée dans la fabrication d’éthanol, la céréale est aujourd’hui plus rentable que le tournesol », observait Sergey Feofilov, directeur de Ukragroconsult, le 19 avril. Le marché du tournesol n’est pas perdu pour autant. Devant la défection de son voisin, la Russie est en passe d’accroître considérablement ses surfaces. « Depuis 2003, nous observons que le tournesol est presque deux fois plus rentable pour les producteurs que les céréales », analyse Vladimir Petrichenko.
S’ils s’y intéressent de près, les pays de la mer Noire n’ont toutefois pas vraiment d’illusion sur les biocarburants : « L’intérêt pour des produits traditionnels comme l’éthanol et le biodiesel ne durera peut-être pas plus de cinq ans, évalue Dimitri Rylko, directeur général d’Ikar, institut russe d’études de marché agricole. Mais c’est une opportunité, pour le moment. » Les sociétés d’exportation veulent en tout cas se maintenir sur tous les débouchés. « Elles se montrées particulièrement agressives pour pénétrer les marchés de l’Egypte, du Pakistan, de l’Inde », indique Dimitri Rylko.



