Publié : 20 janv. 2006, 20:42
La forte augmentation des cours du gaz favorise le retour en grâce de la filière charbon
Dans l'indifférence générale, le monde traverse un "choc gazier" qui aura d'importantes retombées sur les choix énergétiques des grands pays consommateurs. C'est la conclusion de nombreux experts, qui pointent davantage la flambée des cours du nouvel "or bleu" que la récente crise russo-ukrainienne. Même si cette source d'énergie va prendre une part croissante dans la consommation énergétique et dans la production électrique, ce choc va refroidir l'enthousiasme des opérateurs qui misaient sur cet hydrocarbure moins polluant que le charbon et le pétrole.
Il y a une quinzaine d'années, son prix était de 2,50 dollars par million de btu (British Thermal Units) en Europe et de 1,50 dollar aux Etats-Unis. Ces trois derniers mois, il a oscillé entre 10 et 15 dollars sur les marchés au comptant ("spot"), l'équivalent de 60 à 100 dollars le baril de brut ! S'il est retombé sous la barre des 10 dollars à New York, "le monde est sans doute confronté à un choc gazier", juge Olivier Appert, le président de l'Institut français du pétrole (IFP).
La persistance de prix élevés devrait pousser certains pays à repenser leur "mixte énergétique", puisqu'il est facile de substituer d'autres énergies au gaz pour produire du courant, contrairement au pétrole, qui est vital dans le secteur des transports. En dépit de l'hostilité d'une partie de l'opinion pour l'atome et des fortes émissions de CO2 générées par la houille, "cela conduit à réévaluer les perspectives électriques, notamment la place du nucléaire et du charbon", souligne M. Appert.
Le choc risque d'être très rude pour les Etats-Unis, qui "brûlent" 25 % du gaz de la planète. Les réserves s'épuisent, les prix longtemps bas flambent, et les capacités d'importation de gaz naturel liquéfié (GNL) sont insuffisantes. Ce manque d'installations a poussé Suez à prévoir la construction d'un terminal de regazéification aux larges des côtes américaines de Nouvelle-Angleterre. Dès 2008, quand le GNL de Sakhaline, puis celui de la mer de Barents commenceront à être commercialisés, les Américains seront dépendants de la production du géant russe Gazprom.
De son côté, la Chine prévoit de porter de 2,5 % à 10 % en 2 025 la part du gaz dans son bilan énergétique. "L'industrie du gaz a un vaste potentiel de développement, surtout dans les treize provinces côtières en plein développement", note Igor Darbo, représentant à Pékin de Cifal, une société de commerce et d'expertise. Elle compte avoir, en 2020, un "réseau intégré d'approvisionnement" lui permettant de réduire la pénurie actuelle et de diminuer la pollution des mégapoles. Mais le charbon, largement dominant (57 % de sa consommation), lui assure une relative indépendance énergétique. La Chine compte multiplier les usines de transformation du charbon en pétrole et en gaz (coal-to-oil) dans les zones minières.
UNE BONNE AFFAIRE POUR ALSTOM
Le renouveau du charbon fait les affaires des fabricants des turbines de centrales électriques (Alstom, Siemens, General Electric...). "Nous détenons près de 25 % du marché mondial, qui offre d'excellentes perspectives, notamment pour les turbines des centrales au charbon", se félicite Patrick Kron, le PDG d'Alstom. Selon des études de son groupe et de Siemens citées par le Financial Times, les carnets de commandes pour les dix ans à venir sont remplis à 40 % par des "projets charbon" (point fort d'Alstom) et à seulement 25 %-30 % pour les turbines gaz.
Protocole de Kyoto ou pas, le charbon connaîtra un retour en grâce. Dans le mémorandum sur une politique européenne de l'énergie, présenté le 24 janvier à Bruxelles, la France va proposer la relance des projets "charbon propre" (séquestration géologique du CO2). Une façon de montrer qu'on peut concilier besoins énergétiques et réduction des émissions de gaz à effet de serre. Mais aussi valoriser l'expertise française de l'IFP et du Bureau de recherches géologiques et minières.
Jean-Michel Bezat
Dans l'indifférence générale, le monde traverse un "choc gazier" qui aura d'importantes retombées sur les choix énergétiques des grands pays consommateurs. C'est la conclusion de nombreux experts, qui pointent davantage la flambée des cours du nouvel "or bleu" que la récente crise russo-ukrainienne. Même si cette source d'énergie va prendre une part croissante dans la consommation énergétique et dans la production électrique, ce choc va refroidir l'enthousiasme des opérateurs qui misaient sur cet hydrocarbure moins polluant que le charbon et le pétrole.
Il y a une quinzaine d'années, son prix était de 2,50 dollars par million de btu (British Thermal Units) en Europe et de 1,50 dollar aux Etats-Unis. Ces trois derniers mois, il a oscillé entre 10 et 15 dollars sur les marchés au comptant ("spot"), l'équivalent de 60 à 100 dollars le baril de brut ! S'il est retombé sous la barre des 10 dollars à New York, "le monde est sans doute confronté à un choc gazier", juge Olivier Appert, le président de l'Institut français du pétrole (IFP).
La persistance de prix élevés devrait pousser certains pays à repenser leur "mixte énergétique", puisqu'il est facile de substituer d'autres énergies au gaz pour produire du courant, contrairement au pétrole, qui est vital dans le secteur des transports. En dépit de l'hostilité d'une partie de l'opinion pour l'atome et des fortes émissions de CO2 générées par la houille, "cela conduit à réévaluer les perspectives électriques, notamment la place du nucléaire et du charbon", souligne M. Appert.
Le choc risque d'être très rude pour les Etats-Unis, qui "brûlent" 25 % du gaz de la planète. Les réserves s'épuisent, les prix longtemps bas flambent, et les capacités d'importation de gaz naturel liquéfié (GNL) sont insuffisantes. Ce manque d'installations a poussé Suez à prévoir la construction d'un terminal de regazéification aux larges des côtes américaines de Nouvelle-Angleterre. Dès 2008, quand le GNL de Sakhaline, puis celui de la mer de Barents commenceront à être commercialisés, les Américains seront dépendants de la production du géant russe Gazprom.
De son côté, la Chine prévoit de porter de 2,5 % à 10 % en 2 025 la part du gaz dans son bilan énergétique. "L'industrie du gaz a un vaste potentiel de développement, surtout dans les treize provinces côtières en plein développement", note Igor Darbo, représentant à Pékin de Cifal, une société de commerce et d'expertise. Elle compte avoir, en 2020, un "réseau intégré d'approvisionnement" lui permettant de réduire la pénurie actuelle et de diminuer la pollution des mégapoles. Mais le charbon, largement dominant (57 % de sa consommation), lui assure une relative indépendance énergétique. La Chine compte multiplier les usines de transformation du charbon en pétrole et en gaz (coal-to-oil) dans les zones minières.
UNE BONNE AFFAIRE POUR ALSTOM
Le renouveau du charbon fait les affaires des fabricants des turbines de centrales électriques (Alstom, Siemens, General Electric...). "Nous détenons près de 25 % du marché mondial, qui offre d'excellentes perspectives, notamment pour les turbines des centrales au charbon", se félicite Patrick Kron, le PDG d'Alstom. Selon des études de son groupe et de Siemens citées par le Financial Times, les carnets de commandes pour les dix ans à venir sont remplis à 40 % par des "projets charbon" (point fort d'Alstom) et à seulement 25 %-30 % pour les turbines gaz.
Protocole de Kyoto ou pas, le charbon connaîtra un retour en grâce. Dans le mémorandum sur une politique européenne de l'énergie, présenté le 24 janvier à Bruxelles, la France va proposer la relance des projets "charbon propre" (séquestration géologique du CO2). Une façon de montrer qu'on peut concilier besoins énergétiques et réduction des émissions de gaz à effet de serre. Mais aussi valoriser l'expertise française de l'IFP et du Bureau de recherches géologiques et minières.
Jean-Michel Bezat