Jeudi a écrit : 28 mars 2021, 14:19
Et c’est ainsi que le progrès est impossible, d’ailleurs il n’y a jamais eu de progrès, ou alors s’il y en a c’est temporaire. J’avais compris Malthus la première fois... Mais comme ça fait deux cents ans que les faits s’obstinent à ignorer ses théories, les chances sont que ça va durer encore deux cent ans -simple principe de médiocrité.
surement pas, une croissance à taux constant correspond à une fonction exponentielle comme tu le sais bien. Une croissance de 2% correspond à un temps de doublement de 35 ans. 200 ans correspondent donc à 6 temps de doublement soit une multiplication de 2^6 = 64 , une approximation raisonnable de la croissance du PIB et de la consommation de ressources par rapport à il y a deux cents ans.
Donc ton raisonnement sur le principe de médiocrité revient à supposer qu'une période de 6 temps de doublement va '"probablement" se poursuivre par 6 autres temps de doublements, soit une nouvelle multiplication par 64 *64 = 4000 environ.
Sauf que malheureusement ce n'est pas une application correcte de ce principe.
La raison est qu'une croissance exponentielle n'est pas distribuée équitablement dans le temps; Si tu as une consommation exponentielle de durée finie, l'essentiel est concentré dans les derniers temps de doublement ; par exemple la moitié est concentrée dans le dernier temps de doublement, et les 3/4 dans les deux derniers. Autrement dit si tu prends "qu hasard" une tonne de charbon ou un être humain, il a une chance maximale d'être extraite ou d'exister dans les derniers temps de doublements. autrement dit l'estimation la plus probable de la durée d'une esponentielle n'est pas sa durée passée, mais quelques temps de doublements.
Ca a été formalisé par certains dont l'astrophysicien Brandon Carter comme "l'argument de l'apocalypse" :
https://fr.wikipedia.org/wiki/Argument_ ... Apocalypse
qui prévoit que l'humanité devrait etre proche (à quelques temps de doublements soit à 75 % de probabilité avant 70 ans) de son extinction (à noter que c'est repris pour des raisons finalement analogues par le discours climatique !!!)
Cet argument me parait solide statistiquement , à part l'idée que l'humanité disparaîtrait "brutalement" : ça revient à prendre comme fonction type une exponentielle qui se termine brutalement par une chute verticale. Il me parait plus plausible de prendre une fonction d'essai "en cloche" (type courbe de Hubbert), et de modifier la prévision en : on a 3 chances sur 4 d'être à moins de 2 temps de doublement du pic (du PIB, consommation de ressource, etc ...).
Et de façon intéressante, une exponentielle s'arrête quand elle rencontre des contre-réactions limitantes. Or on peut penser que ces contre-réactions "commencent à se faire sentir'' lorsqu'on approche du maximum disons à un temps de doublement, car si leur intensité devient telle qu'elles bloquent la croissance à une valeur X, il est plausible de penser qu'elles commencent déjà à se faire sentir à X/2.
Les préoccupations "écologiques" dont tu te fais l'écho sont donc le signe qu'on approche du maximum. Parce qu'inversement, si on était à 6 temps de doublement du maximum de croissance, ça veut dire que les contre-réactions n'auraient que 1/64e de la valeur qu'il faut pour qu'elles bloquent la croissance, soit 1,5 % de cette valeur. Mais si elles n'avaient que 1,5 % de la valeur "bloquante".. on ne devrait même pas s'en apercevoir ni s'en inquiéter.
Donc l'existence même des préoccupations sur la croissance (que tu ne peux pas nier, même si tu n'es pas d'accord avec elles) , sont un autre argument pour dire qu'on n'est probablement plus qu'à quelques temps (et même probablement moins qu'un temps de doublement) de la fin de la croissance.