Bonjour,
GillesH38 a écrit :Par suite sans doute de caractéristiques de l'esprit humain (peut etre que des psychologues pourraient confirmer), j'ai l'impression que nous avons du mal à nous représenter la situation intermédiaire, celle que j'appelle "- 2 % par an".
A l'heure où AgentSmith et Vincent128 s'efforcent d'attirer notre attention sur les abus des experts universels, je vais prendre la précaution de poser certaines choses avant d'essayer de répondre à la question de Gilles.
En premier lieu, je m'interroge sur la représentation qu'a Gilles d'un psychologue. Un bref rappel de la planète Psy ne sera peut-être pas du luxe.
On y trouve trois corps principaux. Celui des psychiatres : Ce sont d'authentiques médecins, ayant après leur doctorat choisi la psychiatrie comme spécialisation. Ils sont, de par leur formation, très organicistes d’approche, et « soignent » en puisant dans un répertoire médicamenteux relativement efficace, en tout cas de plus en plus. (Ils sont les seuls à pouvoir prescrire des médicaments). Celui des psychothérapeutes : psychanalystes et autres. Pour eux, aucune formation nécessaire. Ils « soignent » par l’écoute et le conseil, en se référant (ou pas) à un corpus théorique quelconque. Le pire doit côtoyer le meilleur … Celui des psychologues : Ce sont des diplômés à au moins bac + 5 en psychologie. Ils « soignent » par l’écoute et le conseil, en se référant (normalement) au contenu de leurs études, qui peut être très divers : Psy du travail ou psy clinique, psy sociale, psy du développement, psy cognitive, psychologie de l’enfant, psychophysiologie … Ils sont donc presque toujours spécialisés dans un secteur précis.
Cela dit, pour peu que notre pratique nous confronte à la réalité sociale, et que l’on soit passionné, il ne faut pas, en matière de sciences sociales, trop complexer vis-à-vis des pros.
Références dans leur domaine de spécialité, ils ne sont pas nécessairement à l’aise dès qu’on sort de leur domaine ; la spécialisation prive de perspectives, et les transpositions, surtout si peu conscientes, peuvent mener à des hérésies.
Le concept de représentation est un concept central de la psychologie cognitive. Il en ressort qu’un psychologue cognitiviste serait pour moi le plus légitime à se positionner sur ce questionnement. Je n’ai pas eu l’impression qu’il en traînait un sur ce forum. A défaut, je peux m’essayer à répondre, sous statut amateur.
Qui suis-je ? Je me définis comme un acteur social, généraliste des sciences humaines.
A la base, je suis passionné par l’Homme et la société humaine, ce qui, préadolescent, me faisait dévorer Sigmund Freud, Konrad Lonrenz, Henri Laborit, et d’autres … J’utilise aujourd’hui dans ma pratique ma propre théorie de l’Humain, avec toujours un sentiment de bonne efficacité.
Je me suis retrouvé psychothérapeute amateur très vite, avec quelques jolis succès à mon actif.
Parallèlement, n’ayant pas trop peur de vivre, pressé et chanceux de surcroît, je me suis offert un cursus professionnel sympa en une dizaine de métiers dont beaucoup utilitaires, passant d’ouvrier de base (novice, marine marchande) à employé puis cadre dirigeant. (J’étudiais en travaillant, ce qui me permet de faire valoir aujourd’hui des diplômes de bac+2 à Bac+5 en droit, comptabilité, gestion, psychologie, sociologie).
Pour ce qui nous intéresse, je dispose d’une lourde expérience dans l’accompagnement social et professionnel de personnes en difficulté, en tant qu’accompagnateur, encadrant, et gestionnaire de structure d’accompagnement. J’en retire, outre la mise au point et validation de ma théorie sur l’Humain, une connaissance intéressante du fonctionnement social, ma pratique m’ayant amené à fréquenter les prisons comme les hôpitaux psychiatriques, à siéger dans une C.L.I. (Commission Locale d’Insertion, suivi des allocataires du R.M.I.) ou dans le Conseil d’Administration d’un Lycée … J’ai également une solide pratique de la reprise de structures professionnelles en grandes difficultés en vue de les redresser (de 20 à 300 salariés), et je peux donc parler longuement de la manière dont le stress modifie les comportements humains.
J’ai aujourd’hui 43 ans et me consacre à temps plein à ma fille de bientôt 18 mois.
Ces précautions prises, je tente de répondre à la question de Gilles :
GillesH38 a écrit :J'ai quand meme le sentiment qu'on a du mal à se représenter concrètement cette évolution "lente mais implacable", on prefere se fixer à des images soit ou tout va bien, soit ou c'est l'effondrement brutal. Mais est ce que ce n'est pas une insuffisance de capacité de représentation, plutot qu'une analyse réaliste, qui nous fait penser ça ?
Nos capacités de représentation sont importantes, et en l’espèce, je ne doute pas que chacun sur ce forum sait que le champ des possibles va de « on trouve une énergie de substitution, aussi énergétique, renouvelable, non polluante et on continue … (y a qu’a changer nos paradigmes physico chimiques, hein, qu’est-ce que vous attendez ?), même si la probabilité en est extrêmement mince, à l’extinction de l’espèce, probabilité toute aussi mince. Je ne situe pas pour ma part l’explication de ce constat de « tout va bien » à « effondrement brutal » (Tu caricatures) au niveau de nos capacités de représentation, mais plutôt à nos systèmes d’auto régulation et au fait que la pensée soit orientée par l’action.
Auto régulation : je songe ici à de vieilles théories de psychologie sociale autour de la consistance ou dissonance cognitive : (de 1953 à 1965 : Hovland, Janis, Keilley, Feistinger, Heider etc … que même un boulanger peut connaître), et qui stipulent très grossièrement que l’Homme tend à harmoniser ses dires et ses actes sous peine d’être mal à l’aise.
La pensée orientée par l’action : Si tout va bien, rien à faire, si tout s’effondre, du boulot en perspective, si -2%, on fait quoi ?
Donc, en gros, si des gens ont choisi de ne rien faire, il est naturel que tout aille bien pour eux, ne serait-ce que pour être en cohérence. S’ils ont choisi de se préparer, normal qu’un effondrement aille se produire, hein !
Mais les -2%, non, je ne vois pas !
Attention, je ne prétends pas avoir apporté une réponse exhaustive à ta question, j’apporte juste l’élément qui me paraît le plus explicatif au premier chef. Ne pas croire que le comportement humain soit toujours ça et rien que ça !
Je crois que l’élément que je fournis en réponse contribue de façon importante à ce qui est observé, ni plus, ni moins.
Cela dit, ton approche caricature au même degré que ce que tu critiques.
A moins que l’explication ne réside dans le bon sens populaire, hein, parce que, tes -2%, en terme de probabilités, c’est nettement inférieur à chacune des deux hypothèses déjà citées, et il faut vraiment être déconnecté de la réalité pour ne pas le ressentir au moins inconsciemment…