Énergie renouvelable : L'éolien marin passe à l'ère industrielle
02 Nov 2012 Usine Nouvelle
Les turbines prolifèrent dans l'estuaire de la Tamise. Un ballet de navires assure l'installation des géantes des mers de Siemens pour faire du « London Array » le plus grand parc éolien offshore du monde.
Les blanches falaises de Ramsgate ne sont plus qu'un souvenir quand les premières pales pointent à l'horizon. Vingt miles séparent la petite station balnéaire de l'époque victorienne, à l'est du Kent, du chantier de la plus grande ferme éolienne offshore au monde. D'ici à la fin de l'année, le "London Array" devrait compter 175 éoliennes capables d'alimenter chacune plus de 2 500 foyers.
Alignées en rangées sur une centaine de kilomètres carrés dans l'estuaire de la Tamise, elles seront activées par le vent du sud-ouest, qui souffle avec force et constance, pour générer 600 MW d'électricité, autant qu'une centrale classique. Ce chantier d'un nouveau type, qui s'élève à 2 milliards d'euros, marque le passage de l'éolien offshore à l'ère industrielle.
"On est dans les temps, se félicite Chris Randle, le responsable du projet pour le géant allemand, qui fabrique et installe les turbines. La météo est excellente depuis le début de l'année. Les navires tournent à plein régime. Sans temps mort, assurer la logistique devient un vrai défi !"
Le dernier pieu de fondation a été planté deux semaines plus tôt. Trois navires ont pris en charge, à coups de marteaux hydrauliques, la pose de ces longs tubes d'acier de plusieurs centaines de tonnes, qui plongent jusqu'à 25 mètres de profondeur. Coiffés d'une « pièce de transition » jaune vif qui surplombe la houle d'une quinzaine de mètres, ils attendent leur éolienne. Entre janvier et mi-septembre, 129 turbines ont été installées.
Trente jours pour finaliser une turbine
Au bout d'une rangée, l'une de ces géantes des mers vient de recevoir sa deuxième pale. Près de 60 mètres et 20 tonnes de résine époxy renforcée à la fibre de verre ont été délicatement insérés dans le nez de la nacelle. Un tour de force réalisé par le "MPI Discovery", équipé d'une grue monumentale.
Le navire a planté ses six jambes d'acier coulissantes pour se hisser au-dessus des flots. À son bord, deux équipes de 12 techniciens se relaient 24 heures sur 24. Pas de temps à perdre pour ces opérations en mer particulièrement coûteuses ! Le mât est posé en deux tronçons, puis surmonté par une nacelle de 450 tonnes, à 82 mètres de hauteur. Les trois pâles suivent. Installer une éolienne prend une vingtaine d'heures.
Le "MPI Discovery", comme son alter ego le "MPI Adventure », peut embarquer six éoliennes en pièces détachées. Les navires chargent au port danois d'Esbjerg, approvisionné par les usines de Siemens. Ils sont aidés par deux autres navires plus petits, qui ne transportent qu'une éolienne à la fois, convoyée par barge jusqu'au port de Harwich, au nord de l'estuaire de la Tamise.
À l'écart du chantier, un ancien ferry, le "Wind Ambition", héberge les équipes pour éviter les allers-retours quotidiens avec la côte. Sur le pont inférieur s'entassent conteneurs et pièces détachées. C'est là que, tous les matins, une centaine de techniciens rejoignent le chantier à bord d'une douzaine de navires de transport.
Après installation, chaque turbine mobilise une dizaine de personnes sur une série d'opérations : finalisation de l'assemblage, mise en place de l'électronique de puissance, connexion entre les éléments à la base du mât et ceux dans la nacelle, tests et validation. Plus de trente jours de travail (sans aléas climatiques) sont nécessaires.
Pour l'instant, le "MPI Discovery" pose la troisième pale. Complète, l'éolienne sera connectée à l'une des deux sous-stations électriques de 1 250 tonnes. Deux câbles à 150 000 volts enverront d'ici à la fin de l'année l'électricité sur le réseau national.
Un raccordement qui ne va pas toujours de soi : Siemens s'est vu annuler le 21 octobre une commande de 96 éoliennes faute de certitude quant à la date de connexion d'une ferme au nord de l'Allemagne par l'opérateur de réseau local. Mais ici, pas de crainte : le London Array illuminera la promenade en front de mer de Ramsgate.