fabinoo a écrit :Sur l'incontournabilité de la pomme de terre et des céréales, je ne suis pas d'accord non plus. En tout cas sur le plan nutritionnel.
L'homme a vécu 5 millions d'années sans, et l'homo sapiens environ 200 000 ans sans. On vit très bien sans patates et céréales, et même mieux, à mon avis. A condition d'avoir à la place des aliments équivalents.
C'est là que ça se corse. Quand je dis que ça se corse, c'est au sens propre. Les Corses on très bien vécu (les Sardes de l'intérieur aussi), pendant des milliers d'années, avec quasiment pas de céréales (elles existaient, mais étaient cultivées de manière marginale, comme aliments sacrés destinés aux fêtes religieuses). Sans que cela n'affecte leur survie, puisqu'on y trouve traditionnellement un nombre de centenaires particulièrement élevé (il y a des études en cours sur les supercentenaires (<110 ans) sardes).
Bon, tout ça pour dire que céréales et pdt ne sont pas indispensables à la survie.
Evidemment, là où ça se corse, donc, c'est que pour pouvoir se passer de ces aliments fort pratiques, il faut un climat favorable, et plus que ça : il faut si possible plusieurs climats différents au même endroit (c'est le résultat de mes dernières recherches ultra pointues).
Je m'explique. Dans mon village que je vous ai déjà présenté sur ce forum, les 1600ha de la commune s'échelonent de 100m d'altitude à 1300m environ. 100m, en Corse, ça correspond à un climat quasiment tropical. Dans la plaine du Réginu, la maximale en début octobre doit être dans les 24°, c'est-à-dire la température de Paris en plein été. Les oliviers adorent.
En revanche, à partir de 400m poussent les premiers chataigniers, jusque vers 800m (on est en versant nord), 1100m pour les communes en versant sud. Entre les deux, amandiers, noyers, figuiers, fruitiers divers, vignes poussent remarquablement. Au-dessus, le bétail se démerde l'été dans ce qui correspond à un alpage, et vient rejoindre les porcs dans la chataigneraie et la chênaie en hiver. Dans les quelques lieux un peu plats sur les crêtes, on cultivait du seigle, et les potagers occupent les flancs de colline autour du village. On y cultive beaucoup de légumineuses : fèves, pois chiches, haricots (i fasgioli, qui sont le constituant qui remplace les pdt dans le ragoût corse).
Enfin, tout ça est à mettre au passé.
Toujours est-il que chataigners et amandiers remplacaient très avantageusement les céréales comme base alimentaire, et les haricots remplaçaient les pommes de terre.
Haricots, amandes et chataignes (farine) sont tout aussi facilement stockables que les céréales, et probablement mieux que les pommes de terre.
Notons aussi que j'ai "permaculture 1" de Bill Mollison sous les yeux, et dans la liste d'aliments, il n'y a ni céréales ni pommes de terre. Pour deux raisons je pense : ces aliments sont considérés de trop faible valeur nutritionnelle ; et ils demandent trop de travail eu égard à cette faible qualité.
Evidemment, sur un terrain plat en climat frais, il est plus difficile d'obtenir des aliments d'une telle qualité et d'une telle diversité. Mais il me semble que le chataignier doit pousser en plaine dans le nord de la France, non ?
Je reviendrai sur l'organisation agricole traditionnelle du nord de la Corse, sur la "terre du commun", qui est un exemple quasi-parfait de permaculture.
bien sur on peut vivre sans tout ça, mais à condition d'etre fort peu nombreux. la chataigne si elle peut nourrir son homme est aussi une culture, souvent introduite par les moines batisseurs, mais il faut bien du temps pour avoir des chataigneraies productives. la securité alimentaire en europe n'est venue qu'avec la pommes de terre.
les conditions corses m'ont l'air d'etre particulieres et sans doute adapté à la corse mais inexportable ailleurs, meme dans la pauvre (et seche) ardeche ou l'ont survivait avec la chataigne.
de meme certaines choses relevent d'une organisation politique locale difficilement exportable, et peut etre aussi cause d'une certaine violence locale, quand les ressources etaient reduites, et la dispute locale pour y avoir acces, forte (je me trompe peut etre, je fais une hypothese ).
Dans ma region, les disputes pour les communaux entre villages etaient frequentes, signe d'une ressource rare, degenerait souvent en combats, rixes et proces. tensions encore...
il est evident que certaines communautés ont par le passé su gerer leur ressource, etablir un equilibre. tout n'a pas été comme sur l'ile de paques.