Bonjour,
spego wrote:papy_russe wrote:Je pense qu'il n'y a pas d'effondrement (au sens brutal du terme) à prévoir, mais plutôt une descente progressive, en dents de scie, chaque crise annulant la pénurie d'énergie (par diminution de la demande), l'économie repartant alors de plus belle pour atteindre un point un peu plus bas que le précédent maximum... etc.
Je pense pareillement. Le fameux peak sera en fait un plateau bosselé qui descend et pas trop vite au début.
De bien agréables convictions ! Toutefois, sur un sujet relatif à mon avenir comme à celui de ma famille, vous comprendrez peut-être que j’attende plutôt des arguments.
Comme vous avez omis de développer, je me propose de procéder pour l’ensemble de nos positionnements, et d’essayer d’identifier où nous divergeons.
Je postule que la civilisation industrielle n’est pas en capacité à s’adapter à un déclin durable de l’énergie. Vous estimez que si, par une succession de crises.
Posons le décors : C’est quoi la civilisation industrielle ? Pour moi, c’est un ensemble de sociétés humaines disparates en relations, qui ont en commun d’avoir industrialisé leur production de biens et services. C’est quoi une société humaine ? Pour moi, c’est un ensemble d’Hommes qui ont convenu de s’associer en vue d’optimiser leur production de biens et services. La société est solide si un gros pourcentage des individus qui la composent se satisfait de la redistribution dont il bénéficie au regard de sa participation, et à l’inverse, peu solide si peu d’individus s’en satisfont. C’est donc pour moi la redistribution des biens et services produits qui conditionne la survie d’une société dans sa forme initiale. C’est quoi une crise ? Pour moi, une crise, c’est une modification de l’équilibre initial de redistribution dans la société, au détriment de certains individus, qui dans le pire des cas, au motif qu’ils ne contribuent plus au système productif, se voient mis à l’écart de la redistribution.
Des crises, nos sociétés ont l’habitude d’en rencontrer, même en période de croissance. En fait, nos sociétés sont constamment « en crise », dans le sens où elles connaissent constamment un chômage dit « résiduel », ou « de transition », affectant de 3 à 10% de la population active selon les moments et les critères retenus. Ce chômage est dit « de transition » dans la mesure où il correspond, sur un plan macro économique, au transfert permanent de salariés de secteurs économiques moins nécessiteux en main-d’œuvre vers de nouveaux secteurs économiques en développement. Car toute activité économique croit, passe par un maximum, puis décline. Je ne prends pas de risque à estimer que le pic du rempaillage de chaises (au moins pour cette civilisation) est derrière nous, quand le pic de l’informatique est peut-être encore devant nous. Dans une société en croissance, les secteurs économiques en progression offrent des débouchés aux « sortants » des secteurs en perte de vitesse et aux nouveaux entrants sur le marché du travail. Ce ne sera plus le cas si la croissance s’arrête, de nouvelles demandes solvables n’apparaîtront que très conjoncturellement, puisque la solvabilité générale stagnera, voire déclinera en cas de décroissance. Et on assistera alors à l’émergence d’un chômage de masse en croissance continue, de nature pour moi à déstabiliser la société et son fonctionnement.
La croissance est-elle menacée ? Je le crois, car elle s’est beaucoup appuyée au dernier siècle sur deux moteurs principaux que j’estime saturés : L’exploitation des énergies fossiles, d’une part, sur laquelle tous les éléments sont disponibles sur ce forum, et l’état de la connaissance via la recherche, d’autre part. Sur ce second point, je ne dispose que d’un ressenti, mais j’ai bien l’impression que l’on commence à saturer la connaissance des paradigmes physiques et chimiques en usage, de sorte que les moyens toujours plus considérables mis en œuvre notamment en Asie, dans la recherche, n’aboutissent plus qu’à des découverte d’un retentissement secondaire pour la croissance économique.
Et donc, la principale question à laquelle je ne sais répondre, et qui m’oriente vers un
effondrement systémique de la civilisation à partir d’un seuil, est comment, dans le cadre du fonctionnement actuel des sociétés, et d’une stagnation de la croissance économique, éviter que le chômage ne croisse infiniment, déstabilisant à terme une société, qui entraînera les autres à sa suite …
Au cas où vous n’auriez pas remarqué, il y a un TP en cours à ce sujet actuellement…
Autrement dit, comment la sortie de crise sans croissance économique ?
Car, contrairement me semble-t-il à beaucoup sur ce forum, je ne crois pas que la civilisation souffrira prioritairement de la raréfaction énergétique, mais plutôt de son incapacité à s’adapter à une stagnation économique résultant de cette raréfaction.
On peut le démontrer par l’absurde, en essayant, pour rire, d’élaborer ce que serait une adaptation pour la civilisation industrielle à la raréfaction énergétique.
Il faudrait déjà qu’un pouvoir central existe en vue de le mettre en œuvre, mais à ce niveau, c’est déjà presque un détail !
Il faudrait ensuite faire un choix arbitraire de la part d’énergie restante qui serait attribuée à la recherche dans l’espoir de nous éviter ce retour à la nature, et donc qui serait soustraite à la planification adaptative.
Laquelle reviendrait à planifier, en fonction d’une décroissance énergétique estimée (on en est pas là !) la démécanisation nécessaire, étape par étape, et l’anticiper par un redéploiement manuel en amont, de nature à éviter les ruptures d’approvisionnement !
Et c’est au bout de ce processus (démécanisation totale, si les énergies renouvelables n’arrivent pas à fournir une énergie suffisante à leur renouvellement, d’une part, et au fonctionnement social, d’autre part, démécanisation partielle, dans l’autre cas) que l’on verrait s’il reste assez à manger pour tout le monde, car tous les rendements croissants et économies d’échelles réalisés durant la croissance, on se les prend dans la tronche dans l’autre sens !
Même un auteur de science fiction n’oserait pas s’y mettre !
Alors cessez d’envisager une adaptation ou expliquez-moi comment vous l’envisagez, ce qui me permettra peut-être de cesser ma préparation au grand crash !