Tiennel a écrit :Le pic sera donc proche quand les cours vont commencer à s'envoler franchement, du genre +20% en une journée. Il ne sera plus très loin quand le cours fibrillera autour de $200-300 (en dollars 2006).
J'ignore complètement sur quelle base repose l'hypothèse de Bauquis ci-dessus, mais elle est improbable : à 300 USD/bbl, il y a beaucoup de vendeurs, mais plus beaucoup d'acheteurs : toute l'Asie se remet au vélo, une bonne partie de l'Occident se met au télétravail forcé avec plan national. En plus, il prévoit que ça "fibrille" pendant des années autour du même point ? non, c'est réellement impossible.
L'atteinte des $100 sera juste une occasion de faire la fête entre peakistes. Le pic sera probablement encore loin devant.
Si on considère que le Pic sera un VPO, il sera forcément très difficile à distinguer sur le moment, comme je le dis
ici ; mais de quoi va-t-il résulter ?
La plupart des investisseurs se foutent du détail, et se basent sur un raisonnement ultra-connu : quand A devient trop cher au point que les ventes stagnent ou baissent, il y a moyen de gagner de l'argent avec B.
Il y a partout dans le monde des tableurs Excel prêts à faire feu, qui indiquent à partir de quelle valeur
stabilisée du pétrole telle ou telle solution est viable dans telle ou telle
situation géoéconomique. Appelons cet ensemble de valeurs P(i).
Ces valeurs ne sont pas toutes égales, puisque chaque situation géoéconomique est différente : certains vont remplacer très vite le pétrole cher par un gaznat un peu moins cher, parce qu'ils ont déjà des tuyaux ou un terminal gazier ; d'autres, qui ont du charbon à foison, vont simplement le développer un peu plus vite. Dans ces deux cas, cela va se passer sans la moindre révolution apparente, puisque toutes les infrastructures sont déjà prêtes, et que le financier se borne à suivre la plus grande pente, sans passer par un extremum.
Dans certains cas seulement, on va se mettre à investir dans une énergie nouvelle, type nucléaire, avant qu'on en ait réellement besoin mathématiquement, simplement parce qu'il faut une vingtaine d'années pour investir quand on inclut le processus décisionnel. Ces cas seront, eux aussi, géodépendants et dispersés.
Alors, basculement séquentiel indexé sur chacune des valeurs de P(i) ? Si c'est la cas, on va constater un VPO à pente légèrement positive (il faut bien qu'on atteigne chacune des valeurs de P(i) ) qui va durer une bonne vingtaine d'années.
Ce basculement décrit un Pic de nature économique sous-tendu par une raréfaction de l'offre elle-même provoquée par toutes sortes de raisons - purement géopolitiques en été 2006. Que se passe-t-il quand on atteint le vrai Pic, c'est-à-dire une impossibilité physique de répondre à la demande ?
Cette impossibilité physique chiffrée et
datée est un leurre total : il faut vraiment ne rien connaître à l'exploitation pétrolière pour croire que c'est possible. Autant la ressource pétrolière originale en place est clairement finie et chiffrable ultimement, autant son exploitation ne l'est pas. Les gisements de Mer du Nord étaient connus bien avant 1973 ; ils n'étaient tout simplement pas rentables au prix de l'époque. Les puits à gaz de la Mer de Barents présentaient un intérêt nul en 90, ils seront rentables en 2015.
Le Pic de production est donc lui aussi un VPO.
L'examen des consommations seules, ou des productions seules, est donc insuffisant pour détecter le VPO.
Le prix du baril peut-il nous aider ? A chaque fois qu'on atteint la valeur suivante de P(i), on perd un ensemble de clients, et le prix redescend ; pendant toute la période du Pic économique, on va donc voir le prix fibriller avec une pente positive sur très long terme ; un tel schéma n'est absolument pas distinguable du pur bruit de fond boursier.
Attendre le Pic est donc comparable à attendre le Messie : il viendra sûrement, mais nous n'avons aucun moyen de le constater, cela dit sans vouloir insulter ni les uns, ni les autres

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Pour ajouter une note positive à ce tableau un peu décevant, disons que si on est vraiment amoureux du sujet, il doit être possible, dans l'absolu, de détecter une sorte de point d'inflexion de la consommation pétrolière, soit en valeur absolue, soit en pourcentage de l'énergie consommée dans le monde. Quand on voit les dégâts que provoquent des événements tels que 1979 ou 2001 sur les courbes, on se dit que c'est quand même pas gagné.
En attendant, nous avons d'autres problèmes

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