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Yannick Jadot, directeur des campagnes de Greenpeace France et porte-parole de l'Alliance pour la planète.
> L'un des très proches de Nicolas Hulot, Jean-Marc Jancovici, applaudit des deux mains : «
. » Cet écolo rigoureux n'en revient pas : «
», s'exclame-t-il.
Jancovici est largement à l'origine de cette révolution verte que connait la France.
Plusieurs mois de négociations, deux jours de table ronde, et au lendemain des arbitrages rendus par le chef de l'Etat, des dizaines de réactions, des plus enthousiastes aux plus sceptiques. Scientifiques, politiques et écologistes ont globalement affiché, jeudi 25 et vendredi 26 octobre, une satisfaction prudente après l'annonce des premières mesures prises lors du Grenelle de l'environnement.
"Franchement" satisfait, l'écologiste Nicolas Hulot, qui avait pesé de tout son poids dans la campagne présidentielle, a estimé qu'"on est passé à l'action". "C'est plus qu'un lancement d'idées, c'est même assorti d'une réforme profonde de la fiscalité comme je le souhaitais – sans d'ailleurs penser qu'on en arriverait là –, d'un transfert de la fiscalité du travail sur la fiscalité écologique". "A ce stade-là, pour garder une petite marge de manœuvre, on va mettre 18 sur 20."
Même tonalité pour Hubert Reeves, astrophysicien et président de la ligue Roc pour la préservation de la faune sauvage, qui a estimé que Nicolas Sarkozy "a pris des positions exemplaires. (...) Nous avons de quoi être contents".
Autre militant écologiste satisfait, Allain Bougrain-Dubourg, de la Ligue de protection des oiseaux : "On n'a pas l'habitude d'entendre de pareils propos sous les ors de la République avec des objectifs, avec des engagements, avec un défi à changer de vieilles habitudes. Là, on a vraiment le sentiment qu'il y avait une rupture", a-t-il déclaré.
Côté politique, la majorité s'est elle aussi félicitée des résultats du Grenelle et a loué l'intervention de M. Sarkozy. L'UMP salue "les décisions fortes prises par le chef de l'Etat (...) "comme le développement des énergies renouvelables sans renoncer à l'énergie nucléaire". Bernard Accoyer, président UMP de l'Assemblée nationale, a estimé que "le président a prononcé un discours très important, un discours historique, qui appelle (...) à des changements profonds de notre façon de vivre, de produire, de consommer".
Proche de François Bayrou et présidente de Cap 21, Corinne Lepage s'est dite "globalement assez séduite, car c'est la première fois qu'on avait un discours novateur et cohérent à ce niveau de l'Etat à ce sujet". "Sur les mesures, il faudra savoir comment on les finance", a nuancé Mme Lepage.
Martin Hirsch, le Haut Commissaire aux solidarités actives, s'est lui réjoui d'entendre le président dire "que ça ne pèserait pas sur les plus vulnérables et que c'est un principe qu'on mettait en même temps qu'un principe de protection de l'environnement. Deuxièmement, l'effort considérable qui est fait sur le logement vient juste là où il faut car ce sont les plus pauvres qui ont les dépenses énergétiques les plus élevées."
Du côté des syndicats, Laurence Parisot a parlé pour le Medef d'une "bonne impression". "On a trouvé plutôt de bons équilibres entre la nécessité d'intégrer les intérêts écologiques, tout en respectant les intérêts économiques".
Jean-François Roubaud, président de la Confédération générale des petites et moyennes entreprises (CGPME), a déclaré que "les grands principes nous conviennent car il n'y a pas d'augmentation de la fiscalité".
Affichant leur satisfaction de voir mis sur le devant de la scène les problématiques écologiques, un certain nombre de personnalités ont toutefois fait montre de prudence quant à l'application des mesures prises ou regretté l'abandon de certaines pistes au cours des négociations.
Ségolène Royal, ex-candidate socialiste à l'Elysée et présidente de la région Poitou-Charentes, a notamment observé que plusieurs annonces faites à l'issue du Grenelle de l'environnement reprennent des propositions qu'elle avait formulées pendant la campagne et dit ne pouvoir "que s'en féliciter". "Si des avancées positives sont à noter, deux points méritent des regrets quant aux options choisies : sur les pesticides, l'engagement pris de réduction est à la fois flou, lointain et insuffisamment contraignant. Quant à la taxe sur les énergies fossiles, elle constitue un danger pour le pouvoir d'achat des Français. Il aurait mieux valu accorder des avantages fiscaux aux produits écologiquement propres", a estimé Mme Royal, qui attend désormais "que les annonces faites aujourd'hui se traduisent par des actes" car "c'est sur les actes que devra être jugé, au final, ce Grenelle".
Même tonalité du côté du groupe socialiste à l'Assemblée nationale, qui a salué les mesures annoncées par M. Sarkozy estimant que ces"annonces sont à la hauteur des attentes nées de la phase de concertation". "Le petit bémol est le plan de financement général, (...) il y a quand même une série de doutes quant à l'accompagnement financier", ont prévenu les députés socialistes.
Jean Jouzel, membre du bureau exécutif du panel de scientifiques sur le climat (GIEC), récent lauréat du Nobel de la paix, a lui aussi prévenu que "c'est la mise en route et l'action qui comptent", même si les annonces correspondent "à ce qu'on a proposé globalement".
Pour le WWF France et l'Alliance pour la planète dont il est le porte-parole, Daniel Richard s'est réjoui de voir "pour la première fois" un gouvernement qui"met sur la table un scénario énergétique qui est assez volontaire au niveau des économies d'énergies et au niveau des énergies renouvelables". Seul regret : la confirmation que l'EPR "allait continuer à être étudié".
Du côté des syndicats, Jean Christophe Le Duigou, secrétaire confédéral CGT : s'est dit "satisfait des ambitions affichées" même s'il faut maintenant "trouver les financements pour toutes ces opérations". François Chérèque, secrétaire général de la CFDT, a qualifié le processus de "très positif", évoquant des "objectifs ambitieux". "On veillera à ce que tout ça se concrétise dans la loi", a-t-il averti.
Reconnaissant eux aussi un certain nombre d'avancées, des écologistes et des politiques nuancent encore un peu plus leur appréciation des mesures concrètes prises lors du Grenelle.
Arnaud Gossement, porte-parole de la fédération France nature environnement (FNE), qui regroupe près de 3 000 associations, a assuré : "Tout reste à faire." "Pour la première fois, nous avons un président qui n'oppose pas dans son discours économie, croissance et écologie alors même qu'il a été élu sur la croissance", a toutefois reconnu le militant écologiste.
Pour Greenpeace France, Yannick Jadot a reconnu qu'"incontestablement il y a une ambition, il y a un changement de culture au niveau de l'Etat, au niveau des parlementaires (...) mais il y a malheureusement encore trop d'ambiguïté pour qu'on ne soit pas extrêmement vigilant sur la suite." Yannick Jadot a jugé "très intéressantes" les mesures proposées par le chef de l'Etat en matière d'habitat et de transports mais "flou" ce qu'il propose en matière de pesticides, d'agriculture, de gestion des déchets et de transparence, notamment pour les OGM ou le nucléaire.
Le villepiniste Hervé Mariton a jugé que "la direction générale est très bonne mais la question qu'on a envie de se poser à ce stade c'est, comment ça marche". "Quand on fait des choix aussi massifs de basculement du routier vers le ferroviaire, par exemple, comment est-ce que l'on passe concrètement aux actes ?"
Dans un communiqué, le Parti socialiste a affirmé qu'il "reste dubitatif sur la volonté réelle du président de la République et de sa majorité d'aller jusqu'au bout de l'ensemble des annonces" faites. "La vraie question qui nous est posée maintenant, c'est celle de la mise en œuvre et des moyens financiers qui vont être dégagés."
Principaux insatisfaits, au lendemain de l'annonce des résultats du Grenelle de l'environnement, les Verts. Noël Mamère, député-maire de Bègles, a estimé que Nicolas Sarkozy "montre son vrai visage, celui de la duplicité". Il "renvoie en touche en proposant une fiscalité écologique réglée par l'Union européenne, une manière de délestage de ses responsabilités".
Denis Baupin, adjoint au maire de Paris chargé des transports, a ironisé dans un communiqué sur un Nicolas Sarkozy "décidément grand communicateur". "Depuis le merveilleux discours de Jacques Chirac sur 'la maison qui brûle' nous sommes bien placés pour savoir qu'il y a loin du discours à la mise en œuvre", a-t-il estimé, dénonçant par ailleurs"la fuite en avant nucléaire" et "l'absence de mesures concernant les OGM".
La secrétaire nationale du parti, Cécile Duflot, a elle aussi établi un diagnostic plus que mitigé. "Le problème c'est que c'est des annonces, beaucoup d'annonces, très bien mises en scène", a-t-elle dit, regrettant qu'"on essaye de satisfaire un peu tout le monde, de rester sur un espèce de consensus ou de compromis sans les actes concrets immédiats et avec des vraies craintes".
"Le mode de croissance qui produit la crise écologique est le même que celui qui produit la crise sociale", a quant à lui fait valoir le Parti communiste, expliquant que "le gouvernement devra remettre en cause les logiques libérales pour être au niveau des décisions prises par Nicolas Sarkozy". "Comment développer un programme national en faveur des énergies renouvelables en privatisant le secteur public de l'énergie ?", s'est notamment interrogé le PCF dans un communiqué.
Sur le "gel" du nombre de sites nucléaires, le réseau "Sortir du nucléaire" a dénoncé une "annonce aussi ridicule que provocatrice" et "une plaisanterie, un subterfuge qui ne grandit pas son auteur".
Satisfaits sur un certain nombre d'avancées, les semenciers et industriels des produits phytosanitaires ont reproché au président Sarkozy d'avoir "cédé aux marchands de peur et de mensonges" sur les OGM.
Bilan : à part certains représentants des Verts (c'est vraiment un comble, ils sont de plus en plus minables !) et de l'extrême gauche en général et les semenciers, tous sont constructifs.