Les principaux enseignements du dernier rapport RTE
Comité de liaison des énergies renouvelables – CLER (
http://www.cler.org/info/spip.php?article9845) - 19/08/2011
Le Réseau de Transport de l’Electricité, RTE, porte à la fois les missions de transport de l’électricité haute tension et d’équilibre du réseau. Pour garantir cet équilibre demain, RTE élabore et publie tous les deux ans un bilan prévisionnel pluriannuel de l’équilibre entre l’offre et la demande d’électricité en France.
Publié le 22 juillet dernier, ce rapport fournit des informations prospectives extrêmement intéressantes. Mais il est aussi un très bon outil d’évaluation des politiques publiques puisqu’il évalue de manière objective les conséquences des mesures prises.
RTE évalue la consommation et la production d’électricité de référence à court (2016) et long terme (2030), et étudie les conséquences de variantes. Une attention particulière est portée à l’équilibre en puissance, c’est-à-dire à la pointe électrique.
La hausse de la consommation d’électricité pas si fatale que cela
A défaut de décroître, la consommation d’énergie est stable en France depuis une dizaine d’années, hors effet conjoncturel de la crise. Mais il est généralement admis que la consommation d’électricité est condamnée à croître du fait du report de certains usages de l’énergie (chaleur par le passé, transport à l’avenir,…) et de nouveaux usages (équipements informatiques, électroniques, ...). Pourtant on constate que cette hausse est maintenant presque nulle : d’environ 8 % en 1960, la croissance annuelle de consommation électrique est descendue à 5 % en 1980, 2 % en 2000, pour n’être plus que de 1 % aujourd’hui. Elle est toutefois de 2 % dans les secteurs résidentiel et tertiaire.
RTE prévoit selon ses différents scénarios, y compris celui de « MdE renforcée », des hausses annuelles de 0,1 à 1,1 % dans les 20 prochaines années. Cette fatalité de la hausse peut toutefois être contestée par les évolutions passées (une hausse qui s’approche de 0 et pourrait peut-être s’inverser) mais aussi la révision des scénarios de RTE : toutes les prévisions de consommations du rapport 2011 sont inférieures à celle du scénario 2009, elles-mêmes revues à la baisse par rapport à 2007. Le fait que le scénario dit « de référence » reconnaisse pudiquement que les mesures actuelles ne permettront pas d’atteindre les objectifs du Grenelle (« atteints avec un décalage dans le temps ») est inquiétant. Même le scénario « MdE renforcée » conduit ainsi à « un faible retard ».
La pointe de plus en plus aigüe
Le rapport 2011 souligne l’accroissement des problèmes de pointe. Alors qu’en 2009, la baisse d’un degré en hiver engendrait une hausse de la puissance appelée de 2100 MW, elle est maintenant de 2300 MW ! RTE ne se veut pas rassurant à ce sujet, en prévoyant un usage accru de l’électricité pour le chauffage. Si le chauffage électrique direct devait disparaître, sauf dans les habitations collectives très bien isolées ou dans des zones climatiques favorables, le développement de la pompe à chaleur pourrait poser de sérieux problèmes. En effet, 2,8 millions de logements devraient être chauffés ainsi, pour moitié en substitution à des chauffages fioul ou gaz et, contrairement aux prévisions passées, sans conserver de chaudière en relève. Ainsi, en 2030, 30 % des surfaces chauffées en France utiliseraient l’électricité, contre 25 % aujourd’hui.
Les véhicules électriques pourraient bien venir renforcer les pointes journalières. Si des systèmes de gestion de la charge de la batterie peuvent différer la pointe de 19h vers la nuit, la pointe du matin sera de toute façon fortement impactée. A défaut de système de report de l’appel de puissance, le développement des véhicules électriques aurait d’importantes conséquences sur l’équilibre offre demande avec des pointes de consommation augmentées de 3000 MW sous l’hypothèse d’un parc de 1,1 millions en 2020 (1).
Production fossile
Le parc fossile français compte des installations de production de cogénération et des centrales électriques classiques. Le premier est en grand danger, alors même que son efficacité énergétique et son caractère décentralisé lui permettent de rendre de grands services. En effet, sur les 4,4 GW en fonctionnement, RTE prévoit la fermeture de 3 GW dans les quatre prochaines années, du fait de la fin des contrats d’obligation d’achat et des contraintes pesant sur les exploitants.
Du côté du parc électrique fossile classique, la France compte 18 GW (40 % charbon, 30 % gaz et 30 % fioul) dont la moitié bénéficie jusqu’en 2016 de dérogations aux règles européennes sur les pollutions locales (SO2, NOx et particules fines). Ainsi, RTE prévoit d’ici 4 ans une baisse de 7 TWh de la production d’électricité issue du charbon et une hausse de 5 TWh d’électricité produite par les 13 centrales gaz à cycle combiné (8 en fonctionnement, 5 en construction pour un total de 6 GW). RTE se montre en effet très sceptique vis-à-vis de la multiplication des projets : parmi la soixantaine de centrales qui ont figuré dans la fil d’attente pour le raccordement, une quarantaine en est déjà sortie, et l’équilibre économique des autres est menacé au point que seules les 5 centrales en construction sont conservées dans le scénario.
Production nucléaire
Ce volet est le seul à être plus politique que pragmatique puisqu’il retient, par convention, le maintien de la puissance installée, indépendamment des éventuelles fermetures ou ouvertures de réacteurs. Seul l’EPR de Flamanville, déjà en construction, vient ajouter 1,5 GW de puissance. L’annonce de son nouveau retard conduisant à une mise en service en 2016 est venue contredire le rapport quelques jours après sa publication.
Cette approximation sur la production nucléaire exige une étude de sensibilité, réalisée par un scénario « nucléaire bas ». Cette publication était particulièrement attendue sur ce point car Eric Besson a déclaré avoir demandé à RTE la réalisation de ce scénario suite à Fukushima. Outre que ce scénario existait déjà dans l’édition 2009 du rapport, la notion de nucléaire bas est très discutable. Il s’agit en effet de faire descendre la part du nucléaire dans la consommation française en 2030 à 53 %, ce qui maintiendrait la France au rang de numéro 1 mondial du recours à l’électricité nucléaire !
Ce scénario inclut les hypothèses « MdE renforcée » et « EnR haut », mais celles-ci sont relativement conservatrices : la consommation serait inférieure de 4 % à celle du scénario de référence et la production renouvelable supérieure de 26 %. Cela conduit à un système électrique nettement plus émetteur de CO2 (23,1 Mt au lieu de 15,7).
Le ministère ayant annoncé l’établissement d’un scénario de sortie du nucléaire, on peut s’attendre au pire quant à ses conclusion en termes d’impacts environnementaux (gaz à effet de serre, pollutions locales, sans parler des paysages !) et socio-économiques, en particulier de coût de l’énergie.
Et les renouvelables ?
Le rapport d’équilibre offre demande vient s’ajouter à la liste des preuves que la France n’est pas sur la voie de sont objectif de 23 % d’énergies renouvelable, lequel requiert 27 % d’électricité renouvelable. Dans le scénario de référence, la France échouerait totalement en atteignant seulement 21 % en 2020, c’est-à-dire notre objectif 2010 ! C’est en particulier sur les filières éolienne et biomasse électrique que la trajectoire dévie. Il nous reste 9 ans pour le faire