Le lithium, nouvel eldorado ou mirage éphèmère ?
De toutes les technologies actuellement étudiées permettant d'alimenter convenablement les véhicules électriques, il semble que celle utilisant les batteries au lithium-ion soit la plus prometteuse.
Adaptées aux voitures urbaines, ces batteries offrent un meilleur stockage et une durée de vie plus longue que les anciennes générations faîtes de nickel-métal-hydrure. Ainsi, les plus grands constructeurs automobiles comme General Motors, Toyota, Mercedes, BMW ont tous dans les cartons, de nouveaux modèles hybrides ou 100% électriques qui rouleront au lithium-ion (Volt, Prius, Mini, etc).
Cela signifie également que dans un futur proche, le lithium est susceptible de devenir un produit très recherché. Déjà, entre 2003 et 2007, l'industrie a doublé sa consommation de carbonate de lithium, un composant intervenant dans la fabrication de la plupart des cathodes des batteries lithium-ion.
Mitsubishi, qui prévoit de produire 30.000 voitures électriques à l'horizon 2013, estime que la demande croissante de lithium épuisera les stocks en moins de 10 ans, sauf si de nouvelles mines de sel sont découvertes.
La moitié des réserves mondiales de lithium est située dans les Andes du sud, dans des pays comme le Chili et la Bolivie.
Le cas de la Bolivie
Avec des réserves estimées à 5,4 millions de tonnes, les mines de sel De Uyuni (bolivie) devraient devenir rapidement "l'Arabie Saoudite" du lithium, car ces dernières deviennent la cible des plus grands constructeurs automobiles.

[Credit Image : ESA - Salar de Uyuni - Bolivie]
Grâce à ces importantes réserves de lithium, comparées au Chili (3 millions de tonnes), à la Chine (1,1 millions de tonnes) et aux Etats-Unis (410.000 tonnes), la Bolivie donne au président bolivien Evo Morales, un levier économique et politique considérable.
Dans un premier temps, ce dernier a annoncé qu'il voulait exploiter ses mines de lithium (dans l'Uyuni) sans recourir à des partenaires extérieurs - alors même que des entreprises japonaises, françaises (ex. Bolloré) et sud-coréennes se sont précipitées pour essayer d'obtenir des concessions minières.
Aussi, comme la Bolivie a décidé de jouer la carte du lithium, le Président Morales a ensuite indiqué qu'il avait besoin d'investisseurs soucieux "du respect des règlements Boliviens" et non désireux "de faire de la politique" ou "de conspirer contre le gouvernement".
Le pays a commencé à construire une usine pilote d'extraction de lithium à un emplacement situé sur le delta du Rio Grande à Uyuni. Cette usine pilote coûtera au départ environ 5,7 millions de dollars, et pourrait coûter au final jusqu'à 150 millions de dollars, selon l'économiste Juan Carlos Zuleta.
Mais l'extraction du lithium possède également un coût environnemental élevé. Le Meridian International Research a fait valoir dans un rapport que "l'extraction de lithium nécessaire pour satisfaire 10% de la demande automobile mondiale causerait des dommages irréversibles et généralisés (...) incompatibles avec la notion de voiture propre".
Cette extration "va également générer de la pollution, et pas seulement à partir de combustibles fossiles, mais aussi des usines de lithium qui
produisent du dioxyde de soufre. Ce n'est pas une solution magique", a expliqué de son côté Luis Echazú, le Ministre des Mines. En effet, l'exploitation minière oblige à utiliser du chlore pour séparer le lithium (cancérigène) à partir des composés de magnésium dont l'eau souterraine est pourvue.
William Tahil, directeur de recherche au Meridian, a estimé que la planète aura besoin de 420.000 tonnes de carbonate de lithium - soit six fois plus que la production annuelle mondiale actuelle. D'autre part, R. Keith Evans, un géologue spécialiste du lithium, a déclaré sur son blog qu'il existait "28 millions de tonnes de ce métal à extraire, bien assez pour tout le monde".