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Re: Maroc / énergie - environnement

Publié : 25 juil. 2026, 14:39
par energy_isere
Au-delà des câbles, le Maroc cherche une place dans l’architecture énergétique européenne

Agence Ecofin 23 juillet 2026

L’Europe accélère sa transition bas carbone et cherche de nouveaux relais énergétiques. Dans cette recomposition, l’Afrique du Nord veut transformer son potentiel renouvelable en levier d’intégration aux marchés électriques européens. Le Maroc entend y jouer un rôle stratégique.

Le projet Sila Atlantik ambitionne de devenir l’un des plus grands corridors électriques entre l’Afrique et l’Europe. Avec une capacité potentielle de 15 GW d’énergies renouvelables produites au Maroc et une liaison sous-marine de 4 800 km vers l’Allemagne, cette infrastructure, évaluée à 30 milliards de dollars, doit permettre d’acheminer une partie de l’électricité verte marocaine vers le marché européen.

Au-delà de ses dimensions techniques, le projet cristallise une ambition plus large : celle du rôle que Rabat souhaite jouer dans le futur système énergétique européen. Le Maroc ne veut pas seulement exporter de l’électricité renouvelable. Il cherche à devenir un partenaire industriel et énergétique contribuant aux objectifs de sécurité d’approvisionnement et de décarbonation du continent.

Les garanties, nouveau point de friction autour de Sila Atlantik

Selon des sources citées par Reuters, le développement du projet est actuellement ralenti par des désaccords sur son cadre institutionnel et les garanties nécessaires à sa réalisation. Les autorités marocaines souhaitent notamment un accord intergouvernemental formellement soutenu par Berlin afin de sécuriser l’engagement politique autour de l’infrastructure. Elles demandent également que la liaison permette des échanges bidirectionnels d’électricité, et non une simple exportation vers l’Allemagne.

Ces discussions illustrent les difficultés auxquelles sont confrontés les grands projets d’interconnexion transcontinentale. Leur réussite dépend non seulement de la faisabilité technique, mais aussi de mécanismes capables de sécuriser les investissements : engagements publics, cadre réglementaire et garanties sur la commercialisation de l’électricité. Le précédent Xlinks, dont le développement a été compromis par le refus du gouvernement britannique de lui accorder le soutien financier demandé, a montré que la disponibilité des ressources renouvelables ne suffit pas à garantir la réalisation d’une infrastructure de cette ampleur.

Le Maroc multiplie les connexions avec l’Europe

Sila Atlantik s’inscrit dans une stratégie engagée depuis plusieurs années par le Maroc pour renforcer ses échanges électriques internationaux. Le pays dispose déjà de la seule interconnexion électrique opérationnelle entre l'Afrique et l'Europe, grâce à deux liaisons sous-marines avec l'Espagne totalisant 1,4 GW de capacité.

Cette infrastructure a démontré son importance stratégique lors de la panne électrique qui a touché la péninsule Ibérique en 2025, en contribuant au soutien de l’approvisionnement espagnol. Rabat cherche désormais à développer de nouveaux points de connexion avec ses partenaires européens.

Une troisième liaison avec l’Espagne, d’une capacité annoncée de 700 MW, est envisagée. Le Maroc et le Portugal travaillent également sur une interconnexion pouvant nécessiter jusqu’à 735 millions d’euros d’investissement, tandis qu’un raccordement avec la France figure parmi les pistes étudiées.

Cette dynamique répond aux besoins européens de sécurisation des réseaux et de diversification des sources d’électricité bas carbone. Pour le Maroc, elle représente une opportunité de valoriser ses capacités solaires et éoliennes en attirant des investissements dans la production et les infrastructures associées.

La tendance dépasse d’ailleurs le cas marocain. D’autres projets visent à rapprocher les capacités renouvelables nord-africaines des marchés européens, comme l’interconnexion ELMED entre la Tunisie et l’Italie ou GREGY entre l’Égypte et la Grèce. L’objectif est de faire de la région un relais de la transition énergétique européenne.

Le défi de rendre les grands corridors énergétiques finançables

Le principal obstacle aux grands projets électriques ne réside toutefois pas uniquement dans la disponibilité des ressources renouvelables. L’enjeu central est désormais de construire un modèle économique capable de sécuriser des investissements de plusieurs dizaines de milliards de dollars.

Le cas Xlinks illustre cette difficulté. Le potentiel énergétique marocain n’était pas remis en cause, mais le projet a buté sur les mécanismes de financement, les garanties publiques et les engagements nécessaires pour sécuriser les revenus futurs.

Pour des infrastructures de cette ampleur, les investisseurs recherchent une visibilité sur plusieurs décennies, notamment à travers des contrats d’achat d’électricité, des règles d’accès aux marchés et une répartition claire des risques entre acteurs publics et privés.

Sila Atlantik devra franchir cette étape pour passer du statut d’initiative stratégique à celui d’infrastructure pleinement bancable. La société allemande chargée de porter le projet affirme néanmoins que celui-ci progresse conformément à sa feuille de route technique, commerciale, réglementaire et financière.
https://www.agenceecofin.com/actualites ... europeenne

voir aussi le fil sur XLinks : viewtopic.php?p=2425780#p2425780

Re: Maroc / énergie - environnement

Publié : 08 août 2026, 17:53
par energy_isere
Le Maroc abritera la 1ère centrale africaine de déchets convertis en électricité

Agence Ecofin 05 aout 2026

Les grandes métropoles africaines produisent des millions de tonnes de déchets chaque année sans savoir quoi en faire. L’énergie qu’ils contiennent reste pourtant largement inexploitée.

Au Maroc, Casablanca s’apprête à abriter sa plus grande centrale de production d’électricité à partir de la combustion de déchets. Selon des informations publiées mardi 4 août par Reuters, un consortium conduit par la société helvético-japonaise Kanadevia Inova a signé un accord de concession avec la ville pour un investissement de 1,5 milliard de dollars dans ce projet.

D’après les termes de l’accord valable pour 33,5 ans, la centrale sera construite sur le site de la décharge de Médiouna, la plus grande du Maroc, haute de près de 70 mètres. L’installation, qui est presque arrivée à saturation, est devenue une source de pollution chronique pour les terres agricoles voisines depuis des décennies.

Le consortium comprend, outre Kanadevia, société spécialisée dans la valorisation des déchets, Nareva, société marocaine d’énergie, Itochu, grand groupe japonais de négoce, et Somagec, entreprise marocaine de construction. Il va construire sur ce site une centrale qui brûlera les déchets pour produire de l’électricité.

Une fois en service, la centrale traitera environ 1,5 million de tonnes de déchets par an. Elle sera en mesure de produire 115 mégawatts (MW) d’électricité à partir des déchets incinérés, de panneaux solaires installés sur le site et du gaz produit par la décharge. De quoi alimenter près d’un million de personnes, soit près d’un quart de la population de Casablanca, selon Itochu.

Les contrats de vente d’électricité ont été signés avec l’Office national de l’électricité et de l’eau potable (ONEE) et la société de services urbains SRM Casablanca-Settat, selon le communiqué d’Itochu. Les termes financiers de ces contrats n’ont pas été rendus publics à ce stade. Le financement du projet sera assuré par des banques marocaines dont les identités n’ont pas été précisées, d’après Bruno-Frédéric Baudouin, directeur général de Kanadevia.

« La construction commencera dès que le financement sera entièrement sécurisé, ce que nous attendons pour le quatrième trimestre de cette année », a déclaré le responsable. La pleine exploitation est visée pour mi-2030.

Un projet africain inédit, mais une technologie qui divise

Par son échelle et sa capacité à produire directement de l’électricité, cette centrale serait la première du genre en Afrique. La seule autre grande installation comparable, New Horizons Energy à Athlone au Cap en Afrique du Sud, lancée en 2017, traite entre 500 et 600 tonnes de déchets par jour pour produire du biométhane.

Le Maroc n’en est pas à sa première expérience dans ce domaine. Une installation plus modeste, construite pour environ 11 millions de dollars, fonctionne à Fez depuis 2015. Elle permet de traiter 900 tonnes de déchets par jour, couvre environ 30 % des besoins énergétiques locaux et a réduit les coûts d’éclairage public de 40 %, a rapporté Agenzia Nova.

Cette technologie ne fait cependant pas l’unanimité. Des scientifiques, militants climatiques et groupes communautaires estiment qu’elle freine le recyclage et que l’incinération des déchets émet des particules et des gaz à effet de serre, indique Zawya.
https://www.agenceecofin.com/actualites ... lectricite