https://france3-regions.franceinfo.fr/p ... 07471.html"C’est 10 à 15 fois plus gros qu’un data center classique" : la contestation s’organise contre un gigantesque projet de centre de données pour l’IA
Mathieu Caillaud Publié le 27/08/2026
Le projet dédié à l’Intelligence Artificielle vient de franchir une étape décisive. Le 29 juillet, le préfet de Seine-et-Marne a autorisé la construction des premières infrastructures du site à Fouju, près de Melun en Seine-et-Marne. Mais pour ses opposants, le combat ne fait que commencer. Une mobilisation est prévue ce samedi.
"C’est le gigantisme du projet qui pose problème. C’est 10 à 15 fois plus gros qu’un data center classique." Pour Jean-François Dupont, de France Nature Environnement Seine-et-Marne, le futur Campus IA de Fouju, près de Melun, est d’abord une affaire de démesure. Le projet prévoit à terme onze data centers et jusqu’à 1 400 mégawatts de puissance électrique. Une capacité comparable à celle d'un réacteur nucléaire de type EPR. Le projet, dont l'investissement annoncé atteint 50 milliards d'euros, vient d'être autorisé par le préfet de Seine-et-Marne. Mais ses opposants veulent désormais faire monter la mobilisation.
Outre une pétition qui a recueilli plus de 50.000 signatures, une rencontre citoyenne est organisée ce samedi 29 août à l’Espace Saint-Jean, à Melun, de 10 heures à 17 heures, par le collectif Stop Campus IA. France Nature Environnement, la Confédération paysanne. Plusieurs élus doivent également y participer.
"Un non-sens écologique"
Pour les agriculteurs mobilisés contre le projet depuis la première heure, l'inquiétude est la destruction de terres agricoles. "Ce projet est un non-sens écologique", estime Pauline Isambert, élue à la Confédération paysanne Île-de-France et initiatrice de la mobilisation chez les agriculteurs.
Le campus doit occuper une emprise d'environ 90 hectares, dont 70 hectares qui sont principalement des champs céréaliers. "On est pour installer des paysans, et contre toute forme d’artificialisation", affirme Pauline Isambert.
L'enjeu est d'autant plus sensible en Île-de-France que les terres agricoles sont soumises à une forte pression foncière. Mais avant même l’annonce du projet, le schéma directeur régional d’Île-de-France prévoyait cette artificialisation de 70 hectares.
Une consommation électrique gargantuesque
Le campus doit accueillir onze centres de données destinés notamment au calcul intensif pour entraîner l'Intelligence Artificielle. Sa puissance électrique pourra atteindre à terme 1 400 MW. Le raccordement au réseau sera cependant progressif : RTE prévoit un premier palier de 240 MW d’ici fin 2027, puis 700 MW avant fin 2029, avec une infrastructure conçue pour permettre à terme une montée jusqu’à 1 400 MW.
Cette consommation est au cœur de la contestation de FNE. "Cela entraîne des risques industriels et sanitaires importants", estime Jean-François Dupont. Pour les opposants, l'autre conséquence de cette consommation massive est la chaleur produite par les serveurs.
La création d’un îlot de chaleur ?
Les équipements informatiques doivent être refroidis en permanence. Dans un premier temps, le dispositif fonctionnera principalement par air.
"La chaleur va être rejetée dans l’air, avec le risque de création d’îlots de chaleur. On estime que ces data centers vont produire l’équivalent de chaleur de 200.000 foyers. Or, Melun est à plus de 10 km, trop loin pour récupérer cette chaleur." Le porteur du projet évoque notamment des pistes de récupération pour des serres agricoles. Mais FNE estime que ces solutions ne permettront de valoriser qu'une petite partie de la chaleur produite.
Inquiétude partagée également par la Confédération paysanne : "L’Université de Cornell, en Angleterre, a mesuré qu’un data center fait monter la température de 2 degrés en moyenne toute l’année dans un rayon de 10km autour. Que dire de 11 data centers ?" Aucune étude spécifique n’est pour l’instant venue confirmer ces inquiétudes pour le futur site de Fouju.
Des PFAS et des groupes électrogènes
Autre inquiétude : le projet prévoit plus de 600 groupes électrogènes de secours, une fois les 11 data centers installés. Ils doivent garantir la continuité de l'alimentation électrique en cas de panne. Le dossier prévoit leur fonctionnement avec un carburant de type fuel et un important stockage sur le site. "Tout cela va dégager du CO2 et du bruit, sans compter le risque industriel d’incendie", affirme Jean-François Dupont.
FNE alerte également sur les fluides frigorigènes utilisés dans les systèmes de refroidissement. Selon les données reprises par l'association dans sa pétition, environ 514 tonnes de fluides frigorigènes seraient utilisées chaque année, avec une estimation de 15 tonnes de fuites annuelles de substances classées parmi les PFAS.
La question de l'eau
Pour la Confédération paysanne, le dossier pose également la question de la ressource en eau. "Dans la deuxième phase du projet, ils vont quand même pomper dans la nappe phréatique pour refroidir les machines, alors qu’on nous avait dit le contraire. C’est ce qui est prévu dans l’arrêté préfectoral", affirme Pauline Isambert.
La consommation d'eau est devenue un sujet particulièrement sensible dans une région où les restrictions peuvent être renforcées lors des épisodes de sécheresse, comme cet été. Là encore, les opposants demandent des garanties sur les volumes réellement prélevés et sur les périodes durant lesquelles ces prélèvements pourront être effectués.
Des habitants "perplexes"
Au-delà des enjeux environnementaux, Jean-François Dupont décrit une population locale encore peu mobilisée. "Les élus ont été d’accord pour soutenir le projet, au vu des retombées économiques, car on leur a promis monts et merveilles. Ce sont des petits villages, et pour les habitants, ce qui domine, c’est la perplexité et le fatalisme." C'est précisément ce sentiment que les opposants veulent tenter de faire évoluer lors de la rencontre de samedi.
La conseillère régionale Céline Malaisé, présidente du groupe Gauche communiste, écologiste et citoyenne, soutient également la mobilisation. Dans un communiqué publié le 26 août, elle dénonce un projet "hors normes" et appelle à poursuivre la contestation. Elle estime notamment que la rapidité du calendrier du projet est préoccupante et se dit prête à soutenir d'éventuels recours en justice.
"Ça va trop vite"
Pour Pauline Isambert, le problème est aussi démocratique. "Ça va trop vite et on n’a pas été concerté", affirme-t-elle. L'enquête publique s'est déroulée du 30 avril au 30 mai, soit 31 jours. Elle portait simultanément sur plusieurs volets du projet, notamment l'autorisation environnementale et les permis de construire. La commission d'enquête a finalement rendu des avis favorables sans réserve, avant l'autorisation préfectorale du 29 juillet. "L’enquête publique a été bâclée. Elle a duré un mois, c’est trop court pour un projet de cette envergure. Les habitants n’ont pas eu le temps de se rendre compte de l’ampleur et des risques du projet."
Des recours en préparation
L'autorisation préfectorale ne met donc pas un terme à la contestation. Les opposants qui envisagent des recours avec d’autres associations devant la Cour d’appel de Paris, veulent profiter de la journée de samedi pour élargir la mobilisation. "La réunion publique du 29 août va permettre de réunir ces habitants qui sont inquiets. On veut lutter contre ce fatalisme et étendre la mobilisation", explique-t-il.
Le projet, lui, est désormais entré dans une phase concrète, présenté par ses promoteurs comme une infrastructure stratégique pour développer les capacités françaises et européennes en intelligence artificielle, largement soutenu par le gouvernement. Contactés par mail, les porteurs du projet n'ont pas donné suite à nos sollicitations.
À Fouju, les opposants posent une autre question : jusqu'où peut-on aller pour développer les infrastructures de l'Intelligence Artificielle, et à quel prix environnemental ?
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Future ZAD en préparation ?
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https://www.usine-digitale.fr/informati ... NWVX4.htmlData centers : face à l’afflux de demandes, l’Espagne veut conditionner l’accès au réseau électrique à des critères de souveraineté numérique
L’Espagne veut profiter de l’afflux de projets de data centers pour sélectionner les infrastructures les plus vertueuses. Un projet de décret royal - soumis à consultation - prévoit d’imposer aux centres de plus de 1 MW des exigences en matière d’énergie renouvelable, d’efficacité énergétique et hydrique, mais aussi de souveraineté. Le respect de certaines exigences conditionnera leur accès au réseau électrique.
Thibault Caudron Publié le 28 août 2026
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Re: serveurs informatiques 77 milliards de kilowattsheures/an
https://www.usinenouvelle.com/electroni ... QS37Y.html«C’est le plus gros contrat de notre histoire» : Bull sélectionné par l’Europe pour fournir une AI factory à 388 millions d’euros en Finlande
Le fabricant français Bull (ex-Eviden) a été choisi par l’Europe pour fournir un supercalculateur d’IA d’une valeur de 387,8 millions d’euros. Co-développée avec l’américain AMD, cette AI factory sera déployée en 2027 en Finlande. Un signal fort pour Bull, alors que l’Europe a lancé son appel à projet pour des infrastructures encore plus puissantes, les gigafactories d’IA.
Marion Garreau Publié le 31 août 2026 usinenouvelle.com
Bull (ex-Eviden) confirme sa percée sur le marché de l’IA. L’unique fabricant européen de supercalculateurs, historiquement positionné sur le marché du calcul haute performance, a été sélectionné par l’Europe* pour fournir une AI factory à la Finlande. Une machine à 387,8 millions d’euros.
«C’est le plus gros contrat de notre histoire», a réagi Emmanuel Le Roux, le directeur général de Bull, du nom de l’ancienne marque informatique française, ressuscitée à l’occasion du rachat par l’Etat en mars des activités supercalcul d’Eviden, filiale du groupe Atos.
«Ce sera la plus grosse AI factory européenne implémentée jusqu’alors, une machine plus importante encore qu’Alice Recoque», a poursuivi auprès de L’Usine Nouvelle le dirigeant, en référence au second supercalculateur exaflopique d’Europe, dont le chantier doit démarrer cette année en France et que va aussi équiper Bull.
Une infrastructure parmi les plus sobres au monde
Le supercalculateur Lumi-AI – qui sera déployé courant 2027 dans le centre de données du Centre finlandais pour la science (CSC), à Kajaani – a été conçu par Bull en partenariat avec AMD. Le groupe américain des puces, challenger du leader Nvidia, fournira les cartes graphiques (GPU) et les microprocesseurs (CPU). Preuve que sur les semi-conducteurs, la quête de souveraineté de l’Europe patine encore.
Mais la machine intégrera tout de même une nouvelle technologie de Bull, commercialisée début 2026 : le système réseau, qui permet l’interconnexion des processeurs. De quoi valider sa stratégie sur la chaîne de valeur, alors que cette brique technologique est aujourd’hui dominée par Nvidia.
Le supercalculateur Lumi-AI va également intégrer une autre technologie brevetée par Bull : son système de refroidissement liquide direct, qui utilise de l’eau chaude pour refroidir le système. De quoi augmenter la quantité de chaleur récupérable, qui viendra alimenter le réseau de chauffage urbain de Kajaani. «Alimenté exclusivement par de l’électricité renouvelable et hébergé dans une installation répondant aux normes environnementales les plus exigeantes, Lumi-AI figurera parmi les infrastructures d’IA à grande échelle les plus sobres en énergie au monde», écrit le communiqué.
Décupler la puissance de calcul disponible en Europe
Lumi-AI va permettre à l’Europe de se doter d’une septième AI factory sur son sol. Au total, le programme piloté par la structure EuroHPC, sous tutelle de la Commission européenne, doit en faire émerger 13, dans le but de décupler la puissance de calcul disponible sur le territoire et de favoriser le développement de l’IA.
Et une seconde vague doit succéder à la première : la Commission européenne a lancé en août son appel à projet afin de créer jusqu’à sept AI gigafactories, des infrastructures de calcul encore plus puissantes. Et sur lesquelles Bull espère bien se positionner, à travers différents consortiums actuellement à l’étude.
* Précisément, Bull a été sélectionné par la structure EuroHPC JU (une entreprise publique-privée créée par l’Union européenne) et par le consortium Lumi AI Factory, qui réunit la Finlande, la République tchèque, le Danemark, l’Estonie, la Norvège et la Pologne.