Dans la vitrine du démantèlement d'EDF
Usine Nouvelle LE 06/07/2017
Le démantèlement du réacteur A de la centrale de Chooz, dans les Ardennes, sert de test à EDF. Visite du chantier.
Lovée dans une boucle de la Meuse, la centrale nucléaire de Chooz se fait discrète. Les deux aérogénérateurs des tranches B et C de 1 450 mégawatts (MW), en activité, n’apparaissent que lorsque l’on arrive à proximité. Seul leur panache de vapeur permet de les repérer de loin. Première centrale à eau pressurisée de France, construite en 1967 et fermée en 1991, la tranche A, ou Chooz A, est, elle, quasiment invisible. Seuls des bâtiments de chantier blancs révèlent son existence. Non parce qu’elle est en déconstruction depuis 2007, mais parce qu’elle a été bâtie sous une colline. « À l’époque, on ne maîtrisait pas bien le béton précontraint, en revanche, on avait un excellent savoir-faire en tunnel », raconte Gilles Giron, le directeur adjoint déconstruction et déchets nucléaires d’EDF.
C’est donc par deux tunnels d’un peu plus de 80 mètres de longueur que l’on accède aux deux cavernes où étaient installés le réacteur nucléaire (cuve et générateur de vapeur) et les bâtiments auxiliaires. Chacune de ces cavernes de 45 mètres carrés et 25 mètres de hauteur pourrait loger un immeuble de neuf étages. À l’entrée des tunnels, un sas de décompression à 3 millibars empêche toute sortie de poussière radioactive du chantier.
Un chantier qui entre dans sa phase finale. La caverne auxiliaire, qui n’abritait que des équipements non radioactifs, a été totalement démantelée. Dans l’espace laissé libre a été installée la salle de contrôle de téléopération, depuis laquelle les techniciens des sous-traitants d’EDF – Nuvia Process et Westinghouse – pilotent à distance le robot Predactor, un bras téléguidé d’une envergure de 4 mètres de diamètre et portant jusqu’à 8 mètres de hauteur. Son rôle ? Découper et conditionner les déchets faiblement radioactifs issus des équipements primaires restants (générateur de vapeur notamment), stockés dans six casemates décontaminantes.
« Retour à l’herbe » en 2022
Il y reste 30 tonnes de déchets à nettoyer en trente mois. C’est aussi de cette caverne auxiliaire que sera découpée, à distance, la cuve de 3 mètres de diamètre et 5 mètres de hauteur contenant le combustible, qui représentait 99,9 % de la radioactivité du site et dont l’évacuation s’est achevée en 1994. Vingt tonnes de déchets actifs ont été retirées, mais il reste toujours des résidus. Il faut maintenant découper la cuve. Pour ce faire, les techniciens de Westinghouse France l’ont immergée dans une eau à 15 degrés. Ils ont aussi installé un pont et un portique de levage pour déplacer les différents morceaux. Notamment le couvercle, qui vient d’être retiré. Non contaminé, il attend d’être évacué. La découpe de la cuve doit démarrer à l’été 2017 et devrait durer trois ans. Une fois vides, les cavernes et les salles annexes seront au trois-quarts remplies de gravats pour éviter tout effondrement de la colline. La fin du chantier, ou « retour à l’herbe », comme disent les spécialistes, est prévue pour 2022. Il aura occupé 100 personnes de quinze entreprises, dont neuf implantées localement.
Conçue avec la même technologie que les 58 réacteurs nucléaires français, Chooz A n’est pas pour autant représentative du parc. Ses caractéristiques – enfouissement, compacité et faible puissance (309 MW) – ne se retrouvent pas ailleurs. Son très faible taux de déchets moyennement actifs, 0,03 % alors que la moyenne est plutôt de 0,5 % par réacteur, non plus. Mais ce chantier a déjà permis à EDF de valider son scénario de déconstruction, qui consiste à démanteler d’abord les bâtiments auxiliaires puis, petit à petit, le réacteur jusqu’au cœur, en finissant par la cuve. Un scénario qui, pour les futures centrales, devrait prendre quinze ans, contre vingt, si tout va bien, pour Chooz A. La vitrine est en cours.
Chooz A est enterrée sous une colline (au fond). Seules les cabanes du chantier de déconstruction sont visibles.