GillesH38 a écrit : 06 nov. 2019, 16:08
b) ce n'est pas une "minimisation des ressources consommées" : c'est faux mathématiquement,
C'est juste qu'il y a ambiguité sur la phrase écrite en Francais. La phrase "croissance avec minimisation des ressources consommees" signifiait dans mon esprit "croissance avec minimisation des ressources consommees a croissance donnée", qui est le seul sens qu'on peut donner raisonnablement à cette phrase dans ce contexte. Tu proposes de dire plutot minimiser l'intensite' energetique. C'est un peu ca mais pas tout a fait, ce serait reducteur car il y a plein d'autres ressources a considérer (le temps, l'energie, le prix...).
Et même avec l'effet rebond, minimiser l'intensité énergétique conduit souvent à AUGMENTER le total consommé (car les ressources chères peuvent devenir moins chères et donc accessibles, alors qu'elles n'auraient pas été accessibles sans cette optimisation).
Je pense que si on a une philosophie de minimisation des ressources consommees pour nos besoins, il n'y a pas d'effet rebond. Nos besoins sont satisfaits finalement avec assez peu de ressources ( en dehors des prelevements obligatoires et du logement qui sont des postes budgetaires certes tres lourds mais qui ne sont que des transferts de capitaux vers d'autres et que nous ne consommons pas).
L'effet rebond me semble lié à la philosophie de nos sociétés ou la plupart des individus se donnent comme mission de maximiser leurs consommations materielles. C'est un choix philosophique assez recent, deuxieme moitie du 20eme siecle. La maximisation des besoins est inevitable pour toute espece vivante, dont la notre. Mais la maximisation des consommations materielles est une optimisation toute differente. Je maximise absolument mes besoins, je me cultive, je rencontre des gens, je mange de la nourriture qui a bon gout. Mais je minimise la consommation materielle necessaire a la satisfaction de ces besoins.
L'effet rebond individuel n'est possible que par le matraquage publicitaire qui a reussi a convaincre une majorité de la population que consommation materielle = satisfaction d'un besoin, comme si les objets pouvaient satisfaire nos besoins immateriels d'amour, de joie, de creativité. La premiere ressource que tu maximises et qui est a mon sens inestimable quand tu vis simplement est le temps. Tu as du temps ! Tu ne regardes pas les pubs de telephone, les promotions, tu ne vas pas faire les courses quand il y a du monde et que c'est les soldes, tu ne passes pas ton temps a remplir des dossiers pour avoir des promotions professionnelles ... Et ce temps, c'est ce qui te permet d'etre vivant, joyeux ou triste, mais toujours avec une vie dense parce que ta vie se concentre sur ce qui te nourrit en temps qu'etre humain.
Bien sur, il peut y avoir un effet rebond collectif indirect au sens ou d'autres consomment les ressources que tu laisses et ne prends pas. C'est difficile a dire dans le fonctionnement economique si les ressources non consommees par quelqu'un sont consommees par un autre immediatement ou si ca ralentit l'economie indirectement en reportant les consommations a plus tard. (pour les fossiles ca ne change rien, en revanche pour les renouvelables, le report change la donne, couper un arbre plus tard permet a un arbre de repousser entre temps). Mais dans tout les cas, je n'ai aucune intention de sauver le monde. J'essaie d'adopter une philosophie qui me semble juste, mais je reconnais aux autres le droit d'en choisir une autre. Meme si on me convainc qu'il y a rebond instantané, ca ne changera pas mon attitude. J'ai choisi cette vie simple pour son intensité, et parce que ca preserve la nature et la beauté auour de moi, mais pas pour sauver le monde.
C'est encore un paradoxe tragique de la "lutte pour le climat" qui croit, ou fait croire, qu'en économisant l'énergie, on finira au total par en consommer moins, alors que c'est exactement le contraire : plus on optimise les processus, plus les ressources deviennent accessible à bas cout.
Oui, enfin pour l'energie, de toute facon, on va prendre toutes les fossiles. Je considere que la question est pliee. Sur ce point je partage l'argument que tu repetes souvent, ce qui reste de petrole et de gaz sera pris par l'humanité, dans les quelques dizaines d'annees a venir, que l'on essaye de ralentir ou pas.
La question est de savoir si ensuite (ou pendant la depletion) on coupe tous les arbres ou pas. Si on le fait, il y aura des famines monstrueuses, qui peuvent d'ailleurs nous toucher toi et moi. Si dans 10 ans, on commence a couper les arbres massivement pour nous chauffer ou faire rouler des voitures elec, je pense que dans moins de vingt ans, les famines reviendront nous dire bonjour.
Donc pour moi, la question n'est pas d'essayer d'optimiser pour preserver notre mode de vie. C'est plutot de reussir a baisser les besoins primaires de nos concitoyens pour eviter la destruction massive de l'environnement. Si les maisons sont mieux isolees, si les terres arables sont mieux protegees, la pression sur les forets et l'ecosysteme sera plus faible et la probabilité de piller l'ecosysteme pour satisfaire les besoins primaires sera plus faible. Donc la probabilité que mon fils ou moi meme souffrions de famine sera plus faible.
Les questions philosophiques, qui te semblent mineures si je comprends bien, me semblent au contraire fondamentales. Si les gens en moyenne n'acceptent pas d'abandonner cette ideologie de maximisations des biens materiels consommés, on ira je crois vers une predation intense sur la nature et des famines. Et, vu le nombre qu'on est, meme avec un choix de la simplicité et l'abandon du consumerisme, c'est pas gagné....