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Il faut sortir de la religion de l'atome
LEMONDE.FR | 17.03.11 | 18h19 . Mis à jour le 17.03.11 | 18h24
S'il est encore beaucoup trop tôt pour tirer un bilan synthétique de ce
qu'il faut bien appeler catastrophe nucléaire, il est d'ores et déjà
possible de livrer quelques observations sur la façon dont elle a été
présentée dans notre pays. A la fois par les spécialistes du nucléaire,
l'élite politique dans sa grande majorité (exception faite des
écologistes, du Parti de Gauche et de quelques autres, le Pati
socialiste manifestant une fois de plus son incapacité à incarner une
opposition crédible), et par la plupart des médias. Ces derniers, à
l'insu de leur plein gré, comme disait un célèbre coureur cycliste, ont
été et continuent à être le plus souvent complices d'une authentique
mascarade en matière d'information. Il est certain qu'il est toujours
plus confortable, narcissiquement parlant, de se persuader que le pire
est évité, ou bien réservé aux autres...
On a d'abord cherché à minimiser à peu près unanimement l'accident
lui-même, et manifesté une incapacité à en reconnaître la gravité. Alors
que dès les premières heures, certains experts américains parlaient
d'une catastrophe majeure, Eric Besson, en charge de l'énergie au
gouvernement, s'en tenait encore à l'hypothèse peu vraisemblable du
simple accident sans conséquences. Que les autorités japonaises
dissimulent une partie des réalités, en ces circonstances, pour ne pas
effrayer leurs populations, cela peut se comprendre. Mais à des milliers
de kilomètres de là, la même manoeuvre n'a pour seul objectif que de
discréditer par avance toute critique éventuelle à l'encontre de notre
propre industrie nucléaire.
Une fois que le terme "catastrophe" ne pouvait plus être évité, nous
avons été sommés, par une manipulation grossière dénoncée par Erik
Emptaz dans /Le Canard enchaîné/ du 16 mars, d'éprouver de la compassion
pour les pauvres victimes japonaises qui souffrent, et de remettre à
plus tard (de préférence à jamais), sous peine d'"indécence" (Xavier
Bertrand, Ségolène Royal, Claude Allègre et bien d'autres) un débat qui
n'a jamais eu lieu. Ce débat serait pourtant susceptible de remettre en
cause les /a priori/ fondant le monopole absolu du nucléaire en vigueur
depuis le programme lancé à la fin de la présidence Pompidou, qui a fait
de la France le pays le plus nucléarisé du monde. Autant dire que cette
question est toujours parfaitement taboue, alors même que le monopole de
l'électricité nucléaire en France est plus que jamais réaffirmé après le
sabotage du Grenelle de l'environnement par les autorités, comme le
souligne à juste titre Corinne Lepage.
Que d'autres pays européens tels que l'Allemagne, l'Autriche ou la
Suisse, qui n'ont pourtant pas la réputation d'avoir des dirigeants
particulièrement "émotifs" à leur tête, réagissent à cette catastrophe
en prenant sans attendre des mesures de précautions, voilà qui n'est pas
de nature à faire bouger d'un iota la position officielle française.
Pourtant, la sophistication de la technologie japonaise met nos élites
dans l'embarras (le directeur de l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN)
reconnaissait lui-même que les réacteurs japonais appartenaient à la
même filière que les français), ôtant par avance toute leur portée aux
discours méprisants que l'on avait pu tenir lors de la catastrophe de
Tchernobyl face à l'incurie soviétique.
A ce propos, on a tenté parallèlement de minimiser systématiquement les
conséquences des catastrophes nucléaires précédentes. On apprenait ainsi
lundi 14, au journal de 20h sur France 2, que Tchernobyl n'aurait causé
la mort par cancer de la thyroïde que de dix-sept enfants. Voilà qui est
rassurant ! Or, il semblerait qu'au moins 600 000 liquidateurs furent
irradiés à cette occasion et toutes les hypothèses sérieuses évaluent
les pertes humaines à plusieurs dizaines de milliers ; une vaste zone
géographique restera infertile et inhabitable pendant une durée
indéterminée.
Les experts ergotent à présent sur les doses létales, s'empressent de
souligner que certains composants radioactifs vont perdre en quelques
mois leur dangerosité (Thierry Charles dans "C'est dans l'air" sur
France 5, le mardi 15), oubliant par la même occasion de préciser que
d'autres radio-éléments échappés des centrales japonaises ont une durée
de vie autrement plus longue. L'on se garde /a fortiori/ de rappeler que
l'inhalation d'un microgramme de plutonium (qui entre dans la
composition du Mox, cette spécialité française rejetée par les autorités
américaines en raison de sa dangerosité et de sa faible rentabilité, qui
alimente certains réacteurs français et japonais) suffit à provoquer un
cancer du poumon...
Les discours des prétendus experts du nucléaire et de leurs valets
politiques auraient un caractère parfaitement grotesque si la situation
n'était aussi tragique : on en est réduit à espérer que les vents
veuillent bien pousser les nuages en direction du Pacifique (peu
importent les populations, certes beaucoup moins nombreuses, éparpillées
sur cet océan), et à espérer que la pluie se fasse un peu attendre.
D'une façon dérisoire, ces maîtres fiers de leur technologie, qui
pensaient pouvoir tout contrôler, sont obligés de s'en remettre au bon
vouloir des éléments. Heureusement pour eux, le ridicule ne tue pas.
*"DÉNI DES RÉALITÉS"*
On ne le répètera jamais assez : l'industrie nucléaire, outre son coût
faramineux (on connaît tout au plus le coût de démantèlement d'une
centrale, mais pas celui de la gestion des déchets durant des siècles,
ce qui n'empêche pas les journaux télévisés de vanter sans sourciller le
caractère bon marché du kwh d'électricité d'origine nucléaire !) n'est
pas potentiellement dangereuse. Elle est au contraire intrinsèquement
polluante, et ce à toutes les étapes de son exploitation (dès la phase
d'extraction de l'uranium, qui nécessite le broyage de plus de 600
tonnes de minerai pour l'obtention d'une tonne utilisable, et dont le
bilan en termes d'émission de CO2 n'est pas du tout anodin).
Et contrairement à ce qu'affirme naïvement Nicolas Dupont-Aignan, même
une gestion publique étatique des plus sérieuses, au lieu d'une gestion
privée par définition plus soucieuse de rentabilité que de sécurité --
au sens fort (Tepco) ou au sens faible (les sous-traitants d'EDF) -- ne
nous préserverait pas de risques naturels ou terroristes majeurs. Mais
le pire est encore que cette technologie non maîtrisée laisse à nos
descendants, sans doute pour des millénaires, un legs empoisonné : le
mythe du "confinement" des éléments radioactifs est démenti par toutes
les réalités, comme l'illustrent parfaitement les fuites recensées dans
l'ancienne mine de sel de Hasse, en Allemagne.
Il faut bien comprendre une chose, sans quoi cet entêtement absurde
garde un caractère mystérieux. Derrière les intérêts économiques et
financiers colossaux en jeu, il y a, plus fondamentalement,
l'attachement à un dogme. Le dogme de la quasi-perfection, en tout cas
de l'innocuité de la technologie nucléaire, est en France l'objet d'une
foi aveugle chez ses sectateurs. En douter ne serait-ce que très
modérément, ce serait faire sécession, se comporter en hérétique. C'est
très significativement que B. Bigot déclarait le 16 mars sur France
Inter qu'en dépit de la catastrophe japonaise, le nucléaire restait à
ses yeux une énergie d'avenir pour l'humanité. Et même dans l'hypothèse
atroce où plusieurs millions de personnes viendraient à être irradiées,
l'on peut être certain que Monsieur Bigot et ses pairs ne changeraient
pas d'avis, prêts à sacrifier la santé des populations pour préserver
leur religion de l'atome.
Que ce triste avatar du scientisme soit une sinistre caricature de la
célèbre formule cartésienne : /"Nous rendre comme maîtres et possesseurs
de la nature"/, cela ne change rien à l'affaire. Une foi aveugle, ancrée
dans le déni des réalités les plus évidentes, des gens prêts à tout pour
faire triompher leurs convictions, n'est-ce pas précisément la
définition du terrorisme ?
François Géal, maître de conférences à l'Ecole normale supérieure
François Géal est maître de conférence à l'ENS, dit la signature... oui, mais au département littérature et langage, et spécialisé en littérature et civilisation espagnole du "siècle d'Or", ce qui suffit largement à asseoir son autorité sur la question du nucléaire, apparemment, et à raconter des sottises aux français en première page du "Monde", ci-devant "quotidien de référence".
Les idées développées dans ce torchon d'un anti-nucléaire primaire sont parallèles à celles du courant proto-terroriste de l'écologie appelé la "Deep-Ecology" ou écologie profonde/radicale, un genre de propagande jésuitique digne des guerres de religion.
Au vu de sa conclusion, il aurait tout aussi bien pu appeler à une Saint-Barthélemy anti-nucléocrates. Mais ce qui me frappe le plus, dans cette prose haineuse, c'est l'hypothèse sous-jacente anti-prométhéenne.
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