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Re: Nigéria

Publié : 03 oct. 2026, 11:51
par energy_isere
Gros projet dans le bioéthanol au Nigéria :
Bioéthanol : le Nigeria accélère la structuration d’une filière basée sur le manioc

Agence Ecofin 02 oct 2026

Premier producteur mondial de manioc, le Nigeria cherche depuis plusieurs années à diversifier les débouchés de cette culture au-delà de l’agroalimentaire. La filière des biocarburants apparaît comme une voie de valorisation émergente qui permet la production de bioéthanol destiné au secteur énergétique.

Le 29 septembre dernier, NNPC New Energy Limited, filiale de la compagnie pétrolière publique nigériane NNPC et la société 3D HighTech Systems ont signé un protocole d’accord avec l’agence fédérale chargée du développement et de la gestion des ressources en eau dans le bassin des fleuves Ogun et Oshun (OORBDA), pour la mise en œuvre d’un projet de production de bioéthanol dans l’État de Lagos.

D’un coût total annoncé de 256 millions d’euros (environ 290 millions $), le projet prévoit la construction d’une usine de production de bioéthanol à base de manioc sur un site de 200 hectares dans la zone d’Itokin. Pour assurer son approvisionnement en matière première, l’OORBDA prévoit également de mettre à disposition 15 000 hectares destinés à la culture à grande échelle du tubercule dans les États de Lagos, Ogun, Osun et Oyo.

Selon les responsables du projet, la production de bioéthanol de la future usine sera destinée au mélange avec l’essence Premium Motor Spirit (PMS), utilisée comme carburant pour les véhicules à moteur à essence.

Une nouvelle brique dans l’écosystème nigérian

L’annonce de ce nouveau projet intervient alors qu’Abuja cherche déjà à structurer une véritable chaîne de valeur du bioéthanol à base de manioc. En janvier 2026, par exemple, le ministère fédéral du Budget et de la Planification économique annonçait vouloir intégrer environ 14 millions de petits exploitants à cette filière dans le cadre du Cassava Bioethanol Value Chain Development Project.

Pour rallier les producteurs à cette nouvelle dynamique, les autorités nigérianes misent sur le modèle dit de la triple hélice, dans lequel universités, industrie et État sont appelés à coopérer afin de diffuser des variétés de manioc à haut rendement, d’attirer des capitaux privés, de faciliter l’accès aux technologies et d’améliorer l’environnement productif. Ce partenariat de transfert de connaissances vise à transformer la filière en un véritable moteur d’innovation et de création de valeur.

Un cadre favorable à l’investissement

Dans le cadre de la Politique nationale des biocarburants adoptée en 2007, Abuja prévoyait déjà un objectif d’incorporation de 10 % d’éthanol dans l’essence à l’horizon 2020, qui n’a pas été atteint. Près de deux décennies plus tard, cette ambition revient dans l’agenda énergétique nigérian.

En mai 2026, l’Autorité nigériane de régulation du secteur pétrolier intermédiaire et aval (NMDPRA) a engagé, avec NNPC Retail et l’Organisation nigériane de normalisation (SON), les travaux préparatoires du programme pilote E10. Celui-ci doit permettre de tester, dans des stations-service sélectionnées, un mélange composé de 10 % de bioéthanol et de 90 % d’essence, tout en évaluant les conditions techniques, réglementaires et logistiques nécessaires à son déploiement à plus grande échelle.

D’après la NMDPRA, la consommation domestique d’essence a atteint en moyenne 56,74 millions de litres par jour en octobre 2025, dont près de 49 % provenaient des importations. Dans ce contexte, le ministère du Budget et de la Planification économique estime que la mise en œuvre du Projet de développement de la chaîne de valeur du bioéthanol de manioc, pourrait permettre au Nigeria de réaliser plus de 3 000 milliards de nairas (environ 2,1 milliards USD) d’économies annuelles en devises, grâce à l’incorporation du bioéthanol au carburant (PMS).

Ces différentes initiatives contribuent ainsi à créer progressivement les conditions de l’émergence d’un marché nigérian du bioéthanol. Reste désormais à transformer les ambitions publiques et les projets annoncés en capacités industrielles opérationnelles, avec un approvisionnement régulier en manioc et un cadre permettant effectivement l’incorporation du bioéthanol dans l’essence.
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