Frais derrick, ton post était trop intéressant pour le laisser se perdre dans « Ça monte ! ». Je me suis permis de le transférer ici.

Je l'ai également modifié de façon à faire apparaître les images.
---- Message de Frais Derrick ----
Mince ! Vous m'avez tous précédé. Je voulais poster un message exactement en rapport avec la question des raffineries (initialement intitulé : Le faux argument des raffineries), mais il est maintenant un peu tard. Enfin, bon, tant pis, je me lance.
N.B. : Je suis incapable de mettre une image, je viens d'essayer par ailleurs, mais cela ne marche absolument pas. Je joins donc l'adresse où vous pourrez les consulter. Pardon pour l'amateurisme.
Parmi les nombreux arguments fréquemment invoqués pour expliquer la hausse des cours du pétrole, le manque des raffineries est assurément un de ceux qui reviennent le plus souvent. En première lecture, on comprend pourtant assez difficilement en quoi une insuffisance dans les capacités de raffinage devrait faire augmenter le prix de la matière première : le pétrole. Ce sont plutôt les produits transformées : essence, kérosène et autres gas-oil et fuel, qui devraient enchérir et non le pétrole lui-même.
Bien sûr, l’incohérence n’est qu’apparente. Il existe
plusieurs variétés de pétroles : certains légers, qui fourniront par simple raffinage des produits à forte valeur ajoutée - les plus appréciés ; et d’autres plus lourds, d’où on extraira essentiellement, toujours avec les mêmes techniques de base, des matières moins convoitées, fuel lourd et bitume.
Les techniques de raffinage actuelles permettant également d’obtenir les fractions les plus recherchées à partir de pétroles lourds, par craquage et reformage, on comprend qu’un manque de raffineries modernes, seules à même d’assurer efficacement ces transformations, puisse avoir un fort impact sur le cours du pétrole, ou plutôt de certains pétroles. Avides d’essence, de kérosène, de gas-oil, et incapables d’obtenir ces produits autrement qu’avec les vieilles techniques de raffinage, c’est-à-dire autrement qu’avec des pétroles légers, les acheteurs se jetteraient sur ces derniers au détriment des pétroles lourds. Cette explication, tout à fait séduisante, permet de comprendre la hausse des cours actuels. C’est là notre deuxième lecture : forte demande du marché en essence, kérosène, gas-oil (fractions légères) + manque de raffineries modernes capables de traiter avantageusement les pétroles lourds = augmentation du cours des pétroles légers.
Cette explication ne résiste pourtant pas aux faits.
Dans la figure ci-dessous, nous avons représenté, entre janvier 2002 et avril 2006, l’évolution du cours (en échelle logarithmique) de trois pétroles bruts : le Mexico Maya, lourd, avec un degré API égal à 22° ; le Brent, léger, avec un degré API de 38° ; et finalement l’Iran heavy, moyen, avec un degré API intermédiaire de 30°. Que voit-on ? L’évolution du prix de ces trois bruts est très sensiblement équivalente, quasi parallèle (comme le montrent bien les courbes de régression respectives). Quand sur une période le Brent augmente par exemple de 30 %, les autres variétés, intermédiaire ou lourde, augmentent presque pareillement du même pourcentage. Ceci est évidemment incompatible avec l’explication que nous avons donnée plus haut, puisque selon cette dernière, on aurait dû théoriquement voir le Brent, léger, augmenter plus vite que l’Iran heavy, et encore plus vite que le Mexico Maya, lourd.
Cette simple vision, avec trois « crus » seulement, loin d’être une exception ces dernières années, constitue bien au contraire la règle générale. Pour preuve, les données fournies par l’EIA-DOE exprimant le prix annuel moyen du pétrole à l’importation (et intégrant tous les crus du marché) en fonction de son degré API. Décomposées par intervalles de 5° (inférieur à 20,0° ; de 20,1 à 25,0° ; de 25,1 à 30,0° ; etc.), celles-ci ne montrent clairement aucune rupture entre les divers crus de pétrole. Légers comme lourds évoluent de la même façon, et l’appréciation des uns ne se fait pas au détriment des autres, les deux classes restant parfaitement liées. Une évolution assurément peu compatible avec l’argument des raffineries !
