Un vigneron charentais installe 4 hectares de vignes sous photovoltaïque pour s’adapter
AFP avec Connaissance des Énergies le 4 juin 2026
Pour protéger ses ceps des canicules, de la grêle et du gel tardif, un vigneron charentais a planté quatre hectares sous panneaux photovoltaïques, une pratique encore naissante qui suscite « appréhension et débats ».
Un dispositif dynamique au service de la vigne
À Saint-André-de-Lidon, au sud de Saintes, David Moreau, 45 ans, producteur de cognac, a fait implanter 6 000 panneaux orientables au-dessus de rangs d’ugni blanc, avec une garde au sol permettant la conduite des travaux viticoles. La centrale, inaugurée début mai et présentée comme une première en secteur viticole dans le département, a coûté quatre millions d’euros selon Sun’Agri, la filière agrivoltaïque d’Eiffage qui a conçu et installé l’ouvrage.
Le viticulteur motive l’investissement par la pression climatique sur ses rendements. « Chaque année, je perds 5 à 10 % de ma récolte à cause de l’échaudage, les chaleurs brûlent le raisin », explique-t-il. « En cas de grêle, en mettant les panneaux à plat, 70 à 80 % des vignes sont sauvées. Et ça me donne 90 % de chances d’être épargné par le gel ».
Le producteur a confié quatre hectares à ce dispositif d’agrivoltaïque dit « dynamique », capable d’alterner ombre et ensoleillement selon les besoins de la plante. « Le pilotage des panneaux est assuré par Sun’Agri en temps réel grâce à un logiciel », précise Boris Marchal, directeur des affaires publiques de l’entreprise. La reprise manuelle reste possible « par exemple en cas de grêle ».
Le modèle économique s’appuie sur un investisseur qui perçoit le produit de la vente d’électricité, « l’équivalent de la consommation de 800 à 1 000 familles par an », et verse en contrepartie un loyer de 600 euros par an pendant 30 ans à l’exploitant. Les premières vendanges sous ombrières sont visées en 2029.
Cadre réglementaire et expérimentations
Le développement de ces installations s’inscrit dans le cadre de la loi APER, complétée par le décret n° 2024-318 du 8 avril 2024 et par un arrêté du 5 juillet 2024, qui précisent les conditions de l’agrivoltaïsme, notamment le maintien d’une production agricole significative et l’apport d’un service à l’exploitation (protection contre les aléas, adaptation au changement climatique, etc.). ([legifrance.gouv.fr](
https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/ ... rce=openai))
Dans la viticulture, plusieurs programmes testent ces solutions, dont le démonstrateur Vitisolar piloté par l’Inrae à Villenave-d’Ornon (Gironde), avec des panneaux orientables destinés à évaluer sur plusieurs campagnes la compatibilité technique et agronomique entre vigne et capteurs. Le dispositif vise un retour d’expérience pluriannuel jusqu’en 2028. ([oeno.bordeaux-aquitaine.hub.inrae.fr](
https://oeno.bordeaux-aquitaine.hub.inr ... rce=openai))
La société Sun’Agri indique disposer d’une vingtaine de projets en exploitation ou en cours autour de la Méditerranée, en vallée du Rhône et en Nouvelle-Aquitaine. Dans les Pyrénées-Orientales, le domaine de Nidolères a été pionnier avec 4,5 hectares de vignes équipés dès 2018, expérience dont « les retours sur les rendements sont très positifs » selon David Moreau. ([sunagri.fr](
https://sunagri.fr/projet/le-domaine-de ... rce=openai))
Appellations, paysage et acceptabilité
La montée en puissance du photovoltaïque agricole se heurte toutefois aux règles applicables aux vignobles en appellation, une réglementation interdisant depuis 2002 toute couverture des parcelles en AOC ou IGP, soit l’essentiel de la production nationale. Christian Paly, président du comité vins et spiritueux à l’Inao, rappelle qu’« il est possible d’y déroger en réalisant des expérimentations ».
Certains cahiers des charges excluent d’emblée ces dispositifs pour des motifs paysagers, à l’image de l’appellation Côtes-du-Rhône, qui a acté une interdiction. L’interprofession du cognac indique arrêter sa position à l’issue d’évaluations en cours portant sur les effets paysagers, qualitatifs, économiques et réglementaires ; d’ici là, l’exploitant charentais n’élèvera que du « vin sans indication géographique » sous la structure.
Pour l’Inao, « dans une stratégie nationale d’adaptation au changement climatique, il ne faut pas balayer d’un revers de main le photovoltaïque, à condition d’expérimenter et d’encadrer ». Le syndicat FNSEA juge la voie prometteuse : « Cela permet de produire de l’électricité pas chère et ça améliore visiblement la qualité » de la production, estime Olivier Dauger, coprésident de l’association France agrivoltaïsme, tout en appelant à « rassurer les gens » : les projections à l’horizon 2050 évoquent 0,5 % de la surface agricole française.
Sun’Agri souligne enfin que « plus au nord, l’intérêt de protection climatique n’est pas avéré », la société concentrant ses développements dans les zones les plus exposées ; le pilotage fin des panneaux doit permettre d’ajuster l’ombrage pour limiter l’échaudage sans dégrader la maturation des raisins, tandis que l’électricité injectée s’ajoute au parc photovoltaïque national.