beh non ça n'a rien à voir avec ce qu'on appelle un seuil critique. C'est juste l'amplitude de la réponse qui a été réévaluée dans ces modèles (dont rien ne dit qu'ils sont justes ) , mais ce n'est pas du à l'emballement d'une rétroaction.
En gros, vous parlez de rétroaction, d'emballement, de non linéarité, de catastrophe , de seuil critique, comme si tout ça c'était pareil , sans comprendre qu'il y une différence fondamentale entre un système stable, et un système instable. Une rétroaction ne veut pas dire forcément qu'il y a emballement, même si il
peut y en avoir (justement dans le cas de l'effet Larsen il y en a). Tout comme une "non linéarité" ne veut pas dire forcément que ça conduise à un emballement, même si c'en est une condition nécessaire , mais pas suffisante (essentiellement vous confondez nécessaire et suffisant ..)
Excusez le ton un peu professoral de la suite , mais ça me semble utile de rappeler des notions de base. Donc :
* un système qui a une réponse "B" à un stimulus "A" (pour le climat B peut etre pris comme la température moyenne et A le forçage) sera dit
linéaire si la variation de B est proportionnelle à la variation de A , soit ∆B = K ∆A . Il sera dit
non linéaire dans le cas inverse, par exemple avec un terme quadratique ou une puissance plus élevée : ∆B = K∆A+K'(∆A)^2 = (K+K'∆A) ∆A : on voit qu'un système non linéaire , ça revient à dire que le coefficient K (défini comme la dérivée dB/dA) n'est pas constant mais dépend de A.
Aucun de ces systèmes , même "non linéaire", ne conduit à une instabilité, c'est juste que la réponse est ou n'est pas une droite en fonction du stimulus, mais il n'y a pas de "divergence", "d'explosion" etc ....
Maintenant les choses peuvent changer si on met une rétroaction : une rétroaction sera qu'une variation de A produit une variation de B, mais qu'une variation de B produit à son tour une variation de A. Si les deux réponses sont linéaires, on a ∆B = K1 ∆A et ∆A = K2 ∆B. Dans ce cas une variation initiale ∆A produira une variation ∆B = K1 ∆A , qui produira elle même ∆A = K1K2 ∆A = f ∆A où le coefficient de rétroaction f= K1K2. Cette variation f ∆A produira elle meme une nouvelle variation f(f ∆A) = f^2 ∆A, qui produira elle même une variation f^3 ∆A etc ... on voit facilement qu'une variation initiale ∆A se traduira finalement par une variation finale ∆Af = (1+f+f^2 + ...) ∆A = ∆A /(1-f) . De même on voit facilement que la réponse ∆B finale sera ∆Bf = K1 ∆A/(1-f)
On voit que si f< 1 la réponse sera amplifiée (par un facteur 1/1-f mais
restera linéaire , ça revient à changer le coefficient K1 en K1/(1-f). Mais il n'y aura pas de divergence ou d'explosion, simplement une réponse plus forte.
En revanche si f atteint ou dépasse 1, alors là effectivement il y a une divergence et B (et A ) deviennent en principe infini. Mais évidemment l'infini n'est pas de ce monde, donc en réalité ce qu'il va se passer c'est que d'autres phénomènes vont limiter la croissance de A et de B qui vont à un moment "saturer". Mais la différence fondamentale est que
le niveau de saturation ne dépend que des autres phénomènes qui limitent la croissance et pas du tout de la perturbation initiale, il n'y a plus de linéarité ou de non linéarité dans la réponse finale, il n'y a simplement plus de lien entre l'état final et la perturbation initiale.
C'est en particulier le cas de l'effet Larsen qui sature à la puissance maximale de l'ampli, quel que soit le son de départ.
Maintenant on voit que si K1, K2 et donc f sont constants, on ne peut pas passer d'un état stable à un état instable : soit f < 1, soit f >1. En revanche si on a rétroaction ET non linéarité, en théorie K1 et K2 dépendent de A et on peut passer d'un régime amplifié mais stable à un régime instable. Pour déclencher une instabilité catastrophique, il faut donc
* qu'il y ait rétroaction
* ET qu'il y ait non-linéarité
* ET que le coefficient de rétroaction dépasse 1
il ne suffit donc pas de dire "y a des rétroactions " ou "y a de la non linéarité" pour prouver que ça va diverger.
Qu'en est il du climat ? et bien si vous regardez le résultat des modèles, on ne voit aucune divergence brutale de la température au delà d'un certain seuil du CO2. Meme à 7°C. Donc les modèles ne prévoient jamais un emballement catastrophique du climat. Vous pouvez penser qu'ils sont faux, mais en tout cas ils ne le prévoient pas. Pour atteindre 7°C il faut aussi un forçage très fort, correspondant à environ 1000 ppm d'équivalent CO2 - 3 ou 4 fois les réserves prouvées et avec une consommation de fossiles encore 3 fois supérieure à l'actuelle à la fin du siècle. Meme dans ces hypothèses improbables , il n'y a pas "emballement", c'est juste que si on tire très fort sur l'élastique il s'allonge aussi beaucoup mais il ne casse pas.
En revanche la transition glaciation-> déglaciation semble effectivement correspondre à un emballement, une petite variation de forçage astronomique produisant une grande variation de température, mais la différence là est qu'il y a une rétroaction importante due à la diminution des surfaces glacées - rétroaction qui a essentiellement disparu avec la réduction importante de ces surfaces, réduites au inlandsis du Groenland, de l'Antarctique et de la banquise - pas assez étendue et à trop haute latitude pour déclencher une rétroaction catastrophique maintenant.
Après vous pouvez toujours faire vos propres modèles climatiques dans vos têtes mais il n'y a aucun calcul qui les confirme actuellement, c'est tout ce que je dis.