Chris Skrebowski vient de publier un article très intéressant (
http://www.energybulletin.net/17422.html ) où il décrit plus précisément la méthodologie utilisée pour son étude "Megaprojects". Je suis toujours convaincu que cette méthode est la plus précise pour déterminer le niveau de l'offre à un horizon de 5 à 7 ans.
Cette méthode offre aussi l'avantage d'être indépendante du niveau des réserves et des futurs découvertes. (c'est aussi une limite : elle peut prévoir une pénurie, mais plus difficilement le pic).
Il estime que ses résultats s'affinent pour plusieurs raisons :
- prise en compte de champs de plus en plus petits (>=50.000b/j)
- meilleure connaissance des projets (nouvelle base de donnée Opep)
- le test des valeurs réellement observées avec ses précédentes estimations permet de valider et éventuellement de faire évoluer sa méthodologie.
C'est le cas notamment dans la manière qu'il a de déterminer le taux de "déplétion" (il utilise le mot "déplétion" dans son sens de "déclin de la production d'une année sur l'autre") "dans les prochaines années. Comme on l'a vu précédemment, ce point est crucial. Il observe que la déplétion a coûté une perte d'environ 1.3 mb/j en 2005 (1.6%) :
perte = (production 2004 + nouveaux projets 2005) - production 2005 effectivement constatée.
Par ailleurs, cela correspond exactement au déclin (de 5%) des 30% des pays qui sont en déplétion de type III (déclin de tout un pays). Cela permet d'extrapoler la perte dans les années futures. Exemple en 2010, 40% des pays en déplétion type III, déplétion de 5%, production de 92 mb/j = perte de 1.85 mb/j
Cette méthode que l'on peut gentiment qualifier d'heuristique (moins gentiment de pifométrique) peut sembler contestable. Si je comprends bien, dans son calcul final :
- pour les pays en déplétion de type III, il rajoute (à tort ?) les nouvelles productions alors qu'elle sont déjà incluses, puisqu'elles servent déjà à atténuer la déplétion
- pour les pays non en phase III, il ignore totalement les déplétions de type II.
Désolé si ce propos semble confus (ce n'est pas très clair dans ma tête), mais cela tient surtout à la classification non homogène des 3 types de déplétions : ni complètement incluses les unes dans les autres, ni totalement indépendantes.
Il faut espérer que les 2 "erreurs" s'annulent. Il reste que cela "colle" avec ce qui est observé et que cela correspond à l'intuition : plus le nombre de pays en déclin augmente, plus le déclin global s'accélère.
Skrebowski dit par ailleurs qu'il ne peut pas considérer à l'avance des événements qui ne se sont pas encore produits (mais qui sont possibles ou probables) comme le déclin de champs géants. Pour lui, cela apparaîtra dans son étude dès que le pays correspondant entrera en déplétion.
Sa conclusion actuelle : [...] sauf en cas de catastrophe ou de problème politique majeur, la production de pétrole a le potentiel pour croître jusqu'à la fin de la décennie, mais que peu après, cette production a plus de chance de décroître que de croître.
(A ce que je comprends, cette conclusion est basée sur une très récente révision de son étude publiée dans une revue professionnelle, non encore disponible sur le net).