Re: Le conflit Russo-Ukrainien.
Publié : 11 juil. 2026, 09:23
par alain2908
Perspectives
Une vidéo de Vladimir Milov – l’un des économistes de l’opposition russe les plus sérieux – explique, schémas à l’appui, que ce sont, en fait, 90% des capacités de production d’essence en Russie qui ont été endommagées (la seule raffinerie encore intecte est à Angarsk, au fin fond de la Sibérie, plus près de la Chine), c’est-à-dire que la crise liée au manque d’essence est d’une profondeur jamais vue, – quelque chose que ne peuvent en aucun cas compenser les importations de pétrole en provenance de Biélorussie et d’Inde, sans parler de l’absurdité historique de la chose aux yeux mêmes de la population russe – le plus grand producteur de pétrole du monde est lui-même obligé d’en importer. Ajouter à cela que les attaques continuent, au même rythme, et que ces raffineries, explique Vladimir Milov, toutes, ont été construites sur des technologies occidentales, parce que la Russie ne les produit pas : or, les firmes qui les produisent se sont retirées du marché russe, suite aux sanctions, et quand bien même, par voies de contrebande, la Russie réussirait à faire venir de Chine telle ou telle pièce nécessaire, il n’est pas envisageable que cette contrebande suffise à fournir tout ce dont la Russie a besoin, – d’où les attaques répétées sur des raffineries qui, d’ores et déjà, ne produisent rien ou presque rien, pour empêcher toute tentative de réparation. D’où, aussi, les attaques en pleine mer (dernièrement dans la mer d’Azov) contre les pétroliers de la flotte-fantôme (une trentaine, si je comprends bien, ont été détruits ou gravement endommagés en l’espace d’une semaine), – et les attaques contre les ports. Dans tous les cas, le schéma est limpide, même aux commentateurs russes, comme, par exemple, Maxime Kalachnikov (qui est tout sauf pro-ukrainien) : il s’agit de laisser les troupes russes s’enfoncer dans la guerre d’attrition sur le front du Donbass (avec les pertes que nous qualifierons d’habituelles (1000 hommes par jour, voire plus, mis hors de combat) pendant que l’attrition réelle se fait sur la capacité économique de la Russie à continuer.
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Oui, le schéma est clair, et c’est la Crimée qui le montre, simplement par sa situation géographique (elle est une péninsule) : il n’y a plus d’essence, mais cela signifie que, de jour en jour, il y a de moins d’électricité (qui est rationnée dans la plupart des villes, voire carrément coupée pendant des heures et des heures) et donc plus d’eau, ce qui entraîne, là encore graduellement, une disparition de toute vie normale : plus moyen de prendre la voiture, certes, mais plus moyen de se rendre au travail, plus moyen pour les entreprises de fonctionner, et tout amène à penser que l’étape suivante (alors même que les gens vivent déjà sous couvre-feu), si la situation ne s’améliore pas (mais comment le pourrait-elle ?), est que les autorités en viendront aux cartes de rationnement. Et là, que se passera-t-il ? S’agit-il de mettre à l’épreuve l’exaspération des gens ?... C’est bien ce mécanisme qui a été mis en mouvement par les drones ukrainiens, et je ne vois pas comment il pourrait s’arrêter, pas seulement en Crimée, mais sur l’ensemble du territoire, puisque l'énergie ne fera que devenir plus rare.
Les autorités ont autorisé la mise en circulation d’essence (visiblement plus facile à fabriquer, – ne me demandez pas les détails techniques), selon des normes qui avaient été abandonnées depuis des décennies, parce qu’elles étaient dangereuses, mais les moteurs des voitures modernes ne les supportent plus : Vladimir Milov explique – et il n’est pas le seul – qu’il s’agit d’une mesure très dangereuse, – parce que cet essence, dans le meilleur ces cas, laisse une espèce de dépôt de je ne sais pas quoi dans les réservoirs ou il peut faire brûler le moteur... Et, là non plus, de toute façon, ça ne suffit absolument pas.
Quelle réponse Poutine peut-il apporter à ce renversement stratégique de la guerre ?
Objectivement parlant, il n’y a aucune réponse qui permettrait de redresser la situation, sauf si les Alliés et les USA obligeaient l’Ukraine à arrêter (comme ils l’avaient fait avec Biden quand Zelensky, en 23-24, avait lancé des premieres frappes contre des raffineries russes), mais je crois que la situation a changé, et l’Ukraine, aujourd’hui, fabrique ses propres drones : ce sont bien des drones ukrainiens qui frappent les raffineries russes (au contraire, même, ces drones sont achetés à l'Ukraine par la plupart des pays du monde). Il n’y a aucune réponse, et il ne peut pas y avoir d’arrêt volontaire de la guerre, je le dis et je le redis depuis mars 22 : ce n’est pas seulement que la Russie n’existe, ou n’existait, que son économie de guerre, et que, donc, comme la machine est lancée, si elle venait à s’arrêter, c’est le pays tout entier qui se retrouverait face à la situation de son économie réelle, – dans le marasme le plus total. Non, c’est, surtout que, pour Poutine, la guerre est devenue une question de vie ou de mort personnelle, – et c’est justement là qu’est le calcul de l’Ukraine : à un moment, la menace de la ruine sera trop forte pour le cercle de salopards-profiteurs de l’entourage de Poutine, et c’est l’entourage le plus proche, ses amis de toujours, qui le mettront sur la touche ou l’assassineront d’un soudain infarctus.
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En attendant, que peut-il se passer ? – D’abord, à l’évidence, un accroissement, possiblement exponentiel, des bombardements russes sur les villes ukrainiennes, – d’autant que l’Ukraine avoue elle-même qu’elle n’a quasiment plus aucun missile d’interception, et que, de fait, ce sont aujourd’hui 6 missiles sur 10 qui touchent leur cible (alors que le chiffre, à un moment, était tombé à deux, voire un) – les Alliés ne les fournissent pas, et d’ici que des Patriot soient produits en Ukraine sous licence américaine, il se passera, dans le meilleur des cas, des mois.
En Russie même, quelles sont les options qui restent à Poutine ? – C’est là qu’il faut comprendre la portée de l’offensive ukrainienne. Poutine est en train de subir, en Russie même, une défaite stratégique : pendant plus de quatre ans, le mot «guerre» a été banni du vocabulaire officiel, et, au contraire, son usage appelait une répression de plus en plus féroce. Aujourd’hui, il est quotidiennement employé par Peskov, c’est-à-dire par le dictateur lui-même, et c’est toute la fiction d’une non-guerre qui a volé en éclats. Aujourd’hui, oui, la société tout entière est plongée dans la guerre, – plus seulement les deux ou trois millions de personnes qui ont perdu quelqu’un de leur famille, ou qui ont vu revenir chez elles un invalide. Il n’y a plus d’essence, donc il n’y a plus de vie normale, – parce qu’il y a la guerre. Et la question n’est pas, pour le moment, de savoir pourquoi il y a cette guerre (nous avons vu passer des dizaines de vidéos de gens qui se demandent qu’est-ce que la Russie a bien pu faire pour mériter ça....), – non, pour l’instant, et c’est déjà décisif, nous en sommes là : Poutine, qui ne tenait que par la « stabilité » qu’il promettait, a plongé tout le monde dans la guerre. Et cette guerre, aujourd’hui, alors qu’elle était soutenue par la plupart des habitants (simplement parce qu’ils n’écoutent que la propagande et qu’elle ne les concernait pas physiquement) touche tout un chacun.
La plupart des experts pensent que Poutine pourrait décréter une mobilisation générale en octobre, après les «élections» législatives. Oui, certes, il peut le faire, mais cette mesure serait tout aussi dangereuse pour lui, puisque personne n’a envahi le territoire russe (rien à avoir avec la mobilisation de 1941) et, surtout, quel équipement donnerait-il aux millions d’hommes qui se retrouveraient sous les armes ? Il n’y en a pas. Et là est le deuxième mensonge de la propagande poutinienne, qui clame toujours que, pour l’instant, « les choses sérieuses n’ont pas encore commencé », que la Russie ne fait pas la guerre avec toute la puissance dont elle est capable (laissons de coté la menace atomique) : si, l’effort de la Russie, sur le plan militaire comme sur le plan économique, est l’effort maximum. Elle ne peut pas fournir plus qu’elle ne fournit déjà, – où plutôt qu’elle ne fournissait avant la guerre des drones.
Si les choses continuent sur leur lancée, – oui, je pense que nous irons vers les tickets de rationnement dans l’ensemble du pays (les aînés en Russie se souviennent, de fait, de la fin de la pérestroika). Mais entre 1988 et 2026 la Russie a changé de monde. – Dès lors, comment Poutine pourra-t-il mater les émeutes, voire les révoltes ?... Il y aura un accroissement de la terreur, mais la terreur suffira-t-elle ?
La guerre peut-elle s’étendre au reste de l'Europe ? – La guerre hybride, en tout cas, ne peut que s’intensifier, et les sociétés occidentales sont toutes dans l’état que nous savons... Une guerre d’influence, par l’intermédiaire des agents – volontaires ou non – du pouvoir moscovite, évidemment, voire un accroissement des menaces terroristes, avec des attaques, comment dire ? par proxys. Oui, tout cela est possible.
Une chose est sûre : si, très vite, Poutine ne l’a pas, son infarctus, il y aura encore plus de sang et de ruines.
Re: Le conflit Russo-Ukrainien.
Publié : 11 juil. 2026, 15:35
par Jeuf
Cp 3 a écrit : 10 juil. 2026, 21:18
En tous cas Poutine qu on nous présente en occident comme le fou en chef , ne l est sans doute pas tant que ça. Car il essaye désormais de modérer une partie de son opinion totalement extremise . Pourquoi la Russie aurait-elle attaqué l Ukraine ? N y aurait-il aucunes raisons ?
Ce n est pas la mégalomanie d un seul homme car Poutine a depuis longtemps déjà bcp de gens derrière lui , puis des gens encore plus radicaux en quantité significative que Poutine et les siens essayent plutôt de calmer .
La Russie est pleine de mystères. Staline a tué beaucoup plus de Russes, avant la seconde guerre mondiale, que Poutine. Des auteurs dissidents se sont beaucoup interrogés sur la période de la Grande Terreur et ce qui l'a rendu possibles. Je sais pas si tu as entendu parlé de la Grande terreur, années 1930, URSS. Des centaines de milliers de fusillés. Des millions au goulag. Beaucoup de ceux qui arrêtaient et tuaient étaient eux-même arrêtés et tués après.
Je me souviens de note de bas de page de Soljénitsyne, où il indique qu'il fallait des centaines de milliers de petits Staline étaient nécessaire, que "nous le méritions"....il avait beaucoup à faire pour documenter ce qu'il s'est passé concrètement et n'a pas développé plus la sociologie, je pense.
En tout cas, le modèle de société de Poutine, ou Staline, où la vie humaine vaut si peu, ça ne me dit rien ; même si il soulève chez certains une grande force d'enthousiasme (bien plus du temps de Staline d'ailleurs)
Par ailleurs, je ne crois pas que Poutine protège le monde et la Russie des plus excités de son pays. Des excités, il y en a partout et toujours, ils ne peuvent pas s'arroger le pouvoir, en tout cas sur l'extérieur. Certes, il y a des cas particuliers : les khmers rouge au Cambodge, une terrible affaire qui mais est restée intérieure , et Hitler dont le projet d'extermination avait de quoi effrayer même ceux qui avaient des opinions proches de lui : c'était un des plus excités de la bande qui avait le pouvoir. Ce n'est pas restée un affaire intérieure et il a fallu d'énormes efforts à une coalition d'une bonne partie de la planète pour mettre fin à son projet de domination et de mise à mort.
Concernant Poutine ce jour, une coalition solide appuyant un pays courageux l'empêche de s'étendre par la force (enfin, il gagne moins de 10km² par jour de champ pollués et de village en ruines). On peut penser à un nouveau risque : l'usage de l'arme nucléaire, mais cela mobilisera bien plus férocement toute la planète contre lui, y compris son allié chinois.
Par ailleurs, si des plus excités que lui veulent prendre le pouvoir par la force (et il y a eu des tentatives dans l'histoire, par exemple peu avant la capitulation du Japon des officiers voulaient prendre le pouvoir et continuer la guerre ; ça n'est pas allé loin) et donner l'ordre d'utiliser ces armes, il y a peu de chance qu'ils soient obéïs par suffisamment de soldats qui savent les utiliser, l'histoire a montré en plusieurs occasion suffisamment de soldats russes savent garder leur sang-froid.
https://fr.wikipedia.org/wiki/B-59_(sous-marin)
https://fr.wikipedia.org/wiki/Fausse_al ... ue_de_1983