Les énergies fossiles résistent malgré l’engagement pris fin 2023 lors de la COP28
AFP avec Connaissance des Énergies le 8 octobre 2026
À la COP28 de Dubaï, fin 2023, près de 200 États avaient convenu d’engager l’abandon progressif des énergies fossiles. Mais la production mondiale de pétrole, de charbon et de gaz a depuis continué d'augmenter, en dépit du développement des énergies renouvelables.
Une offre mondiale toujours dominée par pétrole, gaz et charbon
L’approvisionnement énergétique mondial a encore crû de 1,7% en 2025, toutes les grandes sources d’énergie atteignant des niveaux records, selon l’Energy Institute, un organisme professionnel basé au Royaume-Uni. Et l'institut indique que les combustibles fossiles ont même compté pour 86% de cet approvisionnement énergétique mondial en 2025 . L’Agence internationale de l’énergie (AIE), qui retient un périmètre différent, estime à 81% la part des énergies fossiles dans le mix énergétique mondial en 2024 (30% pour le pétrole, 28% pour le charbon et 23% pour le gaz).
Les situations nationales restent très contrastées. Aux États-Unis, premier producteur mondial de pétrole et de gaz, ces deux ressources pesaient chacune 36% du mix énergétique en 2024, tandis que le charbon comptait pour environ 10%, selon l’AIE. En Chine, qui représente plus d’un quart de la consommation énergétique mondiale, le charbon constituait 60% du mix, devant le pétrole à 18% et le gaz à 8%. En Europe, la France se distingue par un mix dominé à 45% par le nucléaire en 2025, contre 26% pour le pétrole et 11% pour le gaz, tandis que l’Allemagne restait davantage dépendante du pétrole à 35%, du gaz à 28% et du charbon à 15%, d’après l’AIE.
Transition rime avec électrification bas carbone
La dynamique renouvelable est la plus visible dans le secteur électrique, où l’électrification des usages accroît les besoins. En 2025, la production mondiale d’électricité solaire a progressé de 28% et a représenté 8,5% de la production électrique, à un niveau proche de l’éolien et du nucléaire, selon un rapport de l’AIE publié en juillet. L’électricité ne représente toutefois que 23% de la consommation finale d’énergie mondiale selon les dernières données de l’AIE, et cette électricité demeure produite principalement à partir de charbon (34%, tout comme les différentes filières renouvelables cumulées) et de gaz (22%).
DAns son Statistical Review of World Energy 2026, l’Energy Institute estime que la production solaire mondiale a augmenté de 30% en 2025 et que la capacité de stockage par batteries a progressé de 66% sur l’année. Ces gains rapides n’effacent pas la progression de la demande énergétique totale, qui soutient encore les volumes fossiles.
Jean-Baptiste Fressoz, chercheur au CNRS et historien de l’énergie, souligne que le mot transition doit être rapporté en priorité à l’électricité. Selon lui, la perspective d’un pic de demande de charbon avant 2030 ne se retrouve pas dans le pétrole et le gaz, pour lesquels les usages non électriques restent massifs.
« C’est le marché qui dicte les comportements »
Dans son dernier rapport annuel, l’AIE estime, dans le scénario fondé sur les politiques actuelles, que la demande de charbon commencera à reculer avant la fin de la décennie. Dans le même scénario, les demandes de pétrole et de gaz continuent en revanche d’augmenter jusqu’en 2050, respectivement de 13% et de 30% par rapport à 2024. Cette divergence limite l’effet mécanique attendu de la croissance des renouvelables. « L’idée que l’envol d’une énergie va produire la diminution symétrique des autres énergies est une vue de l’esprit », estime Jean-Baptiste Fressoz.
Les usages industriels, la pétrochimie, les transports lourds et certains besoins de chaleur maintiennent la demande de pétrole et de gaz hors du seul champ électrique. La hausse des prix des combustibles, les tensions sur les chaînes d’approvisionnement et les préoccupations de souveraineté énergétique pèsent aussi sur les décisions nationales, selon les analyses citées par les acteurs interrogés.
Romain Ioualalen, représentant de l’ONG Oil Change International, estime que certains pays comme l’Inde ou la Chine restent discrets dans les enceintes diplomatiques tout en engageant des efforts nationaux importants. Jean-Baptiste Fressoz résume cette logique par une formule plus directe : « C’est le marché qui dicte les comportements ».
La COP31 se recentre sur l’électrification
À l’approche de la COP31 en Turquie, prévue en novembre, la sortie des combustibles fossiles ne figure pas à l’ordre du jour officiel. Le sujet avait occupé une place centrale et très clivante à la COP30 de Belém, au Brésil, en 2025, selon Romain Ioualalen, sans être repris dans les conclusions finales. La présidence turque de la COP31 a présenté en septembre 2026 un objectif mondial visant à porter la part de l’électricité dans la consommation finale d’énergie à 35% en 2035. Ce programme, associé à des initiatives sur les réseaux, les bâtiments, les transports et l’industrie, confirme que les discussions de novembre seront principalement orientées vers l’électrification.
Le compromis de Dubaï (COP28 en 2023) reste la référence diplomatique sur l’abandon progressif des fossiles, mais ses effets dépendent des politiques nationales, des investissements et des infrastructures. La présidence brésilienne de la COP30 a annoncé deux feuilles de route après Belém, dont une sur la transition hors des énergies fossiles, sans intégrer cette question dans le texte final adopté.