par energy_isere » 24 nov. 2025, 20:27
Singapour se prépare à ravitailler les navires au méthanol « vert » à grande échelle dès 2026
Connaissance des Énergies avec AFP le 24 novembre 2025
À partir du 1er janvier 2026, Singapour délivrera des licences de soutage de méthanol aux premiers fournisseurs de ce carburant marin, avec l’objectif affiché de structurer un marché encore émergent et de consolider sa position de premier hub mondial de ravitaillement.
Trois licences attribuées pour lancer le soutage de méthanol
L’Autorité maritime et portuaire de Singapour (MPA) a confirmé le 24 novembre 2025 qu’elle délivrerait des permis de ravitaillement en méthanol à trois sociétés à compter du 1er janvier 2026 : Global Energy Trading Pte Ltd, Golden Island Pte Ltd et PetroChina International (Singapore) Pte Ltd. Ces entreprises ont été retenues à l’issue d’un appel à candidatures lancé en mars 2025, qui avait reçu 13 dossiers, sur la base de critères portant notamment sur la fiabilité de la chaîne d’approvisionnement, la sécurité des opérations et la certification de durabilité du méthanol fourni.
Les licences seront valables cinq ans, du 1er janvier 2026 au 31 décembre 2030, afin de « soutenir le développement précoce de l'avitaillement en méthanol en donnant aux titulaires de licence une marge de manœuvre suffisante pour renforcer leurs capacités, consolider leurs chaînes d'approvisionnement et ancrer leurs investissements initiaux à mesure que le marché se développe », précise la MPA. « Cela marque une étape importante vers la mise en place d'un soutage de méthanol à grande échelle et la concrétisation de l'ambition de Singapour de devenir une plaque tournante durable pour le soutage multi-carburants », a déclaré la MPA.
Selon l’autorité portuaire, « le vif intérêt suscité (par l'appel d'offres) reflète l'attention croissante du secteur pour les carburants marins à faibles émissions ». Cette montée en puissance s’appuie sur une phase de tests : Singapour a déjà réalisé en 2023 un premier soutage de bio-méthanol au porte-conteneurs Laura Maersk, puis en mai 2024 un avitaillement de près de 1 340 tonnes de méthanol mélangé.
Singapour consolide son statut de premier hub mondial de soutage
Situé sur l’une des principales routes maritimes mondiales, le long du détroit de Malacca, le port de Singapour est déjà le plus grand pôle de soutage au monde. En 2024, les ventes de combustibles marins y ont atteint un niveau record d’environ 54,9 millions de tonnes, soit une hausse d’environ 6% par rapport à 2023. Les carburants alternatifs ont franchi, la même année, le seuil du million de tonnes (environ 1,34 million de tonnes), tirés par la progression des biocarburants et du GNL marin.
Les ventes de méthanol restent encore modestes à l’échelle du port (un peu plus de 1 600 tonnes commercialisées en 2024, contre quelques dizaines de millions de tonnes pour les fiouls traditionnels), mais la MPA a commencé à mettre en place l’infrastructure réglementaire et technique nécessaire. Une norme de référence, TR 129, a été publiée en mars 2025 pour encadrer la sécurité, la manipulation et la mesure du méthanol lors des opérations de soutage.
Les futurs titulaires de licences investissent déjà dans des navires et des installations dédiés. Global Energy Trading fait construire un navire-citerne de soutage de méthanol classé « IMO type 2 », tandis que Golden Island a réceptionné le bunker tanker Golden Antares, conçu pour livrer du méthanol « bas carbone » et équipé pour respecter les exigences de TR 129.
Parallèlement à cette nouvelle filière, Singapour continue de développer le soutage d’autres carburants comme le GNL, à l’image d’autres grandes places portuaires où des navires de ravitaillement en GNL sont déjà en exploitation.
Le méthanol vert, un carburant de transition pour la flotte mondiale
Le méthanol vert, ou biométhanol, est défini par les autorités singapouriennes comme un mélange de dioxyde de carbone (CO2) résiduel et d’« hydrogène vert », produit à partir d’électricité renouvelable pour dissocier les molécules d’eau. Selon plusieurs compagnies maritimes, son utilisation comme carburant marin permettrait de réduire les émissions de CO2 de l’ordre de 65% par rapport aux fiouls conventionnels, en fonction de la voie de production retenue.
Ce « méthanol vert » recouvre en pratique plusieurs familles de produits : du biométhanol issu de biomasse ou de déchets, et de l’e-méthanol synthétisé à partir de CO2 capté et d’hydrogène bas-carbone. En 2025, une première usine d’e-méthanol à échelle commerciale a été mise en service au Danemark, avec une capacité annoncée de plusieurs dizaines de milliers de tonnes par an, notamment à destination du transport maritime.
Le choix de Singapour intervient alors que la flotte mondiale de navires à carburants alternatifs se diversifie rapidement. DNV recense plusieurs centaines de navires pouvant fonctionner au méthanol déjà commandés ou en service, avec une forte accélération des commandes en 2023 et 2024, portée notamment par les porte-conteneurs et certains navires rouliers. Dans son Alternative Fuels Insight, l’organisme souligne que le méthanol est désormais, en nombre de commandes, au même niveau que le GNL parmi les nouveaux navires à carburant alternatif.
Les armateurs explorent parallèlement d’autres solutions, comme le biométhane, l’ammoniac ou encore des systèmes de voile auxiliaire, chacune présentant des contraintes spécifiques de sécurité, de coûts et d’infrastructures.
Un levier pour la décarbonation d’un secteur responsable d’environ 3% des émissions
Le transport maritime mondial, très majoritairement alimenté aujourd’hui par du diesel marin et d’autres combustibles de soute, représente autour de 3% des émissions mondiales de gaz à effet de serre, avec une hausse d’environ 20% sur la dernière décennie selon la Cnuced et d’autres organismes internationaux. Sans inflexion, cette part pourrait augmenter dans les prochaines décennies, le commerce maritime restant central pour l’économie mondiale.
Pour contenir cette trajectoire, l’Organisation maritime internationale (OMI) a adopté en juillet 2023 une stratégie révisée de réduction des émissions de gaz à effet de serre des navires. Celle-ci prévoit de réduire les émissions annuelles totales du transport maritime international d’au moins 20% d’ici 2030 (en visant 30%) et d’au moins 70% d’ici 2040 (en visant 80%) par rapport à 2008, avec un objectif de neutralité nette des émissions « autour de 2050 ». Elle fixe également une baisse d’au moins 40% de l’intensité carbone (émissions par tonne-kilomètre transportée) d’ici 2030 et vise à ce que les technologies et carburants à zéro ou quasi zéro émission représentent au moins 5% (en visant 10%) de l’énergie utilisée par la flotte internationale dès 2030.
À l’échelle régionale, l’Union européenne a déjà adopté des règles imposant une montée en puissance progressive des carburants durables dans le transport maritime, ainsi que l’intégration du secteur dans le marché européen du carbone. Ces dispositifs, combinés à la future tarification internationale des émissions débattue à l’OMI, renforcent l’intérêt économique pour des carburants marins à plus faible teneur carbone, dont le méthanol fait partie.
Dans ce contexte, la décision de Singapour d’ouvrir un cadre de licences spécifique pour le soutage de méthanol s’inscrit dans un mouvement plus large de décarbonation du transport maritime par une combinaison de leviers : amélioration de l’efficacité énergétique des navires, diversification des carburants et, potentiellement, modération de la demande de transport. La capacité du port de Singapour à offrir à la fois des volumes importants et une palette élargie de carburants (fiouls conventionnels, biocarburants, GNL, méthanol, bientôt ammoniac) pourrait en faire un élément clé de cette transition.
https://www.connaissancedesenergies.org ... 026-251124
[quote] [b][size=110]Singapour se prépare à ravitailler les navires au méthanol « vert » à grande échelle dès 2026[/size][/b]
Connaissance des Énergies avec AFP le 24 novembre 2025
À partir du 1er janvier 2026, Singapour délivrera des licences de soutage de méthanol aux premiers fournisseurs de ce carburant marin, avec l’objectif affiché de structurer un marché encore émergent et de consolider sa position de premier hub mondial de ravitaillement.
[b]Trois licences attribuées pour lancer le soutage de méthanol[/b]
L’Autorité maritime et portuaire de Singapour (MPA) a confirmé le 24 novembre 2025 qu’elle délivrerait des permis de ravitaillement en méthanol à trois sociétés à compter du 1er janvier 2026 : Global Energy Trading Pte Ltd, Golden Island Pte Ltd et PetroChina International (Singapore) Pte Ltd. Ces entreprises ont été retenues à l’issue d’un appel à candidatures lancé en mars 2025, qui avait reçu 13 dossiers, sur la base de critères portant notamment sur la fiabilité de la chaîne d’approvisionnement, la sécurité des opérations et la certification de durabilité du méthanol fourni.
Les licences seront valables cinq ans, du 1er janvier 2026 au 31 décembre 2030, afin de « soutenir le développement précoce de l'avitaillement en méthanol en donnant aux titulaires de licence une marge de manœuvre suffisante pour renforcer leurs capacités, consolider leurs chaînes d'approvisionnement et ancrer leurs investissements initiaux à mesure que le marché se développe », précise la MPA. « Cela marque une étape importante vers la mise en place d'un soutage de méthanol à grande échelle et la concrétisation de l'ambition de Singapour de devenir une plaque tournante durable pour le soutage multi-carburants », a déclaré la MPA.
Selon l’autorité portuaire, « le vif intérêt suscité (par l'appel d'offres) reflète l'attention croissante du secteur pour les carburants marins à faibles émissions ». Cette montée en puissance s’appuie sur une phase de tests : Singapour a déjà réalisé en 2023 un premier soutage de bio-méthanol au porte-conteneurs Laura Maersk, puis en mai 2024 un avitaillement de près de 1 340 tonnes de méthanol mélangé.
[b]Singapour consolide son statut de premier hub mondial de soutage[/b]
Situé sur l’une des principales routes maritimes mondiales, le long du détroit de Malacca, le port de Singapour est déjà le plus grand pôle de soutage au monde. En 2024, les ventes de combustibles marins y ont atteint un niveau record d’environ 54,9 millions de tonnes, soit une hausse d’environ 6% par rapport à 2023. Les carburants alternatifs ont franchi, la même année, le seuil du million de tonnes (environ 1,34 million de tonnes), tirés par la progression des biocarburants et du GNL marin.
Les ventes de méthanol restent encore modestes à l’échelle du port (un peu plus de 1 600 tonnes commercialisées en 2024, contre quelques dizaines de millions de tonnes pour les fiouls traditionnels), mais la MPA a commencé à mettre en place l’infrastructure réglementaire et technique nécessaire. Une norme de référence, TR 129, a été publiée en mars 2025 pour encadrer la sécurité, la manipulation et la mesure du méthanol lors des opérations de soutage.
Les futurs titulaires de licences investissent déjà dans des navires et des installations dédiés. Global Energy Trading fait construire un navire-citerne de soutage de méthanol classé « IMO type 2 », tandis que Golden Island a réceptionné le bunker tanker Golden Antares, conçu pour livrer du méthanol « bas carbone » et équipé pour respecter les exigences de TR 129.
Parallèlement à cette nouvelle filière, Singapour continue de développer le soutage d’autres carburants comme le GNL, à l’image d’autres grandes places portuaires où des navires de ravitaillement en GNL sont déjà en exploitation.
[b]Le méthanol vert, un carburant de transition pour la flotte mondiale[/b]
Le méthanol vert, ou biométhanol, est défini par les autorités singapouriennes comme un mélange de dioxyde de carbone (CO2) résiduel et d’« hydrogène vert », produit à partir d’électricité renouvelable pour dissocier les molécules d’eau. Selon plusieurs compagnies maritimes, son utilisation comme carburant marin permettrait de réduire les émissions de CO2 de l’ordre de 65% par rapport aux fiouls conventionnels, en fonction de la voie de production retenue.
Ce « méthanol vert » recouvre en pratique plusieurs familles de produits : du biométhanol issu de biomasse ou de déchets, et de l’e-méthanol synthétisé à partir de CO2 capté et d’hydrogène bas-carbone. En 2025, une première usine d’e-méthanol à échelle commerciale a été mise en service au Danemark, avec une capacité annoncée de plusieurs dizaines de milliers de tonnes par an, notamment à destination du transport maritime.
Le choix de Singapour intervient alors que la flotte mondiale de navires à carburants alternatifs se diversifie rapidement. DNV recense plusieurs centaines de navires pouvant fonctionner au méthanol déjà commandés ou en service, avec une forte accélération des commandes en 2023 et 2024, portée notamment par les porte-conteneurs et certains navires rouliers. Dans son Alternative Fuels Insight, l’organisme souligne que le méthanol est désormais, en nombre de commandes, au même niveau que le GNL parmi les nouveaux navires à carburant alternatif.
Les armateurs explorent parallèlement d’autres solutions, comme le biométhane, l’ammoniac ou encore des systèmes de voile auxiliaire, chacune présentant des contraintes spécifiques de sécurité, de coûts et d’infrastructures.
[b]Un levier pour la décarbonation d’un secteur responsable d’environ 3% des émissions[/b]
Le transport maritime mondial, très majoritairement alimenté aujourd’hui par du diesel marin et d’autres combustibles de soute, représente autour de 3% des émissions mondiales de gaz à effet de serre, avec une hausse d’environ 20% sur la dernière décennie selon la Cnuced et d’autres organismes internationaux. Sans inflexion, cette part pourrait augmenter dans les prochaines décennies, le commerce maritime restant central pour l’économie mondiale.
Pour contenir cette trajectoire, l’Organisation maritime internationale (OMI) a adopté en juillet 2023 une stratégie révisée de réduction des émissions de gaz à effet de serre des navires. Celle-ci prévoit de réduire les émissions annuelles totales du transport maritime international d’au moins 20% d’ici 2030 (en visant 30%) et d’au moins 70% d’ici 2040 (en visant 80%) par rapport à 2008, avec un objectif de neutralité nette des émissions « autour de 2050 ». Elle fixe également une baisse d’au moins 40% de l’intensité carbone (émissions par tonne-kilomètre transportée) d’ici 2030 et vise à ce que les technologies et carburants à zéro ou quasi zéro émission représentent au moins 5% (en visant 10%) de l’énergie utilisée par la flotte internationale dès 2030.
À l’échelle régionale, l’Union européenne a déjà adopté des règles imposant une montée en puissance progressive des carburants durables dans le transport maritime, ainsi que l’intégration du secteur dans le marché européen du carbone. Ces dispositifs, combinés à la future tarification internationale des émissions débattue à l’OMI, renforcent l’intérêt économique pour des carburants marins à plus faible teneur carbone, dont le méthanol fait partie.
Dans ce contexte, la décision de Singapour d’ouvrir un cadre de licences spécifique pour le soutage de méthanol s’inscrit dans un mouvement plus large de décarbonation du transport maritime par une combinaison de leviers : amélioration de l’efficacité énergétique des navires, diversification des carburants et, potentiellement, modération de la demande de transport. La capacité du port de Singapour à offrir à la fois des volumes importants et une palette élargie de carburants (fiouls conventionnels, biocarburants, GNL, méthanol, bientôt ammoniac) pourrait en faire un élément clé de cette transition.
[/quote]
https://www.connaissancedesenergies.org/afp/singapour-se-prepare-ravitailler-les-navires-au-methanol-vert-grande-echelle-des-2026-251124