par energy_isere » Hier, 22:38
Face à la menace économique, le Canada a-t-il tiré un trait sur ses ambitions climatiques?
Connaissance des Énergies avec AFP le 28 novembre 2025
Sous la pression des menaces américaines, le Canada est à un tournant: pour faire face, le Premier ministre Mark Carney entend s'appuyer notamment sur le secteur pétrolier pour stimuler l'économie, une stratégie que certains voient comme un recul environnemental conséquent.
Dès son entrée en fonction, en mars, en remplacement de Justin Trudeau, le ton était donné. Le chef du gouvernement a choisi d'abolir, le premier jour, la très impopulaire taxe carbone imposée aux particuliers.
Il a ensuite annoncé une batterie de grands projets d'infrastructures visant à faire du Canada une "superpuissance énergétique" pour doper une économie en difficulté depuis l'imposition de droits de douane par le président américain Donald Trump.
Mais l'épisode le plus frappant survient jeudi. Mark Carney a conclu un accord avec l'Alberta - province conservatrice et grande productrice de pétrole grâce à ses sables bitumineux - pour le lancement d'un nouvel oléoduc.
Une décision qui a provoqué une onde de choc jusque dans les rangs de son parti Libéral et poussé à la démission Steven Guilbeault, ministre de la Culture après avoir été ministre de l'Environnement sous Justin Trudeau.
"Malgré le contexte économique difficile, je reste de ceux pour qui les enjeux environnementaux doivent demeurer à l'avant-scène", écrit Steven Guilbeault, ancien militant écologiste, dans sa lettre de démission.
Parlant d'"une très grave erreur", il dit être "en profond désaccord avec l'entente de principe entre le gouvernement fédéral et celui de l'Alberta".
Avec cet accord, le Canada a également renoncé à imposer un plafonnement pour les émissions du secteur pétrolier et gazier, que Steven Guilbeault avait introduit.
- "Miser sur ses forces" -
La nouvelle stratégie de Mark Carney réjouit la classe politique et économique de l'Alberta. Danielle Smith, Première ministre conservatrice de la province, s'est félicitée de voir que "le ton du gouvernement avait fait un virage à 180 degrés au cours de la dernière année".
"Après 10 ans de projets annulés et de baisse du PIB et du niveau de vie, nous sommes arrivés à un point, surtout avec les droits de douane américains, où le Canada doit miser sur ses forces", estime auprès de l'AFP Tim McMillan, ex-président du principal lobby pétrolier.
Pendant la dernière décennie, Justin Trudeau avait fait de la lutte contre le changement climatique l'un de ses chevaux de bataille, provoquant de grandes crispations avec l'Alberta.
A l'échelle mondiale, le Canada se classe parmi les pays les plus émetteurs de gaz à effet de serre (GES) par habitant. Selon les derniers chiffres, entre 2005 à 2023, les émissions de GES ont diminué de 8,5% au Canada, loin des 40 à 45% visés d'ici 2030.
Mais surtout, elles pourraient même repartir à la hausse, avertissait cet automne l'Institut climatique du Canada, du fait des nouvelles politiques.
Pour contrer ces reproches, Mark Carney, qui a été émissaire spécial de l'ONU pour le financement de l'action climatique, a rappelé qu'en parallèle, le Canada allait lancer "le plus grand projet de captage de carbone au monde". Une technologie qui reste controversée.
"Il y a cinq ou six ans, Mark Carney se montrait bien plus favorable à la lutte contre les changements climatiques et défendait l'environnement de façon plus ardente", estime auprès de l'AFP Duane Bratt, politologue à l'Université Mount Royal, à Calgary.
Les ONG dénoncent un recul flagrant du Canada.
"On assiste à une érosion des politiques climatiques et c'est malheureux", déplore auprès de l'AFP Conor Curtis, porte-parole de Sierra Club Canada, organisation environnementale.
Selon lui, un nouvel oléoduc au Canada "n'est pas nécessaire" alors que la transition énergétique mondiale s'oriente vers les énergies renouvelables.
Pour l'organisme Réseau action climat Canada, "il est déchirant de voir les progrès climatiques considérables et durement acquis réalisés au cours des dix dernières années être réduits à néant petit à petit".
Sur le terrain, la construction d'un oléoduc est aussi contestée par les communautés autochtones.
"Nous n'autoriserons jamais les pétroliers sur notre côte et ce projet de pipeline ne verra jamais le jour", prévient Marilyn Slett, présidente de Coastal First Nations, une organisation qui regroupe plusieurs communautés autochtones de la côte pacifique.
https://www.connaissancedesenergies.org ... ues-251128
[quote] [b][size=110]Face à la menace économique, le Canada a-t-il tiré un trait sur ses ambitions climatiques?[/size][/b]
Connaissance des Énergies avec AFP le 28 novembre 2025
Sous la pression des menaces américaines, le Canada est à un tournant: pour faire face, le Premier ministre Mark Carney entend s'appuyer notamment sur le secteur pétrolier pour stimuler l'économie, une stratégie que certains voient comme un recul environnemental conséquent.
Dès son entrée en fonction, en mars, en remplacement de Justin Trudeau, le ton était donné. Le chef du gouvernement a choisi d'abolir, le premier jour, la très impopulaire taxe carbone imposée aux particuliers.
Il a ensuite annoncé une batterie de grands projets d'infrastructures visant à faire du Canada une "superpuissance énergétique" pour doper une économie en difficulté depuis l'imposition de droits de douane par le président américain Donald Trump.
Mais l'épisode le plus frappant survient jeudi. Mark Carney a conclu un accord avec l'Alberta - province conservatrice et grande productrice de pétrole grâce à ses sables bitumineux - pour le lancement d'un nouvel oléoduc.
Une décision qui a provoqué une onde de choc jusque dans les rangs de son parti Libéral et poussé à la démission Steven Guilbeault, ministre de la Culture après avoir été ministre de l'Environnement sous Justin Trudeau.
"Malgré le contexte économique difficile, je reste de ceux pour qui les enjeux environnementaux doivent demeurer à l'avant-scène", écrit Steven Guilbeault, ancien militant écologiste, dans sa lettre de démission.
Parlant d'"une très grave erreur", il dit être "en profond désaccord avec l'entente de principe entre le gouvernement fédéral et celui de l'Alberta".
Avec cet accord, le Canada a également renoncé à imposer un plafonnement pour les émissions du secteur pétrolier et gazier, que Steven Guilbeault avait introduit.
- "Miser sur ses forces" -
La nouvelle stratégie de Mark Carney réjouit la classe politique et économique de l'Alberta. Danielle Smith, Première ministre conservatrice de la province, s'est félicitée de voir que "le ton du gouvernement avait fait un virage à 180 degrés au cours de la dernière année".
"Après 10 ans de projets annulés et de baisse du PIB et du niveau de vie, nous sommes arrivés à un point, surtout avec les droits de douane américains, où le Canada doit miser sur ses forces", estime auprès de l'AFP Tim McMillan, ex-président du principal lobby pétrolier.
Pendant la dernière décennie, Justin Trudeau avait fait de la lutte contre le changement climatique l'un de ses chevaux de bataille, provoquant de grandes crispations avec l'Alberta.
A l'échelle mondiale, le Canada se classe parmi les pays les plus émetteurs de gaz à effet de serre (GES) par habitant. Selon les derniers chiffres, entre 2005 à 2023, les émissions de GES ont diminué de 8,5% au Canada, loin des 40 à 45% visés d'ici 2030.
Mais surtout, elles pourraient même repartir à la hausse, avertissait cet automne l'Institut climatique du Canada, du fait des nouvelles politiques.
Pour contrer ces reproches, Mark Carney, qui a été émissaire spécial de l'ONU pour le financement de l'action climatique, a rappelé qu'en parallèle, le Canada allait lancer "le plus grand projet de captage de carbone au monde". Une technologie qui reste controversée.
"Il y a cinq ou six ans, Mark Carney se montrait bien plus favorable à la lutte contre les changements climatiques et défendait l'environnement de façon plus ardente", estime auprès de l'AFP Duane Bratt, politologue à l'Université Mount Royal, à Calgary.
Les ONG dénoncent un recul flagrant du Canada.
"On assiste à une érosion des politiques climatiques et c'est malheureux", déplore auprès de l'AFP Conor Curtis, porte-parole de Sierra Club Canada, organisation environnementale.
Selon lui, un nouvel oléoduc au Canada "n'est pas nécessaire" alors que la transition énergétique mondiale s'oriente vers les énergies renouvelables.
Pour l'organisme Réseau action climat Canada, "il est déchirant de voir les progrès climatiques considérables et durement acquis réalisés au cours des dix dernières années être réduits à néant petit à petit".
Sur le terrain, la construction d'un oléoduc est aussi contestée par les communautés autochtones.
"Nous n'autoriserons jamais les pétroliers sur notre côte et ce projet de pipeline ne verra jamais le jour", prévient Marilyn Slett, présidente de Coastal First Nations, une organisation qui regroupe plusieurs communautés autochtones de la côte pacifique.
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https://www.connaissancedesenergies.org/afp/face-la-menace-economique-le-canada-t-il-tire-un-trait-sur-ses-ambitions-climatiques-251128