La France cède : il y aura bien un gazoduc pour relier l'Espagne et l'Allemagne
latribune.fr - 20 oct 2022
Revirement dans le dossier MidCat, ce projet de gazoduc reliant l'Espagne à l'Allemagne en passant par la France. Depuis plusieurs mois, Paris s'y opposait fermement, tandis que Madrid, Lisbonne et Berlin poussaient pour avancer. Et pour cause, cette infrastructure, dont le nom vient de l'abréviation de Midi (sud de la France) et de la Catalogne (nord-est de l'Espagne), les deux régions qu'il connecterait, permettrait à la péninsule ibérique de reflécher le gaz réceptionné sur les côtes espagnoles et portugaises en direction de l'Europe centrale.
Madrid et Lisbonne, avec l'appui de Berlin, s'efforçaient depuis des semaines de lever les réserves de Paris sur MidCat en vue de la relance d'interconnexions énergétiques face à la crise en Europe liée au conflit en Ukraine. L'idée ne date pas d'hier. Elle a d'abord été lancée en 2013 puis abandonnée en 2019 en raison de son impact environnemental et d'un intérêt économique alors jugé limité. Le projet devait, à l'origine, relier une ville au nord de Barcelone à Barbaira, dans l'Aude.
« Abandon du projet historique MidCat »
Depuis juin, l'Espagne plaidait pour la relancer, obtenant le soutien du Portugal et de l'Allemagne. Jusqu'à finalement convaincre la France. Celle-ci s'est, en effet, entendue avec l'Espagne et le Portugal, ce jeudi, sur « l'abandon du projet historique MidCat », selon les propos d'Emmanuel Macron à son arrivée au sommet européen consacré à la crise énergétique. Mais, il sera remplacé par « un projet, que nous allons travailler dans les prochaines semaines de manière très intense à trois, visant à désenclaver la péninsule ibérique », a-t-il complété.
« Nous nous sommes entendus pour remplacer le projet MidCat par un nouveau projet, qui s'appellera le Corridor d'énergie verte, pour relier la péninsule ibérique à la France et donc au marché européen de l'énergie entre Barcelone et Marseille », a confirmé le chef du gouvernement espagnol, Pedro Sanchez.
« L'objectif est de travailler à l'intensification de nos interconnexions électriques et la densification de ces dernières et de travailler à une interconnexion hydrogène et énergies renouvelables entre Barcelone et Marseille, laquelle pourrait être aussi doublée par des interconnexions électriques », a encore détaillé Emmanuel Macron aux journalistes, assurant : « Nous l'avons acté ce matin, nous le travaillerons dans les prochaines semaines et je serai en décembre en Espagne pour finaliser ce projet qui a vocation à bénéficier de financements européens ».
« A ce stade, ça ressemble à un Midcat bis », estime Camille Defard, chercheuse en politique européenne de l'énergie à l'Institut Jacques Delors. A deux différences près : d'abord, le gazoduc ne passera plus par les Pyrénées, comme prévu initialement, mais reliera en sous-marin Barcelone et Marseille - une manière de contourner les fortes oppositions locales. En outre, l'interconnexion électrique devra, en parallèle de la construction du pipeline, être renforcée entre l'Espagne et la France, comme le demandait Emmanuel Macron.
La France remet en cause l'utilité du projet
Pourtant, la France s'était montrée peu enthousiaste jusqu'alors. « Je ne comprends pas le problème à court terme qu'on essaye de résoudre (...). Je ne comprends pas pourquoi on sauterait comme des cabris des Pyrénées sur ce sujet pour expliquer que ça résoudrait le problème gazier : c'est faux », avait fustigé Emmanuel Macron le 5 septembre, estimant que le besoin d'une telle infrastructure n'était « pas évident ».
Par ailleurs, le chef de l'État avait mis en avant les « oppositions environnementales » à cette infrastructure, « qui ne sont pas sans fondement », et affirmé qu'il n'y avait « pas un besoin de l'Espagne d'exporter ses capacités gazières vers la France » puisque la péninsule utilise actuellement les gazoducs la reliant à la France pour « importer » du gaz.
Le MidCat ne relève pas des seules « relations bilatérales » entre Paris et Madrid, avait rétorqué la ministre de la Transition écologique espagnole. « Par conséquent, le débat (sur son utilité) ne peut donc pas être clos par les déclarations d'un seul pays », avait-elle asséné, assurant que la construction d'un nouveau gazoduc entre la France et l'Espagne est un projet « d'intérêt européen » que Madrid va continuer à défendre.
Transport futur d'hydrogène
Pour les défenseurs de MidCat, le projet présente l'avantage de permettre le transport, dans le futur, de l'hydrogène vert en Europe. Mais là encore, Emmanuel Macron s'était montré sceptique assurant que : « Tous les experts aujourd'hui le disent : il est faux de dire qu'un gazoduc pourra demain transporter de l'hydrogène, ça supposera des nouveaux travaux très lourds ».
Le président français avait néanmoins ajouté que si le chancelier allemand, Olaf Scholz, ou le président du gouvernement espagnol venaient à lui démontrer le contraire, il serait « prêt à revoir [sa] position ». C'est désormais chose faite.
(Avec AFP)